S'abonner
Actualité· Analyse

Qatar, Arabie saoudite, Émirats : pourquoi le Golfe réinvestit le Liban

Dons pour l'armée, financements pour l'électricité, visites officielles : après des années de défiance, le Qatar, l'Arabie saoudite et les Émirats renouent avec Beyrouth. Un retour vital pour la reconstruction, mais assorti de conditions.

Les gratte-ciel du quartier d'affaires de West Bay, à Doha, capitale du Qatar.

P. Hughes / Wikimedia Commons, CC BY 4.0

Le Liban ne mendie plus seul sa reconstruction. En l'espace de quelques mois, les monarchies du Golfe ont renoué avec Beyrouth : dons pour l'armée, financements pour l'électricité, visites officielles et appels téléphoniques au sommet. Après des années de défiance, le Qatar, l'Arabie saoudite et les Émirats arabes unis réinvestissent le dossier libanais. Pour un pays exsangue, ce retour est une bouffée d'oxygène autant qu'un test : l'argent du Golfe arrive avec des conditions.

Le Qatar, pivot financier du retour

C'est Doha qui a ouvert la voie. Fin janvier 2026, le Fonds qatari pour le développement a annoncé une enveloppe d'environ 434 millions de dollars de soutien au Liban, destinée en priorité au secteur de l'électricité, selon l'agence Reuters. Le geste prolonge un engagement déjà ancien : le Qatar fournit depuis plusieurs années à l'armée libanaise des dons récurrents pour le carburant et les salaires, dont un soutien d'environ 60 millions de dollars pour la solde des militaires, renouvelé lors de la visite du président Joseph Aoun à Doha.

Ce choix n'a rien d'anodin. En finançant l'électricité et l'armée, deux piliers de souveraineté que l'État libanais ne parvient plus à assurer seul, Doha mise sur les institutions plutôt que sur une faction. C'est exactement le type d'aide dont Beyrouth a besoin : fléchée vers l'État, pas vers un camp.

Riyad : du gel de 2021 à la main tendue

Le retour saoudien est plus spectaculaire encore, car il part de plus loin. Le 29 octobre 2021, l'Arabie saoudite rappelait son ambassadeur, expulsait l'ambassadeur libanais et interdisait toutes les importations en provenance du Liban, selon Reuters, après des propos d'un ministre libanais sur la guerre au Yémen. Le Koweït, Bahreïn et les Émirats avaient suivi. Pour une économie déjà en plein effondrement, la fermeture du marché du Golfe avait été un coup dur.

La brouille n'a pas duré. Dès avril 2022, Riyad annonçait le retour de son ambassadeur à Beyrouth. Depuis l'élection de Joseph Aoun à la présidence, le rapprochement s'est accéléré. En octobre 2026, le chef de l'État libanais a téléphoné au prince héritier Mohammed ben Salmane pour condamner les attaques visant le Royaume, selon l'agence de presse saoudienne. Un geste de solidarité qui scelle le dégel.

Une coordination à trois, sous conditions

Le mouvement dépasse désormais les initiatives isolées. Selon le quotidien Annahar, Doha a fait savoir qu'elle ne laisserait pas tomber le Liban et coordonne son action avec Riyad et Abou Dhabi. Une visite du Premier ministre et chef de la diplomatie qatarie à Beyrouth, où il doit rencontrer les trois présidences, est attendue dans les prochains jours.

Mais cette manne n'est pas inconditionnelle. Les bailleurs du Golfe, comme le Fonds monétaire international et la Banque mondiale, lient leur soutien aux réformes : assainissement du secteur bancaire, transparence budgétaire, restauration de l'autorité de l'État. Le message est constant depuis des mois : l'argent suivra les réformes, pas l'inverse.

Pour le Liban, une carte à jouer

Ce retour du Golfe est une bonne nouvelle pour le Liban, à condition d'en faire un levier et non une dépendance. Les pétromonarchies disposent de moyens que ni l'Europe ni les institutions internationales ne mobilisent aussi vite ; leurs investisseurs et leurs communautés d'affaires connaissent le terrain libanais. Un parapluie arabe, s'il est dirigé vers l'État et la reconstruction, renforce la position de Beyrouth face aux pressions extérieures.

Reste l'essentiel : transformer les promesses en mégawatts, en routes et en salaires versés. Le Liban a déjà vu, par le passé, des conférences de donateurs généreuses se perdre faute de réformes. Le défi n'est pas de convaincre le Golfe de revenir. Il est de lui donner une raison de rester.

GolfeQatarArabie saouditeReconstructionDiplomatie
Rédigé par

La rédaction

La rédaction de LibanInfo.fr

Suivez le lien France–Liban

L'essentiel de l'actualité, de la culture et des rendez-vous, une fois par semaine. Sans spam, désinscription en un clic.

À lire aussi