L'économie du Liban en chiffres
Effondrement, dette, pauvreté, diaspora, reprise fragile : les données essentielles pour comprendre l'économie libanaise depuis 2019, en infographies vérifiées et datées.
À jourDonnées 2018–2026 · Dernières estimations : croissance +3,5 à +4,2 % en 2025, inflation ramenée à ~15 %, réserves de la Banque du Liban ~12 Mds $ fin 2025. Négociations avec le FMI toujours ouvertes en février 2026.
Depuis 2019, le Liban traverse l'une des pires crises économiques du monde depuis 1850, selon la Banque mondiale. Le produit intérieur brut réel a chuté d'environ 40 %, passant d'à peu près 55 milliards de dollars en 2018 à quelque 18 milliards en 2023. La livre libanaise a perdu plus de 98 % de sa valeur, de 1 507 à environ 89 500 livres pour un dollar. En 2021, 82 % de la population vivait une forme de pauvreté, contre 42 % deux ans plus tôt. Face à l'effondrement, les transferts de la diaspora, environ 5,8 milliards de dollars en 2024 (17,7 % du PIB), sont devenus la principale bouée du pays. À cette crise s'ajoute le poids d'un habitant sur cinq réfugié, syriens et palestiniens, et l'exil de dizaines de milliers de Libanais qualifiés. Depuis 2025, sous un nouveau gouvernement, l'activité rebondit (entre +3,5 et +4,2 %) et l'inflation reflue, mais la reprise reste fragile.
L'effondrement en cinq chiffres
Banque mondiale, FMI, Banque du Liban et ONU-ESCWA. Les montants en dollars dépendent du taux de change retenu et sont datés.
Des banques à l'arrêt, une dette record
En mars 2020, le Liban fait défaut pour la première fois de son histoire sur sa dette en devises, environ 31 milliards de dollars d'eurobonds. À la veille de la crise, la dette publique atteignait déjà 150 à 170 % du PIB, l'un des ratios les plus élevés au monde. Depuis, les banques ont gelé les retraits : plus de 100 milliards de dollars de dépôts restent bloqués et le trou financier du système est estimé entre 80 et 83 milliards de dollars. Faute de confiance dans les banques, le pays est devenu une économie de cash : près de la moitié de l'activité se réglait en liquide dollarisé en 2022.
Réserves, diaspora, commerce
Les réserves de change de la Banque du Liban
en milliards de dollars (réserves hors or)
Banque du Liban, Banque mondiale / KNOMAD et Douanes libanaises.
La diaspora, bouée du pays
Alors que l'État s'effondrait, l'argent envoyé par les Libanais de l'étranger a maintenu des millions de familles à flot. Les transferts de la diaspora ont culminé à 6,7 milliards de dollars en 2023 avant de refluer à 5,8 milliards en 2024, soit 17,7 % du produit intérieur brut selon la Banque mondiale : l'un des taux de dépendance aux remises les plus élevés de la planète. Avant la crise, cet argent finançait l'éducation et l'investissement ; il couvre désormais les dépenses de survie des ménages.
L'électricité, gouffre de l'État
Le secteur public de l'électricité a coûté plus de 40 milliards de dollars aux finances publiques entre 1992 et 2018, sans jamais assurer un courant continu. Au plus fort de la crise, en 2021, l'opérateur national ne fournissait plus que 1 à 3 heures d'électricité par jour, contraignant les foyers à payer des générateurs privés qui pouvaient absorber jusqu'à 44 % d'un salaire mensuel.
Le fardeau des réfugiés
Rapporté à sa population, le Liban accueille le plus grand nombre de réfugiés au monde. Le HCR recensait fin 2024 environ 716 000 réfugiés syriens enregistrés, mais le gouvernement estime leur présence réelle à 1,4 à 1,5 million de personnes, l'enregistrement étant gelé depuis 2015. S'y ajoutent près de 493 000 réfugiés palestiniens inscrits à l'UNRWA, dont l'agence estimait en 2025 qu'environ 230 000 vivent encore dans le pays. Au total, près d'un habitant sur cinq est un réfugié, une charge considérable pour un État en faillite : dès 2013, la Banque mondiale chiffrait le coût pour le Liban à 7,5 milliards de dollars, avant des surcoûts annuels de plusieurs milliards. La chute de Bachar el-Assad, fin 2024, a amorcé un mouvement de retour, avec environ 200 000 Syriens repartis en 2025.
L'exil des talents
L'autre saignée est humaine. Selon Information International, environ 206 000 Libanais ont quitté le pays entre 2019 et octobre 2022, une émigration massive qui frappe d'abord les qualifiés. L'Organisation mondiale de la santé estime qu'environ 40 % des médecins et 30 % des infirmiers ont émigré depuis octobre 2019, fragilisant un système de santé déjà exsangue. Sur le marché du travail, le chômage a bondi de 11 % avant la crise à près de 30 % en 2022, et touchait près d'un jeune actif sur deux. Cette fuite des cerveaux hypothèque la reconstruction : le pays perd les compétences dont il aura besoin pour se relever.
Chronologie de la crise
- 2019Octobre : soulèvement populaire et premières restrictions bancaires sur les retraits
- 2020Mars : premier défaut de paiement de l'histoire du Liban (≈ 31 Mds $ d'eurobonds)
- 2020Août : double explosion au port de Beyrouth
- 2021Pénuries de carburant, électricité publique réduite à 1 à 3 heures par jour
- 2022Avril : accord de principe avec le FMI (≈ 3 Mds $), resté sans programme faute de réformes
- 2023La livre se stabilise autour de 89 500 pour un dollar après plus de 98 % de dévaluation
- 2024Une guerre de plus d'un an fait replonger le PIB d'environ 7,5 % ; dégâts et pertes chiffrés à 14 milliards de dollars par la Banque mondiale
- 2025Janvier : élection de Joseph Aoun à la présidence et gouvernement de Nawaf Salam, fin de deux ans de vacance du pouvoir
- 2025Réformes clés : levée du secret bancaire (avril) et loi de restructuration des banques (juillet)
- 2025Rebond de l'activité (entre +3,5 et +4,2 % selon les institutions), première croissance depuis 2019
- 2026Février : le FMI refuse de soutenir la loi sur le remboursement des déposants en l'état ; toujours pas de programme signé
- 2026Croissance projetée autour de +4 % et inflation attendue à un seul chiffre, sous condition de réformes
FMI, réformes et reprise fragile
L'accord de principe conclu avec le FMI en avril 2022 (environ 3 milliards de dollars) n'a jamais débouché sur un programme, faute de réformes. L'élection de Joseph Aoun à la présidence et la formation du gouvernement de Nawaf Salam, début 2025, ont relancé le chantier : le Parlement a levé le secret bancaire en avril 2025 et voté une loi de restructuration des banques en juillet. Mais en février 2026, le FMI a refusé de soutenir la loi sur le remboursement des déposants en l'état, exigeant que les pertes frappent d'abord les actionnaires, pas les épargnants. Aucun programme n'est encore signé. Après une contraction d'environ 7,5 % en 2024 liée à la guerre, l'activité est repartie en 2025 (entre +3,5 et +4,2 % selon les institutions), première croissance depuis 2019, avec une projection autour de +4 % en 2026. La Banque mondiale qualifie cette reprise de fragile : elle dépend des réformes, de la reconstruction et de la stabilité politique.
Les signes d'un redressement
Le tableau n'est pas que sombre. Depuis 2025, le Liban montre les premiers signes d'une stabilisation. La Banque du Liban a reconstitué ses réserves de change, autour de 12 milliards de dollars fin 2025, et conserve un atout resté intact pendant toute la crise : 286,8 tonnes d'or, deuxième réserve du monde arabe, valorisées environ 45 milliards de dollars. L'inflation est retombée d'environ 45 % en 2024 à quelque 15 % en 2025, et la livre tient son taux officiel de 89 500 pour un dollar, unifié avec le marché depuis 2024. La reconstruction après la guerre de 2024, dont la Banque mondiale chiffre les besoins à 11 milliards de dollars, reste toutefois le principal défi.
Ce que révèlent ces chiffres
Pris ensemble, ces chiffres racontent moins une succession de crises qu'un engrenage. L'effacement de l'épargne et la chute de la livre ont précipité les ménages dans la pauvreté ; la pauvreté et l'absence de perspectives ont nourri l'exil des plus qualifiés ; cette fuite des médecins, des ingénieurs et des enseignants prive à son tour le pays des compétences nécessaires à sa reconstruction. Un État en défaut, incapable de garantir l'électricité ou d'absorber le choc démographique des réfugiés, alimente la défiance qui pousse au départ. La boucle se referme sur elle-même.
Un seul flux enraye la chute : la diaspora. Ses transferts, près de 18 % du PIB, ne financent plus l'investissement mais la survie quotidienne de millions de familles. C'est la principale raison pour laquelle le Liban ne s'est pas effondré plus bas. La résilience du pays ne vient pas de ses institutions, mais de ses citoyens partis qui n'ont pas coupé le lien.
Le rebond de 2025 (+3,5 à +4,2 %) reste suspendu aux réformes exigées par le FMI, à la reconstruction et à la stabilité politique. Sans elles, la stabilisation observée n'est qu'une pause dans la spirale, pas une sortie de crise.
Sources : Banque mondiale (Lebanon Economic Monitor, Poverty and Equity Assessment), Fonds monétaire international (consultations au titre de l'article IV), Banque du Liban, ONU-ESCWA, Organisation internationale du travail et Administration centrale de la statistique, HCR, UNRWA, Organisation mondiale de la santé, Information International, KNOMAD, Douanes libanaises. Données arrêtées à juillet 2026. Les effectifs de réfugiés varient selon qu'on retient les personnes enregistrées ou l'estimation gouvernementale ; les ratios rapportés au PIB sont sensibles au taux de change retenu. Chaque chiffre est daté au repère le plus fiable. Une donnée vous semble inexacte ? Signalez-la nous.