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Actualité· Économie

Middle East Airlines distribue 10 millions de dollars à ses salariés : l'anomalie libanaise qui vole encore

Le PDG de Middle East Airlines, Mohamad El Hout, a annoncé le 20 octobre 2026 une prime exceptionnelle de 10 millions de dollars pour les quelque 5 000 salariés de la compagnie et de ses filiales. Dans un pays où les banques ont gelé l'épargne et où l'État a fait défaut, le pavillon national, détenu à 99,5 % par la Banque du Liban, reste l'institution qui tient.

Un Airbus A321 de Middle East Airlines à l'atterrissage.

Adrian Pingstone / Wikimedia Commons, domaine public

Dans un pays où les banques ont confisqué l'épargne de leurs clients et où l'État a cessé de rembourser sa dette, une entreprise libanaise a annoncé, le 20 octobre 2026, verser une prime exceptionnelle de 10 millions de dollars à ses salariés. Cette entreprise n'est ni une start-up ni un groupe privé prospère : c'est Middle East Airlines (MEA), la compagnie aérienne nationale, détenue à 99,5 % par la Banque du Liban, l'institution même au cœur de la débâcle financière. La contradiction résume une singularité libanaise : au milieu de l'effondrement, l'avion continue de voler.

Une prime rare dans un secteur privé exsangue

L'annonce a été faite par le président-directeur général de la compagnie, Mohamad El Hout, lors d'une rencontre placée sous le patronage du ministre du Travail, Mohamad Haidar, et en présence des organismes économiques, de la Confédération générale des travailleurs libanais, de la Caisse nationale de sécurité sociale et des syndicats du secteur aérien et de l'aéroport.

La prime de 10 millions de dollars doit être répartie entre environ 5 000 agents et employés de la compagnie et de ses filiales, ainsi que les personnels des prestataires de services. Elle concerne toutes les catégories professionnelles, soit près de 2 000 dollars par personne en moyenne. Le PDG a assuré que la continuité de l'activité resterait garantie quelles que soient les évolutions géopolitiques de la région.

Le geste détonne. Dans un secteur privé libanais où les salaires, souvent payés en livres dévaluées, ont perdu l'essentiel de leur pouvoir d'achat depuis 2019, rares sont les employeurs capables de distribuer des liquidités en dollars. Le président des organismes économiques, Mohamad Choucair, a d'ailleurs appelé les entreprises qui en ont les moyens à soutenir socialement leurs salariés.

La compagnie qui n'a jamais cessé de voler

Fondée en 1945, MEA est le pavillon national du Liban. Pendant la guerre civile, les crises politiques à répétition, l'effondrement économique de 2019 puis la guerre de 2024, elle n'a pratiquement jamais interrompu ses liaisons. Quand les chancelleries évacuaient leurs ressortissants et que des compagnies étrangères suspendaient leurs vols, les appareils frappés du cèdre, eux, continuaient de décoller de Beyrouth.

Le responsable du syndicat du transport aérien, Ali Mohsen, a rappelé que l'entreprise avait maintenu le versement des salaires et des prestations sociales même dans les circonstances les plus difficiles traversées par le Liban. Selon le responsable du syndicat du personnel au sol, Jihad Jaber, la prime s'ajoute à une série de mesures : révision de la grille des grades, augmentations de salaires, amélioration des couvertures médicale et sociale, revalorisation des bourses scolaires.

Une rentabilité à contre-courant

Comment une entreprise publique libanaise parvient-elle à dégager de telles marges quand tout s'effondre autour d'elle ? MEA revendique une rentabilité maintenue tout au long de la crise. Gérée comme une véritable entreprise commerciale et non comme une administration, la compagnie a longtemps fait figure d'exception dans un paysage d'institutions publiques exsangues.

Sa trajectoire récente le confirme. En novembre 2025, pour son 80e anniversaire, Mohamad El Hout avait dévoilé le projet d'une filiale à bas coûts, Fly Beirut, appelée à opérer dès 2027 avec six appareils depuis l'aéroport René Mouawad de Kleiaat, dans le nord du pays. Une stratégie d'expansion à rebours du marasme ambiant.

Le fil qui relie la diaspora au pays

Au-delà du bilan comptable, MEA joue un rôle que peu d'entreprises peuvent revendiquer : elle est le cordon ombilical entre le Liban et ses millions d'expatriés. Le ministre du Travail a salué le rôle de la direction, des pilotes, du personnel navigant et des agents au sol pour avoir maintenu le Liban relié au monde extérieur durant une étape extrêmement difficile.

Ce lien a un prix et une fragilité. L'aéroport international de Beyrouth, unique porte aérienne du pays, a vu son trafic chuter d'environ un tiers au premier semestre 2026 sur fond de guerre, avant un rebond durant l'été, porté en grande partie par le retour de la diaspora. Chaque reprise des vols, chaque salaire versé, chaque prime distribuée est un signal adressé aux Libanais de l'étranger : le pays tient encore debout.

Dans un Liban où l'effondrement est devenu la norme, MEA rappelle une évidence trop souvent oubliée : les institutions libanaises peuvent fonctionner, à condition d'être gérées. La compagnie au cèdre n'est pas qu'une entreprise rentable. Elle est, à sa manière, une preuve de vie.

ÉconomieMEADiasporaAviationBanque du Liban
Rédigé par

La rédaction

La rédaction de LibanInfo.fr

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