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Gabriel Yared, l'enfant de Beyrouth qui a conquis l'Oscar

Formé à l'orgue chez les jésuites de Beyrouth avant de gagner Paris, Gabriel Yared est l'un des rares compositeurs non américains à avoir décroché l'Oscar de la meilleure musique de film. Portrait d'un talent libanais que la francophonie a porté jusqu'au sommet du cinéma mondial.

Violonistes d'un orchestre à cordes en plein concert

Photo : Unsplash

Un enfant de Beyrouth a sa statuette des Oscars. Gabriel Yared, né dans la capitale libanaise le 7 octobre 1949, appartient au club très fermé des compositeurs non américains couronnés par l'Académie des arts et des sciences du cinéma. Sa trajectoire dit une chose simple et puissante: le talent libanais, quand l'exil le porte et que la francophonie lui ouvre une route, peut s'imposer au coeur de la culture mondiale sans jamais renier Beyrouth. Yared n'est pas un Libanais qui a réussi ailleurs. C'est un Libanais qui a emporté Beyrouth avec lui, de l'orgue de Saint-Joseph jusqu'aux marches des Oscars.

Un apprentissage à l'ombre des jésuites

Tout commence dans le Beyrouth d'avant-guerre. Selon sa biographie, le jeune Gabriel reçoit ses premières leçons d'accordéon à sept ans, avant de passer au piano et à la théorie musicale. Formé au Collège Notre-Dame de Jamhour, l'un des hauts lieux de l'enseignement jésuite francophone au Liban, il bascule très tôt dans la musique: à quatorze ans, à la mort de son professeur de piano, il le remplace comme organiste de l'Université Saint-Joseph. C'est là, dans la bibliothèque de l'USJ, qu'il dévore les partitions de Bach et de Schumann et écrit ses premières pages.

Cette double empreinte, celle d'une éducation francophone et d'une passion pour la grande musique occidentale, façonne un musicien qui n'aura jamais à choisir entre le Liban et la France: les deux cohabitent en lui dès le départ. Il entame des études de droit, puis tranche pour la musique.

Paris, Dutilleux et la chanson française

À la fin des années 1960, Yared gagne Paris. Il suit en auditeur libre les cours de l'École normale de musique, où il travaille la composition auprès d'Henri Dutilleux, l'un des grands noms de la musique française du XXe siècle. Un détour par le Brésil, fin 1971, lui vaut un premier prix au festival de la chanson de Rio de Janeiro avec un titre censé représenter le Liban, une parenthèse qu'il décrira plus tard comme déterminante pour son oreille.

De retour en France, il devient l'un des arrangeurs et compositeurs les plus sollicités de la variété. Il collabore avec Charles Aznavour, Françoise Hardy, Jacques Dutronc ou Mireille Mathieu, signe des centaines de chansons, d'arrangements et de jingles pour la radio et la télévision françaises. Cet artisanat intensif, loin d'être un à-côté, est sa véritable école: il y apprend à servir une émotion, un texte, une image, avant de servir un film.

Le cinéma, de Godard à l'Oscar

Le passage au grand écran se fait par la porte du cinéma d'auteur. Jean-Luc Godard lui confie la musique de Sauve qui peut (la vie) au tournant des années 1980. Mais c'est sa rencontre avec Jean-Jacques Beineix qui le révèle: La Lune dans le caniveau (1983), puis surtout 37°2 le matin (1986) installent sa signature, sensuelle et mélodique. Viennent Camille Claudel de Bruno Nuytten (1988), que Yared a lui-même présenté comme l'une de ses partitions les plus abouties, puis L'Amant de Jean-Jacques Annaud (1992), qui lui vaut le César de la meilleure musique de film.

La consécration internationale a un nom: Anthony Minghella. Pour Le Patient anglais (1996), Yared compose une partition devenue culte qui lui apporte l'Oscar de la meilleure musique de film, assorti d'un Golden Globe et d'un Grammy Award. Le compositeur libanais rejoint alors le cercle restreint des musiciens francophones primés à Hollywood. Il retrouvera Minghella pour Le Talentueux Mr Ripley (1999) et Retour à Cold Mountain (2003), tous deux nommés à l'Oscar, et signera même la fanfare de la Warner Bros. à la fin des années 1990.

Un passeur entre trois mondes

Honoré du grade de Commandeur des Arts et des Lettres en 1997, distingué en 2010 par l'Académie européenne du cinéma pour l'ensemble de son oeuvre au cinéma mondial, Gabriel Yared a franchi toutes les frontières sans se perdre. Son parcours relie trois mondes: le Liban de l'enfance et de l'orgue, la France de la chanson et de l'École normale, le cinéma anglo-saxon des studios. La langue française aura été le fil conducteur, celui qui, de Jamhour à Paris, lui a donné les clés d'une carrière mondiale.

Pour le Liban, Yared n'est pas une simple fierté de salon. Il illustre ce que la diaspora apporte de plus précieux au pays: un rayonnement culturel qui ne coûte rien et vaut de l'or en image. Quand un enfant de Beyrouth met en musique les plus grands films de son époque, c'est le Liban qui s'invite dans les salles obscures du monde entier. Une richesse humaine, exportée mais jamais perdue, et une preuve de plus que la souveraineté d'un pays se joue aussi sur le terrain de la culture.

DiasporaFrance-LibanCultureFrancophonieCinéma
Rédigé par

La rédaction

La rédaction de LibanInfo.fr

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