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Diaspora· Diaspora

Ibrahim Maalouf, la trompette libanaise qui a conquis la France

Né sous les bombes à Beyrouth, élevé en banlieue parisienne, Ibrahim Maalouf a imposé sur les plus grandes scènes un instrument inventé par son père pour faire entendre la musique arabe. Premier instrumentiste libanais nommé aux Grammy, il incarne ce que la diaspora fait de mieux: transformer l'exil en pont culturel, sans jamais quitter le Liban des yeux.

Ibrahim Maalouf en concert, trompette à la main, au Festival du Bout du Monde en 2014

Thesupermat / Wikimedia Commons, CC BY-SA 3.0

Il y a des exils qui appauvrissent et d'autres qui fécondent. Celui d'Ibrahim Maalouf appartient à la seconde catégorie. Arraché à Beyrouth en guerre, grandi dans la banlieue parisienne, ce trompettiste franco-libanais a fait de son double héritage une signature sonore reconnaissable entre toutes. Sa thèse, il la joue plus qu'il ne la dit: la musique arabe n'est pas un folklore à exposer, c'est une langue vivante qui a sa place sur les scènes de Paris, de New York et d'Istanbul. En portant cette conviction, il est devenu l'un des visages les plus universels de la diaspora libanaise.

Un enfant de la guerre, un musicien de l'exil

Ibrahim Maalouf naît le 5 novembre 1980 à Beyrouth, au cœur de la guerre civile, dans une famille arabe chrétienne d'intellectuels et d'artistes. Il est le neveu de l'écrivain Amin Maalouf et le petit-fils de l'homme de lettres Rushdi Maalouf. La guerre pousse les siens à l'exil: l'enfant grandit en région parisienne, dans l'Essonne, où il décroche à dix-sept ans un baccalauréat scientifique. Le Liban, lui, ne le quitte pas. À douze ans, lors d'un voyage à Beyrouth en 1993, il compose dans les rues de la capitale un morceau qu'il intitule simplement Beirut. Il en fera l'une des pièces centrales de son répertoire, comme une adresse permanente à la ville perdue.

La trompette de son père

La singularité de Maalouf tient d'abord à son instrument. Il apprend la trompette dès l'âge de sept ans avec son père, Nassim Maalouf, ancien élève du grand Maurice André au Conservatoire de Paris. Or Nassim n'est pas un professeur ordinaire: dans les années 1960, il a conçu une trompette à quatre pistons, capable de jouer les quarts de ton indispensables aux modes de la musique arabe, inaccessibles à la trompette classique à trois pistons. Ibrahim est le seul au monde à porter cet héritage sur les scènes internationales. Transmission d'un père à un fils, d'une génération d'exilés à la suivante: l'objet lui-même raconte la diaspora.

Formé au Conservatoire à rayonnement régional de Paris puis au Conservatoire national supérieur de musique et de danse de Paris, dont il sort diplômé en 2003, le jeune trompettiste rafle les concours, dont le Concours international de la Ville de Paris Maurice André, considéré par la profession comme l'un des trois plus prestigieux au monde pour la trompette. En 2003, il renonce à son rêve d'architecture, nourri de l'envie de reconstruire son pays natal, pour se consacrer à la musique.

La consécration française

Le grand public français le découvre le 14 février 2014, lors des Victoires de la musique retransmises sur France 2: il y reçoit la Victoire du meilleur album de musiques du monde pour Illusions. Une seconde Victoire suit en 2017, pour la tournée ou le concert de l'année. Entre-temps, le cinéma s'empare de son talent. En 2017, Ibrahim Maalouf reçoit le César de la meilleure musique de film pour Dans les forêts de Sibérie, consécration rare pour un musicien venu du jazz et de la tradition orientale. Pour célébrer ses dix ans de scène, il remplit fin 2016 l'AccorHotels Arena de Paris, la salle de Bercy, exploit peu commun pour un trompettiste.

Une carrière devenue mondiale

Repéré par le légendaire producteur Quincy Jones, qui devient son manager à partir de 2017, Maalouf franchit une nouvelle échelle. En 2022, il devient le premier instrumentiste libanais nommé aux Grammy Awards, pour son album Queen of Sheba, distinction renouvelée l'année suivante. Avec vingt et un albums et une vingtaine de bandes originales, il a croisé la route de Sting, de Stevie Wonder ou d'Angélique Kidjo, tout en restant fidèle à ce dialogue entre Orient et Occident qui le définit. En 2026, un de ses titres, Red & Black Light, a même été repris comme base d'une des musiques officielles de la Coupe du monde de football. La France a reconnu l'artiste: chevalier de l'ordre national du Mérite en 2015, officier des Arts et des Lettres en 2023.

Le Liban comme horizon

Chez Maalouf, la réussite ne gomme jamais l'origine, elle la met en lumière. Dès 2011, l'UNESCO le distingue comme jeune artiste œuvrant pour le dialogue interculturel entre les mondes arabe et occidental. Son mariage, en septembre 2020, avec la chanteuse, actrice et réalisatrice libanaise Hiba Tawaji, scelle encore ce lien avec le pays. Ses hommages à Oum Kalthoum ou à Fairuz, ses improvisations sur les modes arabes, disent une même fidélité: faire exister la sensibilité libanaise au cœur de la scène mondiale. C'est, en creux, un atout pour le Liban, dont l'image se joue aussi dans les salles de concert.

Sa trajectoire n'a pas été exempte de controverses. Visé par une plainte pour des faits remontant à 2013, il est condamné en première instance en 2018 pour agression sexuelle, avant d'être relaxé en appel par la cour d'appel de Paris le 8 juillet 2020. L'épisode, largement commenté, n'a pas entamé sa reconnaissance internationale.

Ibrahim Maalouf appartient à cette lignée de Libanais qui, de Gibran à Amin Maalouf, ont porté la voix de leur pays dans la langue de l'autre. Sa trompette à quarts de ton est le symbole parfait de la diaspora: un instrument occidental transformé pour dire l'Orient, un héritage familial devenu patrimoine universel. Le Liban l'a vu partir enfant; le monde l'écoute aujourd'hui en adulte. Entre les deux, il n'a cessé de bâtir un pont.

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Rédigé par

La rédaction

La rédaction de LibanInfo.fr

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