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Diaspora libanaise aux Antilles françaises : Martinique et Guadeloupe, la branche créole oubliée

On connaît la diaspora libanaise d'Afrique de l'Ouest, du Brésil ou du Golfe. On oublie qu'une branche s'est enracinée au cœur même de la République, de l'autre côté de l'Atlantique. En Martinique et en Guadeloupe, les Syro-Libanais forment depuis plus d'un siècle une communauté discrète mais structurante, au point d'être décrite comme un peuple fondateur de l'identité créole.

Vue de la baie et de la ville de Fort-de-France, capitale de la Martinique

Baie de Fort-de-France. Photo Sapakagadewmoinjadiw / Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0

On connaît la diaspora libanaise d'Afrique de l'Ouest, du Brésil ou du Golfe. On oublie qu'une branche s'est enracinée au cœur même de la République française, de l'autre côté de l'Atlantique : aux Antilles. En Martinique et en Guadeloupe, les Syro-Libanais forment depuis plus d'un siècle une communauté discrète mais structurante, au point que l'un des plus grands écrivains de l'île, Raphaël Confiant, les décrit comme le sixième peuple fondateur du peuple martiniquais. La preuve, s'il en fallait, que le génie migratoire libanais a essaimé partout où le français se parle.

Une diaspora venue presque par accident

L'histoire commence à la fin du XIXe siècle. Comme leurs cousins partis vers Dakar, Abidjan ou Sao Paulo, ces migrants du Levant fuient la misère et l'instabilité du Mont-Liban et de la Syrie ottomane. Ils sont en majorité chrétiens. Beaucoup visaient les États-Unis mais, faute d'argent pour poursuivre le voyage, se retrouvent débarqués dans des ports des Caraïbes, où ils finissent par s'installer. Raphaël Confiant date l'arrivée des premiers Syriens en Martinique autour de 1880 ; en Guadeloupe, les premières familles s'enracinent dès la fin du XIXe siècle.

Un mot sur l'étiquette. Aux Antilles, on dit indistinctement syrien ou libanais pour désigner ces nouveaux venus du Proche-Orient. Le terme syro-libanais recouvre en réalité des origines mêlées : Mont-Liban, Syrie, mais aussi Palestine, Jordanie et Empire ottoman finissant. Cette confusion des noms, loin d'être anecdotique, dit déjà quelque chose de l'invisibilité statistique qui entoure encore aujourd'hui cette communauté.

Du colportage à la rue des Syriens

Le modèle économique est un calque exact de celui déployé en Afrique de l'Ouest à la même époque. On commence par le colportage : on vend de ville en ville, de hameau en hameau, du tissu, des peignes, des babioles. Puis vient la boutique, presque toujours tournée vers le textile, le prêt-à-porter, la chaussure. Les Syro-Libanais s'adressent d'abord aux classes populaires, souvent à crédit, dans une société antillaise encore marquée par l'héritage de l'esclavage.

À Fort-de-France, cette présence se cristallise autour d'une artère, la rue François-Arago, que l'usage a rebaptisée la rue des Syriens. Confiant, qui a grandi non loin, en a tiré un roman, Rue des Syriens, publié en 2012 chez Mercure de France : l'odyssée de Wadi, jeune Levantin débarqué à Fort-de-France, happé par la société des commerçants de la rue Arago. En Guadeloupe, le même scénario se rejoue à Basse-Terre, où des familles ouvrent magasins de tissu et de prêt-à-porter que les générations suivantes reprennent et multiplient.

Le sixième peuple fondateur

La formule est de Raphaël Confiant : les Syro-Libanais sont, dit-il, le sixième peuple fondateur du peuple martiniquais, les derniers arrivés après les Amérindiens caraïbes, les Français, les Africains, les Indiens et les Chinois. Leur influence est plus modeste, reconnaît l'écrivain, mais réelle : ils ont apporté leur pierre à la Créolité, cette identité-mosaïque chère à Édouard Glissant.

L'intégration s'est faite par le travail et par le mariage. Nombre d'unions mixtes ont dilué, en une ou deux générations, la frontière entre la communauté et le reste de la société créole. Les descendants sont devenus médecins, avocats, commerçants installés, parfois élus locaux. La discrétion reste la marque de fabrique : on a longtemps reproché aux Syriens de vivre un peu en vase clos, travaillant en créole et se retrouvant en arabe. Figure de cette mémoire, le commerçant Joseph Azar, consul honoraire de Syrie en Guadeloupe et en Martinique, s'est fait l'historien de cette implantation.

La communauté s'est renouvelée par vagues successives au XXe siècle, dans les années 1920, 1950 et 1980, enrichie d'arrivées palestiniennes et jordaniennes. Plus récemment, la guerre de Syrie a ramené le sujet dans l'actualité : en 2015, la Martinique figurait parmi les territoires français prêts à accueillir des réfugiés syriens, un écho direct à une histoire commencée près de cent cinquante ans plus tôt.

Combien sont-ils ? L'angle mort statistique

Impossible de donner un chiffre fiable, et il faut le dire franchement. La France ne collecte pas de statistiques ethniques ou confessionnelles : il n'existe donc aucun recensement officiel des Antillais d'origine syro-libanaise, et les estimations qui circulent ne reposent sur aucune source administrative vérifiable. Cette invisibilité n'est pas propre aux Antilles ; elle caractérise l'ensemble de la diaspora libanaise, dont le poids réel est presque toujours sous-évalué faute d'instrument de mesure.

Ce que cette branche créole dit du Liban

L'épisode antillais confirme une évidence que le Liban aurait tort de négliger : son peuple a transformé l'exil en enracinement sur tous les continents, y compris dans les confins francophones de la Caraïbe, et selon le même génie commerçant qu'en Afrique. Du colporteur de Dakar au boutiquier de la rue Arago, c'est une seule et même histoire, celle d'une capacité d'adaptation qui est l'un des atouts souverains du pays. Partout où le français se parle, le Liban a une attache. La branche créole des Antilles, longtemps oubliée, en est l'une des plus surprenantes.

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Rédigé par

La rédaction

La rédaction de LibanInfo.fr

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