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Diaspora· Diaspora

Diaspora libanaise au Brésil : la plus grande du monde, celle qui a donné un président

Le Brésil abrite davantage de personnes d'origine libanaise que le Liban ne compte d'habitants. Partis colporteurs à la fin du XIXe siècle, les Libanais y ont bâti une ascension qui est allée jusqu'au sommet de l'État.

La Rua 25 de Março, au centre de São Paulo, cœur historique du commerce fondé par les immigrés syriens et libanais.

Rag2.Brazil / Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0

Il existe un pays où l'on parle portugais, où le carnaval rythme l'année, et où vivent plus de descendants du Liban que le Liban ne compte lui-même d'habitants. Ce pays, c'est le Brésil. La diaspora libanaise y est la plus nombreuse de la planète, loin devant l'Argentine ou les États-Unis. Elle n'a pas seulement survécu : partie de rien, souvent une valise de marchandises sur l'épaule, elle est montée jusqu'au palais présidentiel. L'histoire des Libanais du Brésil est celle d'un Liban reconstruit de l'autre côté de l'Atlantique.

Un Liban hors du Liban

Combien sont-ils ? La réponse tient en une fourchette large, et c'est déjà en soi un indice de l'ampleur du phénomène. Les estimations couramment citées oscillent entre 6 et 12 millions de Brésiliens d'origine libanaise, selon que l'on compte les descendants de deuxième, troisième ou quatrième génération. L'Université de São Paulo retient le chiffre haut, autour de 12 millions. Quoi qu'il en soit, on parle d'un ensemble supérieur à la population actuelle du Liban, estimée autour de 5,4 millions d'habitants.

Aucun de ces chiffres n'a valeur officielle, et il faut le dire clairement : le recensement brésilien ne classe pas ses citoyens par origine arabe, les premières générations se sont profondément mêlées à la société d'accueil, et beaucoup de familles portent aujourd'hui des patronymes brésilianisés. La diaspora libanaise du Brésil se mesure donc à l'estime. Mais même la fourchette basse ferait de ce pays le premier foyer libanais du monde après le Liban.

Des Turcos aux mascates de la 25 de Março

Tout commence à la fin du XIXe siècle. Le Mont-Liban et le Levant font alors partie de l'Empire ottoman, et une vague d'émigration part vers l'Amérique latine, portée par la pression démographique, la misère et, pour les chrétiens, l'insécurité. Les premiers arrivants au Brésil sont très majoritairement des chrétiens, maronites et orthodoxes. Comme ils voyagent avec des passeports ottomans, l'administration brésilienne les enregistre sous une étiquette qui leur collera longtemps à la peau : Turcos, les Turcs, alors qu'ils ne le sont pas.

Ils s'installent d'abord à São Paulo, puis à Rio de Janeiro, dans le Minas Gerais, le Pará, le Goiás. Leur point d'ancrage devient un quartier du centre de São Paulo organisé autour de la Rua 25 de Março. Le lieu n'est pas choisi au hasard : loyers bon marché, gare ferroviaire toute proche, marché public pour s'approvisionner. De là, les nouveaux venus partent sur les routes comme mascates, ces colporteurs qui vendent tissus, boutons et mercerie de porte en porte, à crédit, dans les campagnes que le commerce établi néglige.

Le colportage est une école. Il apprend la langue, le pays, les circuits de distribution. En une génération, le mascate ouvre une boutique, puis un entrepôt, puis une fabrique de textile. Au début du XXe siècle, la 25 de Março compte déjà des centaines de magasins tenus par des Syriens et des Libanais, et la communauté y bâtit ses églises, dont une paroisse orthodoxe en 1904. Aujourd'hui encore, cette rue reste le plus grand pôle commercial populaire de São Paulo, mémoire vivante de l'arrivée arabe au Brésil.

Du comptoir au sommet de l'État

L'ascension ne s'est pas arrêtée au commerce. En deux à trois générations, les descendants de colporteurs ont essaimé dans l'industrie, les professions libérales, l'université et la politique. Et c'est là que le destin brésilien de la diaspora libanaise prend une dimension unique : nulle part ailleurs les enfants de l'émigration n'ont atteint un tel niveau de pouvoir.

Le symbole en est Michel Temer. Né à Tietê, dans l'État de São Paulo, il est le fils d'immigrés maronites venus en 1925 de Btaaboura, un village du district de Koura, dans le nord du Liban. Juriste, il devient vice-président, puis président du Brésil de 2016 à 2018. Dans son village d'origine, son accession au pouvoir a été vécue comme un événement national libanais.

Temer n'est pas un cas isolé. São Paulo, la plus grande ville du pays, a eu trois maires d'origine libanaise en l'espace d'un quart de siècle : Paulo Maluf, figure controversée qui fut aussi gouverneur de l'État ; Gilberto Kassab, maire de 2006 à 2012 puis ministre fédéral ; et Fernando Haddad, maire puis ministre de premier plan. Ajoutons que Carlos Ghosn, longtemps patron de Renault-Nissan, est lui-même né au Brésil, à Porto Velho, de parents d'origine libanaise, avant de repartir vers le Liban. La trajectoire type est toujours la même : du comptoir au sommet, en deux ou trois générations.

Ce que le Brésil dit du Liban

La diaspora brésilienne raconte quelque chose d'essentiel sur le Liban lui-même. Un pays de quatre millions et demi d'habitants qui a projeté dans le monde une communauté plusieurs fois plus nombreuse que lui n'est pas un petit pays : c'est une matrice. Le Brésil en est la démonstration la plus spectaculaire, parce que les Libanais n'y ont pas seulement prospéré, ils y ont façonné des villes et des institutions.

Pour le Liban d'aujourd'hui, qui voit sa jeunesse repartir vague après vague, cette histoire est à double tranchant. Elle rappelle une capacité d'enracinement et de réussite qui force le respect. Elle rappelle aussi que chaque départ est une perte pour le pays d'origine. Entre les deux, il reste un lien : des millions de Brésiliens qui, un siècle plus tard, savent encore nommer le village du Mont-Liban d'où sont partis leurs arrière-grands-parents.

DiasporaBrésilHistoireAmérique latine
Rédigé par

La rédaction

La rédaction de LibanInfo.fr

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