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Diaspora· Diaspora

Salah Stétié, le Liban en langue française : portrait d'un poète diplomate

Né à Beyrouth, mort près de Paris, Salah Stétié a prouvé que la diaspora libanaise n'exporte pas que du commerce : elle exporte une voix. Monument des lettres françaises et ambassadeur d'un pays en guerre, il a fait de la francophonie un atout souverain du Liban.

Portrait de l'écrivain et poète libanais Salah Stétié, photographié à New York en 2013.

Caroline Fourgeaud-Laville / Wikimedia Commons / CC BY-SA 3.0

La diaspora libanaise est trop souvent résumée à ses marchands, ses banquiers et ses bâtisseurs. Salah Stétié rappelle qu'elle a aussi exporté une langue, une pensée et un prestige. Ce Beyrouthin devenu l'un des plus grands poètes français du XXe siècle n'a jamais cessé de porter le Liban : sur la page, où son pays reste la source de son imaginaire, et dans les enceintes internationales, où il l'a représenté comme diplomate. Sa vie dessine une thèse simple : pour un petit pays, la francophonie et le rayonnement culturel de ses enfants sont une forme de souveraineté.

De Beyrouth à la Sorbonne

Salah Stétié naît à Beyrouth en 1929, dans une famille de la bourgeoisie sunnite de la ville, à l'époque du mandat français sur le Liban. Son père, Mahmoud Stétié, enseignant et lui-même poète en langue arabe, veille à ce que l'enfant apprenne le français très tôt tout en lui transmettant une solide culture arabo-musulmane. Cette double appartenance deviendra la matière même de son oeuvre.

Formé au Collège protestant français puis chez les jésuites de l'Université Saint-Joseph de Beyrouth, il suit à partir de 1947 l'enseignement du critique Gabriel Bounoure, le premier de ses maîtres. En 1951, une bourse française l'amène à la Sorbonne, où il suit aussi les cours de l'orientaliste Louis Massignon. Paris devient alors, selon sa biographie, l'un de ses principaux foyers intellectuels.

Le choix du français, sans quitter le Liban

Fils d'un poète arabe, Stétié choisit d'écrire en français. Ce n'est pas un reniement : c'est un pont. Toute son oeuvre cherche à concilier les visions orientale et occidentale du monde, à faire dialoguer la tradition arabo-musulmane et la modernité poétique européenne. Le Liban, écrit-il en substance, demeure le foyer central de son imaginaire.

Dans le Paris littéraire des années 1950, il se lie à des figures majeures : Pierre Jean Jouve, André Pieyre de Mandiargues, Yves Bonnefoy, André du Bouchet, et plus tard Henri Michaux et René Char. Il collabore aussi avec des peintres de premier plan, de Zao Wou-Ki à Pierre Alechinsky et Antoni Tàpies. Mais il revient au Liban dès 1955 pour y enseigner, à l'Académie libanaise des beaux-arts puis à l'Université libanaise, et il fonde et dirige jusqu'en 1961 un supplément littéraire et culturel hebdomadaire au sein de la grande presse francophone de Beyrouth. Le va-et-vient entre les deux rives sera la constante de sa vie.

Ambassadeur d'un pays en guerre

À partir des années 1960, Salah Stétié mène en parallèle une carrière diplomatique au service du Liban. Il est d'abord conseiller culturel à Paris et en Europe occidentale, puis délégué permanent de son pays à l'UNESCO. Il sera ensuite ambassadeur aux Pays-Bas, puis au Maroc au milieu des années 1980.

Le plus éloquent est la suite : nommé secrétaire général du ministère libanais des Affaires étrangères, il dirige l'appareil diplomatique du pays alors que celui-ci est déchiré par la guerre civile. Pendant que le Liban s'effondre à l'intérieur, sa voix continue de le représenter à l'extérieur. C'est une illustration de ce que la diaspora et les élites expatriées peuvent offrir à un État affaibli : une continuité, une respectabilité, un canal vers le monde quand les institutions internes vacillent.

Un pont entre deux rives

En 1995, l'Académie française lui décerne le Grand Prix de la Francophonie pour l'ensemble de son oeuvre, l'une des plus hautes consécrations pour un écrivain de langue française. Auteur d'une cinquantaine de livres, poète mais aussi essayiste, critique d'art et traducteur de poètes arabes, il reçoit son oeuvre comme un long effort de médiation entre les cultures. La France le fait grand officier de la Légion d'honneur en 2015.

La ville de Sète, port méditerranéen cher aux poètes, lui ouvre les portes du musée Paul-Valéry, qui lui consacre une salle depuis 2017 ; il préside d'honneur son festival de poésie. Quand il meurt en 2020 dans la région parisienne, à 90 ans, l'ambassade du Liban en France salue un phare littéraire et diplomatique, et la directrice générale de l'UNESCO, Audrey Azoulay, rend hommage à un homme qui a oeuvré pour la paix et le dialogue des cultures à partir de sa propre tradition arabe.

Ce qu'il lègue à la diaspora

Salah Stétié n'était pas un expatrié ordinaire. Il incarne une idée précise et précieuse pour le Liban : un pays minuscule par la superficie peut peser lourd par la qualité de ceux qu'il envoie dans le monde. La diaspora culturelle, les écrivains, les artistes, les diplomates issus de l'émigration ou formés dans les écoles francophones du pays constituent un capital d'influence que ni les crises ni les guerres n'ont détruit. La francophonie, dans ce récit, n'est pas une nostalgie coloniale : c'est un outil d'ouverture et de rayonnement que le Liban a su retourner à son avantage. Stétié en reste l'un des visages les plus accomplis.

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Rédigé par

La rédaction

La rédaction de LibanInfo.fr

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