Budget 2027 : le Liban affiche l'équilibre, le mur de la dette reste entier
Le gouvernement Salam a transmis au Parlement un budget 2027 en hausse qu'il présente sans nouvelle taxe. Mais tant que la dette publique n'est pas restructurée et la réforme bancaire achevée, cet équilibre reste un trompe-l'oeil et la reconstruction demeure sans financement.

Padres Hana / Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0
Un budget voté dans les délais constitutionnels, en hausse, et présenté sans nouvelle taxe : sur le papier, le projet de loi de finances 2027 transmis au Parlement libanais ressemble à un retour à la normale. La réalité est plus étroite. Le Liban peut équilibrer ses comptes courants d'une année sur l'autre ; il ne peut toujours pas financer sa reconstruction ni rétablir la confiance de ses créanciers tant que deux chantiers restent ouverts : la restructuration de la dette et la réforme du secteur bancaire. Le budget 2027 est un exercice de gestion. Le redressement, lui, se joue ailleurs.
Un budget qui revendique la discipline
Le projet de budget 2027 porté par le gouvernement de Nawaf Salam prévoit des dépenses de l'ordre de 6,87 milliards de dollars, en progression d'environ 15 % par rapport à 2026. L'exécutif a défendu un texte financé par l'impôt sans création de nouvelle taxe : le Premier ministre a présenté les ajustements comme portant sur des droits encore calculés sur d'anciens taux de change et sur des redevances ciblées, dont celles visant les yachts et les avions privés. L'avant-projet du ministère des Finances allait plus loin, en proposant notamment de quadrupler l'imposition des holdings et des sociétés offshore.
Pour un État qui a fait défaut sur sa dette en mars 2020 et dont les finances publiques ont longtemps fonctionné hors de tout cadre, présenter un budget dans les délais et revendiquer l'absence de nouvelle taxe n'est pas anodin. C'est le signe d'une administration qui tente de rétablir une mécanique budgétaire normale. Mais un budget annuel équilibré ne dit rien de la solvabilité du pays. Il dit seulement que, sur douze mois, les recettes couvrent à peu près les dépenses courantes.
Ce que mesure vraiment la Banque mondiale
Le cadre macroéconomique, lui, reste sévère. Dans son dernier rapport de suivi sur l'économie libanaise publié le 21 août 2026, la Banque mondiale prévoit une contraction du produit intérieur brut de 6,4 % en 2026, après une croissance de 4,2 % en 2025, la plus forte depuis l'effondrement financier de 2019. L'institution impute ce retournement à la reprise du conflit avec Israël au printemps 2026, qui a frappé le tourisme, la demande, les chaînes d'approvisionnement et le logement. Elle estime que le conflit ampute la croissance de plus de dix points de pourcentage par rapport à un scénario sans guerre.
La Banque mondiale attend par ailleurs une inflation d'environ 17,5 % en 2026, alimentée par les perturbations d'approvisionnement, le coût du fret et les prix des carburants. Autrement dit, la reprise naissante de 2025, saluée comme un premier signe de stabilisation, a été interrompue par un choc extérieur. Le budget 2027 est construit sur ce terrain-là : un pays qui se contracte, pas un pays qui rebondit.
Le vrai verrou : dette et banques
Le point le plus lourd du diagnostic ne figure dans aucune ligne du budget. La Banque mondiale juge la dette publique libanaise insoutenable et souligne qu'aucune négociation de restructuration n'est engagée. Tant que ce dossier n'avance pas, l'État reste coupé des marchés et des financements concessionnels dont il aurait besoin pour reconstruire ce que la guerre a détruit. L'institution lie explicitement la capacité du Liban à mobiliser des fonds de reconstruction à deux conditions : la restructuration du secteur bancaire et l'assainissement des finances publiques.
C'est la hiérarchie à retenir. Le budget annuel est une condition de crédibilité minimale, pas une solution. Les leviers décisifs sont structurels : solder les pertes du système bancaire, clarifier le sort de l'épargne gelée des déposants, rouvrir la question de la dette. Sans cela, chaque budget, même présenté sans nouvelle taxe, continuera de gérer la pénurie plutôt que de financer la relance.
Pourquoi cela compte pour la diaspora
Pour les Libanais de France et d'ailleurs, l'enjeu n'est pas comptable, il est concret. C'est la diaspora qui fait vivre l'économie par ses transferts, qui investit, qui envisage ou non de rentrer. La restructuration bancaire décidera du sort de milliards de dollars d'épargne bloqués depuis 2019, dont une part appartient à des familles installées à l'étranger. Et c'est la capacité de l'État à mobiliser des financements de reconstruction qui déterminera si le Sud, la banlieue de Beyrouth et les infrastructures abîmées seront relevés, ou laissés en l'état.
Le budget 2027 mérite donc d'être lu pour ce qu'il est : un acte de gestion responsable, nécessaire mais insuffisant. Le test du Liban ne sera pas de voter un budget à l'heure. Il sera de trancher enfin les dossiers que trois années de budgets n'ont pas réglés.

