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France–Liban· Analyse

Barrot et Rufo à Beyrouth : la France se pose en garant du Liban avant le départ de la FINUL

Le chef de la diplomatie française et la ministre déléguée aux Armées sont attendus ensemble au Liban ce samedi 17 et dimanche 18 octobre. Derrière le protocole, un calcul clair : verrouiller le rôle de Paris comme garant de la souveraineté libanaise, à l'heure où les casques bleus de l'ONU plient bagage.

Portrait de Jean-Noël Barrot, ministre de l'Europe et des Affaires étrangères

G.Garitan / Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0

La visite conjointe de Jean-Noël Barrot, ministre de l'Europe et des Affaires étrangères, et d'Alice Rufo, ministre déléguée aux Armées, au Liban ce samedi 17 et dimanche 18 octobre n'a rien d'une tournée de courtoisie. Faire venir ensemble, le même week-end, le patron du Quai d'Orsay et la responsable des Armées est un signal politique calibré : la France entend se poser en garant de la souveraineté libanaise au moment précis où l'architecture de sécurité héritée de 1978 s'apprête à disparaître.

Un déplacement de haut niveau à un moment charnière

Selon l'entourage des deux ministres, le déplacement vise à « réitérer le soutien de la France à la stabilité et à la pleine souveraineté du Liban ». La formule n'est pas neutre. Elle associe deux idées que Paris martèle depuis un an : un Liban stable suppose un État qui détient seul la force armée, et cette souveraineté a besoin d'un parrain extérieur crédible tant que l'armée nationale n'a pas les moyens de tenir le terrain seule.

Ce n'est pas la première fois que Jean-Noël Barrot se rend à Beyrouth. Lors d'un précédent déplacement, en mars 2026, il avait annoncé le doublement de l'aide humanitaire française au Liban, portée à 17 millions d'euros. La présence, cette fois, de la ministre déléguée aux Armées déplace le curseur du registre humanitaire vers le registre sécuritaire et militaire.

La FINUL s'en va, la France ne veut pas du vide

Le calendrier explique tout. Le Conseil de sécurité de l'ONU a fixé au 31 décembre 2026 la fin du mandat de la Force intérimaire des Nations unies au Liban (FINUL), déployée dans le Sud depuis 1978. La force compte encore environ 7 500 casques bleus. La France y tient une place particulière : selon l'Élysée, elle y aligne près de 700 militaires et plaide ouvertement pour que la communauté internationale ne laisse pas un trou béant une fois les casques bleus partis.

Le risque est réel. Israël maintient une présence dans plusieurs secteurs du sud du Liban et les tensions avec le Hezbollah persistent. Pour Beyrouth comme pour Paris, un retrait sans relais organisé rouvrirait le pire des scénarios : un Sud sans autorité claire, livré aux logiques armées non étatiques. La visite de ce week-end sert aussi à préparer l'après, en affichant que la France ne se désengage pas.

Munitions, mission européenne, méthode

Le déplacement s'inscrit dans une séquence dense. Le 9 octobre 2026, l'armée libanaise a réceptionné au port de Beyrouth un lot de munitions offert par les autorités françaises, don inscrit, selon le commandement libanais, « dans le cadre de la coopération en cours entre les armées libanaise et française ». Trois jours plus tard, le 12 octobre, les Vingt-Sept ont approuvé la création d'une mission civilo-militaire d'appui aux forces de sécurité libanaises, distincte de la FINUL.

Cette mission européenne, dotée d'environ 150 personnes et d'un mandat initial de trois ans, comporte deux volets : un volet militaire pour accompagner l'armée dans la surveillance des frontières, le renseignement et la lutte contre la contrebande, et un volet civil pour former les forces de sécurité intérieure. « Je me réjouis que nous ayons pu adopter le principe d'une mission d'appui aux forces armées libanaises », avait salué Jean-Noël Barrot à Luxembourg. La France et l'Italie en seront les fers de lance. Elle ne remplacera pas la FINUL, mais elle dessine le dispositif que Paris veut voir prendre le relais.

Pourquoi la France tient à ce rôle

Munitions, mission de l'UE, visite ministérielle conjointe : les trois pièces s'emboîtent. Elles disent une stratégie, pas une improvisation. Pour la France, le Liban n'est pas un dossier parmi d'autres au Levant. C'est le point d'ancrage historique de son influence dans la région, le pays où sa langue, ses écoles, ses entreprises et ses liens humains lui donnent un capital qu'aucune autre puissance occidentale ne possède.

Céder ce terrain au moment où l'ONU se retire reviendrait à abandonner ce capital à d'autres acteurs. D'où une constante dans le discours français, répétée de communiqué en déplacement : soutenir l'armée libanaise comme seule institution capable d'incarner le monopole de l'État sur la force, et refuser que la souveraineté du pays soit une formule creuse. Le week-end du 17 et 18 octobre, Paris met des ministres sur le tarmac pour le prouver.

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Rédigé par

La rédaction

La rédaction de LibanInfo.fr

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