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France–Liban· Portrait

Dalal Mawad, la journaliste libanaise qui refuse l'effacement de Beyrouth

Correspondante à Paris, autrice de « All She Lost », lauréate du prix Samir Kassir pour la liberté de la presse, Dalal Mawad fait de la mémoire et de la vérité des actes de résistance. De Beyrouth à Mossoul, de l'agence AP aux Nations unies, portrait d'une voix libanaise que la censure n'a pas fait taire. Nouveau volet de notre série Visages du renouveau libanais.

Portrait de la journaliste libanaise Dalal Mawad, en manteau bleu nuit, les bras croisés, sur fond neutre

Site officiel de Dalal Mawad (dalal-mawad.com)

Il y a des pays qui s'effondrent dans le fracas, puis dans le silence. Le Liban est de ceux-là : après l'explosion, l'oubli ; après la catastrophe, l'impunité. C'est précisément contre cet effacement que travaille Dalal Mawad. Journaliste libanaise primée, correspondante à Paris, elle a fait de la mémoire et de la vérité une discipline, presque un combat. Dans un pays où les responsables d'un désastre finissent rarement devant un juge, documenter devient un acte de résistance.

Nouveau volet de notre série Visages du renouveau libanais, ce portrait s'attache à une autre forme de renaissance que celle des institutions : celle d'une presse libre et exigeante, portée par une génération de Libanais qui refusent le fatalisme et l'amnésie.

Beyrouth, 4 août 2020 : au cœur du souffle

Quand la double explosion du port de Beyrouth ravage la capitale le 4 août 2020, tuant plus de deux cents personnes, en blessant des milliers d'autres et soufflant des quartiers entiers, Dalal Mawad est sur place. Elle est alors productrice principale et correspondante pour l'agence Associated Press à Beyrouth, poste qu'elle occupe de 2019 à 2021, au plus fort du soulèvement populaire de l'automne 2019 puis de la catastrophe du port. Elle ne se contente pas de couvrir l'événement : elle en recueille la mémoire, patiemment, auprès de celles que l'histoire officielle laisse de côté.

Dalal Mawad, micro à la main, en reportage dans une rue de Beyrouth dévastée après l'explosion du port
Dalal Mawad en reportage dans Beyrouth après l'explosion du port du 4 août 2020. Photo : site officiel de Dalal Mawad.

Cette expérience deviendra un livre. Et ce livre, un acte politique.

« All She Lost » : rendre la parole aux femmes

Le 3 août 2023, à la veille du troisième anniversaire de la catastrophe, Dalal Mawad publie chez l'éditeur britannique Bloomsbury All She Lost. The Explosion in Lebanon, the Collapse of a Nation and the Women who Survive (« Tout ce qu'elle a perdu »). L'ouvrage, un essai de reportage d'environ 250 pages, raconte l'effondrement du Liban et l'explosion du port à travers une série d'entretiens avec des femmes libanaises : survivantes, endeuillées, exilées. Un choix de méthode qui dit une conviction : les grandes fractures d'un pays se lisent d'abord dans la vie de celles qui les subissent et les traversent.

« Les femmes étaient les meilleures conteuses, peut-être parce qu'elles ont rarement une tribune pour parler », a-t-elle confié à son éditeur. De la survivante du souffle à la mère qui a perdu un enfant, de l'exilée à celle qui est restée faute de pouvoir partir, l'autrice tisse un récit de survie, de corruption et d'impunité qui dépasse le seul 4 août : il remonte le fil de la guerre civile et des décennies de faillite d'une classe politique.

Couverture du livre All She Lost de Dalal Mawad, publié par Bloomsbury en 2023
« All She Lost », publié par Bloomsbury en 2023, retrace l'effondrement du Liban à travers des histoires de femmes. Photo : site officiel de Dalal Mawad.

Le livre connaîtra un autre destin révélateur : il a été interdit à la vente aux Émirats arabes unis en 2023, une décision dénoncée par des organisations de défense de la liberté de la presse comme un acte de censure. Pour une journaliste qui a bâti son travail sur le droit de dire, cette interdiction est devenue, paradoxalement, une validation.

Reporter de l'invisible : droits humains, violences, environnement

Avant d'être une autrice reconnue, Dalal Mawad a appris le métier sur le terrain, là où il expose le plus. Reporter à l'antenne de la chaîne libanaise LBCI, elle y a couvert les droits humains, les violences faites aux femmes et les questions environnementales. C'est elle qui a révélé une enquête sur des abus sexuels commis sur des mineurs au sein d'églises catholiques et orthodoxes au Liban, un sujet longtemps tabou qui a fait trembler des institutions puissantes.

Dalal Mawad, masque sur le visage et micro à la main, couvrant la crise des déchets au Liban depuis le toit d'une voiture devant une décharge
Dalal Mawad en reportage sur la crise des déchets au Liban, l'un des sujets environnementaux qui ont marqué son travail de terrain. Photo : site officiel de Dalal Mawad.

Entre 2012 et 2013, elle est rédactrice en chef adjointe d'Al Jazeera English à Doha, où elle couvre la guerre en Syrie. Son terrain n'est jamais confortable : il est celui des populations déplacées, des minorités, des oubliés des récits dominants. Une constante qui finira par croiser le chemin des Nations unies.

Des Nations unies à Mossoul : documenter le déplacement

Dalal Mawad a travaillé comme productrice vidéo régionale pour l'agence des Nations unies pour les réfugiés (HCR), documentant les déplacements de population au Moyen-Orient et dans le monde. À ce titre, elle a produit pour l'équipe de l'envoyée spéciale du HCR, l'actrice et militante Angelina Jolie, notamment sur des terrains marqués par la guerre.

Dalal Mawad, carnet à la main, en reportage dans les ruines de Mossoul en Irak, devant la grande mosquée al-Nouri détruite
Dalal Mawad (à gauche) en reportage dans les ruines de Mossoul, en Irak, dans le cadre de son travail pour l'agence des Nations unies pour les réfugiés. Photo : site officiel de Dalal Mawad.

Cette parenthèse onusienne n'est pas une sortie du journalisme : c'est la même obsession, documenter l'arrachement, poursuivie avec d'autres moyens. Elle nourrira son regard sur l'exil, thème qui traverse aussi bien « All She Lost » que ses reportages depuis Paris.

Un parcours d'excellence, de Columbia aux grandes rédactions

Rien dans la trajectoire de Dalal Mawad ne doit au hasard. Elle est titulaire d'un master en économie politique internationale de la London School of Economics et d'un master de journalisme de l'Université Columbia à New York, dont elle est sortie diplômée avec mention, distinguée par le prix Joan Konner du meilleur reportage audiovisuel. Elle parle couramment quatre langues : l'arabe, le français, l'anglais et l'espagnol.

En 2020, son court-métrage consacré à une femme transgenre au Liban lui vaut le prix Samir Kassir pour la liberté de la presse, l'une des plus prestigieuses distinctions du journalisme dans le monde arabe, décernée en mémoire du journaliste assassiné en 2005 et soutenue par l'Union européenne. Elle en avait déjà été finaliste en 2012, pour une enquête sur les juifs du Liban. Ses signatures ont paru dans le Washington Post et le New York Times ; elle a commenté l'actualité pour plusieurs grands médias internationaux.

Paris-Beyrouth : une voix libanaise sur les deux rives

Installée à Paris, Dalal Mawad y a d'abord été productrice principale pour CNN, chargée de la couverture de la France et de l'Europe, avant de devenir correspondante de la chaîne Al Araby TV. Depuis la capitale française, elle continue de porter le Liban dans le débat international, intervenant comme commentatrice sur des antennes comme France 24, la BBC World Service ou la radio publique américaine NPR, et signant des textes pour la presse magazine internationale.

C'est là que son parcours rejoint notre ligne : Dalal Mawad incarne ce pont entre la France et le Liban que la diaspora entretient de génération en génération. Non pas une Libanaise qui aurait quitté son pays, mais une voix libanaise qui en prolonge le récit à Paris, dans la langue de Voltaire comme dans celle de Gibran. Sa présence dans les grandes rédactions mondiales est, en soi, une forme de rayonnement du Liban.

Ce qu'elle incarne

Dans un paysage médiatique saturé de commentaires interchangeables, Dalal Mawad représente une autre exigence : celle du reportage patient, de la vérification, de la parole rendue aux invisibles. Son travail repose sur une idée simple et dérangeante pour les puissants : l'oubli est une seconde violence, et la mémoire, un droit.

Le Liban de demain n'aura pas seulement besoin d'institutions réformées et d'une armée souveraine. Il aura besoin de journalistes capables de nommer les responsabilités, de conserver la trace des drames et de résister à la censure. C'est cette famille d'esprits, dont Dalal Mawad est l'une des figures les plus accomplies, que notre série Visages du renouveau libanais entend mettre en lumière.

Questions fréquentes

Qui est Dalal Mawad ?

Dalal Mawad est une journaliste libanaise primée, installée à Paris, où elle est correspondante. Elle a couvert le Liban et le Moyen-Orient pour l'agence Associated Press, CNN, Al Jazeera English et les Nations unies, et ses articles ont été publiés par le Washington Post et le New York Times.

Quel livre a écrit Dalal Mawad ?

Elle est l'autrice de « All She Lost » (Bloomsbury, 2023), un essai de reportage qui raconte l'effondrement du Liban et l'explosion du port de Beyrouth du 4 août 2020 à travers les récits de femmes libanaises survivantes, endeuillées ou exilées.

Pourquoi « All She Lost » a-t-il été interdit aux Émirats arabes unis ?

Le livre a été interdit à la vente aux Émirats arabes unis en 2023. La décision, prise par les autorités émiriennes, a été dénoncée comme un acte de censure par des organisations de défense de la liberté de la presse.

Quelles distinctions Dalal Mawad a-t-elle reçues ?

Elle a reçu en 2020 le prix Samir Kassir pour la liberté de la presse, pour un court-métrage consacré à une femme transgenre au Liban. Diplômée de Columbia University, elle y avait aussi été distinguée par le prix Joan Konner du meilleur reportage audiovisuel.

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La rédaction

La rédaction de LibanInfo.fr

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