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France–Liban· Culture

À la Bastille, la France offre sa scène à la danse libanaise

Du 5 au 7 octobre, le Théâtre de la Bastille a programmé deux chorégraphes libanaises, Nivine Kallas et Khouloud Yassine, dans le cadre de la Saison Méditerranée 2026 portée par l'État français. Une double soirée qui dit l'essentiel du lien franco-libanais : Paris reste la scène où la création libanaise trouve public, moyens et visibilité.

Façade du Théâtre de la Bastille, rue de la Roquette, à Paris

Mbzt / Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0

Il y a des lignes France-Liban qui ne passent ni par le Quai d'Orsay ni par les conférences de donateurs, mais par un plateau de théâtre. Du 5 au 7 octobre 2026, le Théâtre de la Bastille, à Paris, a réuni dans une même soirée deux chorégraphes libanaises, Nivine Kallas et Khouloud Yassine. Deux solos, deux générations d'un même geste : porter sur une scène française une parole venue de Beyrouth. L'événement est modeste par sa taille, révélateur par ce qu'il dit du lien franco-libanais réel, celui qui se joue dans les institutions culturelles plus que dans les communiqués.

Deux solos, un même pays en toile de fond

En première partie, à 19h30, Nivine Kallas présente SāHO, une pièce d'une quarantaine de minutes sur une création musicale de Youssef Hbeisch. La chorégraphe y fait dialoguer la danse avec la langue arabe, sa graphie, son rythme et ses silences. Selon la présentation du Théâtre de la Bastille, elle interroge la manière dont cette langue reflète, au Liban, un système éducatif davantage attaché à la rigidité de la tradition qu'à la transmission d'une mémoire collective. Du corps contraint de la salle de classe à la transgression silencieuse, la pièce transforme l'empêchement en puissance d'émancipation.

En seconde partie, à 20h30, Khouloud Yassine donne Drill Baby Drill, une création d'une cinquantaine de minutes dont le titre reprend un slogan de campagne de Donald Trump, « Fore, bébé, fore ». La chorégraphe, qui explore les rapports entre corps et pouvoir, y cherche, selon le théâtre, « ce qui demeure sous les décombres de l'ultra-violence » : l'être terrassé mais encore debout, le peuple qui continue de tenir. Difficile de ne pas y lire le Liban des dernières années, sans que le pays soit jamais nommé frontalement.

Une scène financée par l'État français

Ce qui relie ces deux pièces au récit franco-libanais, ce n'est pas seulement leur origine. C'est le dispositif qui les porte. La double soirée s'inscrit dans la Saison Méditerranée 2026, opération culturelle pilotée par l'État français et déployée, selon le ministère de la Culture, du 15 mai au 31 octobre 2026, après une ouverture à Marseille. Son objet affiché : valoriser les cultures méditerranéennes et les échanges humains entre les deux rives.

Surtout, le générique des deux spectacles aligne des soutiens qui dessinent la mécanique concrète du lien franco-libanais dans la culture : l'Organisation internationale de la Francophonie, l'Institut français du Liban, le Festival de Marseille et la Fabrique de Théâtre de Bastia. Autrement dit, des institutions françaises et francophones qui coproduisent, accueillent et diffusent une création née au Liban. C'est le cœur du modèle : la France ne se contente pas d'exporter sa langue au Liban, elle importe et fait vivre la scène libanaise chez elle.

Ce que révèle une affiche discrète

On aurait tort de voir dans cette double soirée un simple fait divers culturel. Elle illustre un trait structurel de la relation entre les deux pays. Depuis des décennies, Paris et les scènes françaises servent de rampe de diffusion à la création libanaise, du théâtre à la danse en passant par le cinéma et la littérature. Pour des artistes qui travaillent dans un pays privé de financements publics stables, où les salles peinent à rouvrir et où l'économie de la culture s'est effondrée, une programmation parisienne n'est pas un supplément de prestige : c'est souvent la condition pour exister, produire et tourner.

Ce rôle de scène-refuge a sa contrepartie. Il expose la création libanaise au risque de n'exister qu'ailleurs, loin de son public premier. Mais tant que l'État libanais n'aura pas reconstruit une politique culturelle digne de ce nom, le relais français restera vital. La Saison Méditerranée, à cet égard, n'est pas seulement une vitrine diplomatique : elle est, pour une partie de la scène libanaise, un outil de survie et de rayonnement. Deux noms de plus, Nivine Kallas et Khouloud Yassine, viennent de le rappeler, à quelques stations de métro de la place de la Bastille.

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Rédigé par

La rédaction

La rédaction de LibanInfo.fr

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