Après la FINUL, la France veut rester le pilier sécuritaire du Liban
À l'approche de l'échéance qui doit lancer le retrait des Casques bleus, Paris repositionne ses pions pour demeurer le partenaire de référence de l'armée libanaise : nouvel ambassadeur rompu au dossier, conférence de soutien en préparation, mission européenne de formation attendue cette semaine.

Giorgio Montersino / Flickr, CC BY-SA 2.0, via Wikimedia Commons
À quelques semaines de l'échéance qui doit sonner le début du retrait de la Force intérimaire des Nations unies au Liban (FINUL), la France repositionne méthodiquement ses pions pour demeurer le partenaire sécuritaire de référence de Beyrouth. Nouvel ambassadeur taillé pour le dossier, conférence internationale de soutien à l'armée libanaise en préparation sur le sol français, mission européenne de formation attendue dès lundi : Paris mise sur un cheval unique, l'armée nationale libanaise, qu'elle entend consolider comme garante de la souveraineté du pays une fois les Casques bleus partis.
Un ambassadeur taillé pour le dossier libanais
Le choix de l'homme dit déjà l'importance de l'enjeu. Patrick Durel a pris la tête de l'ambassade de France au Liban comme ambassadeur extraordinaire et plénipotentiaire le 28 août 2026, selon la représentation française à Beyrouth. Arabophone, titulaire d'une maîtrise d'arabe littéraire de l'Inalco, il a consacré toute sa carrière à la zone Afrique du Nord et Moyen-Orient.
Surtout, il connaît le dossier de l'intérieur : avant d'être ambassadeur à Bagdad de 2024 à 2026, il a été pendant plus de quatre ans, de 2019 à 2024, le conseiller Afrique du Nord et Moyen-Orient de la présidence de la République française. Autrement dit, l'homme qui soufflait les dossiers proche-orientaux à l'Élysée est désormais aux manettes à Beyrouth. Un signal clair : la France traite le Liban comme une priorité de haut niveau, pas comme un poste de gestion courante.
Une conférence de soutien à l'armée en préparation à Paris
Dès ses premières semaines, le nouvel ambassadeur a multiplié les contacts avec l'appareil sécuritaire libanais. Le 5 septembre 2026, il était reçu par le commandant en chef de l'armée, le général Rodolphe Haykal, à Yarzé. Selon le compte rendu diffusé par l'armée libanaise, Durel y a souligné l'importance de soutenir l'institution militaire au vu des circonstances actuelles, et les deux hommes ont évoqué les préparatifs d'une prochaine conférence, organisée en France, consacrée au soutien à l'armée libanaise.
Cette conférence constitue le cœur de la stratégie française : fédérer des bailleurs autour d'une armée libanaise sous-financée, pour lui donner les moyens de tenir le terrain quand la FINUL se sera retirée. La démarche s'inscrit dans la continuité des conférences de soutien que Paris a déjà abritées ces dernières années en faveur de l'institution militaire libanaise, seule force armée étatique reconnue par l'ensemble de la communauté internationale.
L'échéance de la FINUL et le relais européen
L'urgence tient au calendrier. En 2025, le Conseil de sécurité de l'ONU a décidé de mettre un terme au mandat de la FINUL fin 2026, suivi d'un retrait progressif des Casques bleus. Déployée au Sud-Liban depuis 1978 et renforcée par la résolution 1701 en 2006, la Force compte parmi ses principaux contributeurs historiques la France, qui y a entretenu un contingent pendant des décennies. Son départ laissera un vide sécuritaire que Beyrouth veut combler par sa propre armée.
C'est le sens de l'appel lancé par le président libanais. Recevant l'ambassadeur de France ainsi qu'un sénateur américain, Joseph Aoun a plaidé pour un renforcement du soutien à l'armée et souhaité qu'un arrangement sécuritaire soit défini avant la fin 2026, pour l'après-FINUL, selon la présidence libanaise. À l'échelle européenne, le relais se met en place : le Conseil des affaires étrangères de l'Union doit établir le 12 octobre une mission de conseil et de formation destinée à l'armée et aux forces de sécurité intérieure libanaises, conforme à la résolution 1701, et présentée par la diplomatie européenne comme un complément, et non un substitut, à la FINUL.
Pourquoi Beyrouth mise sur son armée
Pour le Liban, l'équation est limpide : l'armée nationale est la seule institution capable d'incarner la souveraineté de l'État sur l'ensemble du territoire. Chaque formation d'officier, chaque équipement livré, chaque solde garantie renforcent la capacité de Beyrouth à exercer son autorité sans dépendre d'une force étrangère temporaire. C'est là que les intérêts français et libanais convergent le plus nettement : Paris y gagne un partenaire stable dans une région instable, et le Liban y gagne les moyens de sa propre défense.
Reste à transformer les intentions en financements concrets. Entre la conférence annoncée, la mission européenne et les engagements bilatéraux, le Liban attend désormais des actes à la hauteur des déclarations. La crédibilité de la France comme pilier sécuritaire du pays se jouera moins dans les communiqués que dans les budgets effectivement débloqués avant que le dernier Casque bleu ne plie bagage.

