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France–Liban· Histoire

Mission de Phénicie : en 1860, la France part exhumer le passé du Liban

Avant les conférences et les contingents, la France a noué avec le Liban un lien de pioche et de papier. En 1860, l'orientaliste Ernest Renan ouvre la première exploration scientifique du passé phénicien du pays. Ce chantier fondateur, prolongé jusqu'en 1975 par les archéologues français de Byblos, a fait d'un héritage libanais un patrimoine universel.

Ruines antiques du site archéologique de Byblos (Jbeil), au Liban.

Jerzy Strzelecki / Wikimedia Commons (CC BY-SA 3.0)

Le lien entre la France et le Liban ne se résume pas aux discours à l'ONU, aux conférences de soutien ou aux soldats de la FINUL. Il s'est aussi bâti à la pioche. En 1860, un savant français, Ernest Renan, débarque sur le littoral libanais pour mener la première exploration scientifique du passé phénicien du pays. Ce chantier fondateur, prolongé pendant plus d'un siècle par les archéologues français de Byblos, a fait d'un héritage libanais un patrimoine mondial. C'est l'un des ciments les plus anciens, et les plus discrets, de la relation franco-libanaise.

1860 : un savant dans les bagages d'une expédition

Ernest Renan (1823-1892), philologue et orientaliste breton, futur professeur au Collège de France et académicien, n'est pas un militaire. Pourtant, c'est à l'occasion de l'expédition française en Syrie, le corps envoyé par Napoléon III sur les côtes du Levant au lendemain des violences de 1860, que l'État lui confie une mission archéologique au Liban et en Syrie. De 1860 à 1861, Renan arpente le littoral, des ruines d'Arwad jusqu'à Tyr, avec un objectif inédit : fouiller méthodiquement le passé des cités phéniciennes, dont l'Antiquité ne connaissait jusque-là que des récits de seconde main.

La démarche est nouvelle pour l'époque. Là où d'autres se contentent de collectionner des antiquités, Renan relève, dessine, classe et publie. Il pose, sur le sol libanais, les bases d'une archéologie scientifique.

Quatre chantiers, un ouvrage de référence

Renan ouvre quatre chantiers de fouilles le long de la côte, sur les grands sites phéniciens : Byblos (Jbeil), Saïda (Sidon), Tyr (Sour) et les abords d'Arwad. Près de Tyr, il dégage la mosaïque byzantine de Qabr Hiram, aujourd'hui conservée au musée du Louvre, à Paris.

De ce travail naît la « Mission de Phénicie », publiée entre 1864 et 1874. L'ouvrage, accompagné de planches et de relevés, reste à ce jour un jalon fondateur de l'étude du monde phénicien. C'est le premier corpus savant consacré au passé profond du Liban, et il porte une signature française.

Amchit : le lien humain derrière la science

La mission n'est pas qu'une affaire de pierres. Renan séjourne à Amchit, village de la région de Byblos, dans la demeure d'une famille de notables maronites, les Zakhia el-Kallab. C'est là, dans le calme du Mont-Liban, qu'il rédige une partie de son ouvrage le plus célèbre, la « Vie de Jésus ».

Le séjour est aussi marqué par le deuil. Sa sœur Henriette, qui l'a accompagné avec son épouse, meurt au Liban en 1861. Elle repose à Amchit, dans le caveau de la famille qui les a reçus. Cette tombe bretonne en terre libanaise résume, à elle seule, la nature intime de ce premier lien : un échange entre deux pays, et pas seulement une entreprise savante.

De Renan à Dunand : une présence qui s'installe

L'élan ouvert par Renan ne retombe pas. Sous le Mandat français, la recherche s'institutionnalise. L'archéologue Pierre Montet fouille Byblos de 1921 à 1924 et y révèle les liens entre la cité phénicienne et l'Égypte ancienne. Lui succède Maurice Dunand (1898-1987), directeur de la Mission archéologique française au Liban, qui consacre un demi-siècle au même site : il fouille Byblos de 1924 à 1975, et dirige le chantier à partir de 1929 sur décision du gouvernement libanais. À partir de 1963, il explore également le temple d'Echmoun, près de Sidon.

C'est en grande partie grâce à ces campagnes que Byblos, l'une des plus anciennes villes continûment habitées au monde, a pu être dégagée dans son ensemble. Le site est aujourd'hui inscrit au patrimoine mondial de l'UNESCO.

Un patrimoine qui revient au Liban

Reste la question, moderne et sensible, de la propriété de ce passé. Une partie des documents de Renan et des objets des premières fouilles a longtemps dormi dans des collections françaises ; la mosaïque de Qabr Hiram, elle, demeure au Louvre. Mais l'histoire a aussi connu des retours. Pendant la guerre civile, Maurice Dunand avait quitté le Liban en emportant ses archives, léguées à sa mort à l'université de Genève. En 2010, elles ont été restituées au Liban.

Ce geste dit l'essentiel. Le travail scientifique français a contribué à exhumer et à faire connaître le patrimoine libanais ; mais ce patrimoine appartient au Liban. Entre Paris et Beyrouth, l'archéologie n'a pas seulement été une coopération : elle est devenue une question de souveraineté culturelle, celle d'un pays qui réclame la garde de sa propre mémoire. C'est peut-être la forme la plus durable du lien franco-libanais : non pas ce que la France a pris, mais ce qu'elle a aidé le Liban à retrouver.

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Rédigé par

La rédaction

La rédaction de LibanInfo.fr

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