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Culture· Patrimoine

Temple romain, hippodrome, pressoirs antiques : le patrimoine que le Liban continue de déterrer malgré la guerre

Alors que la guerre a gelé les fouilles du Liban-Sud, le sol libanais n'a pas cessé de livrer ses trésors phéniciens, romains et byzantins. Une profondeur historique de plusieurs millénaires qui reste, pour le pays, un argument de souveraineté.

Le temple de Bacchus à Baalbek, aquarelle de John Singer Sargent (1906)

John Singer Sargent (1906), Metropolitan Museum of Art, domaine public (CC0)

Un temple romain surgi au flanc d'une forêt de cèdres millénaire. Un pressoir à olives antique sous une propriété de Batroun. Les gradins enfouis d'un hippodrome au coeur de Beyrouth. Alors que la guerre a gelé les chantiers du Liban-Sud, le sol libanais, lui, n'a pas cessé de parler. Le pays continue de livrer, campagne après campagne, les strates d'une histoire qui remonte aux Phéniciens.

La thèse tient en une image : on peut fermer des fouilles, pas effacer une civilisation. Le patrimoine libanais est un actif de souveraineté autant qu'un héritage, et sa profondeur historique reste l'un des arguments les plus solides du pays face à ceux qui voudraient réduire son territoire à une ligne de front.

Un sol qui parle toutes les langues de l'Antiquité

Dans le Chouf, à Maasser al-Chouf, au sud-est de Beyrouth, les archéologues ont dégagé les colonnes et les bases d'un vaste temple romain, blotti contre une cédraie plusieurs fois millénaire. « Tout un système a été bâti autour de ce temple », daté entre le premier siècle avant notre ère et le deuxième siècle de notre ère, explique Myriam Ziade, responsable régionale des antiquités au ministère de la Culture. Le site fut transformé en forteresse croisée entre les XIIe et XIIIe siècles. Repérés dès 2017 par la municipalité, ces blocs monumentaux n'ont été fouillés qu'à partir de 2022, avec une équipe universitaire italienne. Les travaux doivent bientôt reprendre, sur ce qui était « un réseau de routes reliant la côte méditerranéenne à la plaine de la Bekaa ».

Plus au nord, à Batroun, ville côtière connue pour son petit amphithéâtre romain, Samar Karam, responsable des sites du Liban-Nord, a mis au jour un pressoir à olives romain, des poids de métier à tisser et des vestiges de production textile. Deux carrières de pierre, « l'une romaine, l'autre phénicienne », ont été dégagées près d'un ancien mur de mer, ainsi que des salles phéniciennes, perses et romaines, reconnaissables à leurs dallages rose ou gris. Céramique grecque, grandes jarres de stockage : autant de traces d'une « activité commerciale intense » dans cette cité portuaire antique.

Quand le chantier devient fouille

À Beyrouth, dont l'histoire couvre plus de cinq mille ans, l'archéologie se fait souvent au forceps, à même les grues. « Ce sont en réalité des projets de construction » où les ouvriers tombent sur des trésors, résume Laure Salloum, qui supervise les fouilles dans la capitale. Une découverte récente a livré un pressoir à olives d'époque romaine, tandis que les recherches se poursuivent pour retrouver la partie manquante d'un hippodrome romain, exhumé il y a des années lors du creusement d'un complexe immobilier. Ailleurs dans la ville, des thermes romains vieux de deux mille ans ont refait surface. À chaque fois, la découverte fige les plans des promoteurs.

La guerre a refermé le Sud

Depuis la reprise de la guerre entre Israël et le Hezbollah au printemps 2026, marquée par d'intenses frappes israéliennes et une offensive terrestre dans le Sud, l'archéologie libanaise traverse « une période d'activité minimale », de l'aveu même de Sarkis Khoury, directeur général des antiquités. « Les fouilles dans les zones dangereuses sont à l'arrêt », dit-il, et les équipes étrangères ont cessé de venir. La direction s'est repliée sur une autre urgence : « protéger le patrimoine menacé dans le Sud et dans la Bekaa, en particulier autour de Baalbek », dont l'ensemble de temples romains reste l'un des mieux conservés au monde.

Le prix de cette guerre pour la mémoire du pays est déjà inscrit noir sur blanc. En 2026, l'UNESCO a placé plusieurs sites libanais sur sa Liste du patrimoine mondial en péril : la ville côtière de Tyr, avec son arc de triomphe romain et son hippodrome du deuxième siècle, mais aussi cinq forteresses du Jabal Amel, dans le Sud, dont le château croisé de Beaufort, capturé par l'armée israélienne en mai.

Un héritage plus vieux que ses guerres

Phénicien, perse, romain, byzantin, croisé, arabe, ottoman : le Liban est un palimpseste, un carrefour où chaque empire a laissé sa couche. « Nous faisons constamment de nouvelles découvertes », résume Sarkis Khoury. « Le Liban est au carrefour d'une région traversée de crises depuis des milliers d'années. » La formule dit l'essentiel : les guerres passent, le socle demeure. Continuer de fouiller, de documenter et de protéger ces vestiges, même quand le front se rapproche, n'est pas un luxe d'érudits. C'est une façon d'affirmer que ce territoire possède une histoire, une identité et une antériorité que nul bombardement ne saurait effacer.

PatrimoineArchéologieCultureUNESCOBaalbek
Rédigé par

La rédaction

La rédaction de LibanInfo.fr

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