Opéra à Beyrouth : la mezzo Marina Viotti inaugure un festival international qui veut remettre le Liban sur la carte lyrique mondiale
La première édition du Beirut International Opera Festival & Competition se tient les 8 et 9 septembre 2026 dans l'amphithéâtre romain de Zouk Mikael, au nord de Beyrouth. La mezzo-soprano Marina Viotti ouvrira le festival. Dans un pays épuisé par les crises, ce pari lyrique dit une chose simple : la culture reste la première force du Liban.

Festival Salon / Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0
Monter un festival d'opéra international au Liban, en 2026, tient de la provocation joyeuse. Le pays sort à peine d'un effondrement économique, son Sud est sous le feu, et voilà qu'un chef d'orchestre décide d'installer Rossini et Verdi à ciel ouvert, à vingt kilomètres de Beyrouth. Ce n'est pas un caprice d'esthète. C'est une affirmation : même exsangue, le Liban a encore quelque chose à offrir au monde, et c'est sa culture.
La première édition du Beirut International Opera Festival & Competition (BIOFC) se tiendra les 8 et 9 septembre 2026. Selon ses organisateurs, elle a une ambition assumée : inscrire durablement le Liban sur la carte mondiale de l'art lyrique, dans un contexte régional que personne ne songe à minimiser.
Un amphithéâtre romain, 2 500 places à ciel ouvert
Le festival prend ses quartiers dans l'amphithéâtre romain de Zouk Mikael, localité côtière située à une vingtaine de kilomètres au nord de Beyrouth. L'enceinte, à ciel ouvert, peut accueillir plus de 2 500 spectateurs. Le choix du lieu n'est pas anodin : il inscrit d'emblée le rendez-vous dans une continuité, celle d'une Méditerranée orientale où le théâtre et le chant ont deux mille ans d'histoire.
La soirée inaugurale du mardi 8 septembre est confiée à la mezzo-soprano Marina Viotti, accompagnée du ténor français Ambroise Divaret, du chœur des Solistes de Beyrouth et d'un orchestre symphonique libanais placé sous la direction de Fernando Afara, fondateur et directeur artistique du festival. Au programme, des extraits de Gioachino Rossini, Giuseppe Verdi, Georges Bizet, Camille Saint-Saëns et Jacques Offenbach : un florilège grand public, pensé pour rassembler plutôt que pour intimider.
Marina Viotti, une tête d'affiche mondiale
Le nom de Marina Viotti donne au projet sa crédibilité internationale. La mezzo-soprano, l'une des voix les plus demandées de sa génération, a été distinguée « Artiste lyrique de l'année » aux Victoires de la musique classique 2023 et compte parmi les lauréats du prestigieux Concours de Genève. Elle chantait lors de la cérémonie d'ouverture des Jeux olympiques de Paris 2024. Sa présence à Beyrouth pour l'ouverture d'un festival naissant n'a rien d'anecdotique : elle signale que les grandes scènes du monde acceptent de miser sur le Liban.
Former les voix libanaises de demain
Le lendemain, mercredi 9 septembre, Marina Viotti animera une masterclasse aux côtés de quatre jeunes chanteurs libanais, avec un objectif de transmission : former, accompagner et ouvrir des perspectives à des artistes émergents. C'est là que le festival dépasse le concert de gala. Les organisateurs annoncent, pour le printemps 2027, un concours international de chant lyrique ouvert aux candidats du monde entier, présenté comme la première initiative de ce type au Moyen-Orient, avec un jury de directeurs artistiques de festivals et de maisons d'opéra européennes.
« Le BIOFC est bien plus qu'un festival. C'est un projet à long terme et un message d'espoir, porté par l'ambition de redonner à Beyrouth sa place sur la scène lyrique internationale et de créer des passerelles entre le Liban et les grandes institutions musicales du monde », résume Fernando Afara.
La culture comme dernière ligne de souveraineté
Placé sous le haut patronage des ministères libanais de la Culture et du Tourisme, et monté en partenariat avec l'ambassade de Suisse au Liban, le festival assume une dimension qui dépasse la musique. « Malgré les difficultés que traverse la région, nous croyons que ce festival peut être un phare d'espoir et de résilience, la preuve que notre plus grande force réside dans la culture et la musique », font valoir ses responsables. Une partie des recettes de cette première édition sera reversée à la Croix-Rouge libanaise.
On pourrait juger l'opéra déplacé dans un pays qui peine à assurer l'électricité. Ce serait mal comprendre ce qu'est le Liban. Sa diaspora, son enseignement, sa scène artistique : voilà ce qui, depuis des décennies, fait rayonner un petit territoire bien au-delà de son poids démographique. Remettre Beyrouth sur la carte lyrique mondiale, former des voix libanaises, attirer les grandes institutions européennes, ce n'est pas fuir la réalité. C'est défendre, sur le seul terrain où le pays reste imbattable, une part de sa souveraineté. LibanInfo suivra cette première édition.
