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Diaspora· Diaspora

Haïdar El Ali, ce fils de la diaspora libanaise devenu la conscience verte du Sénégal

On caricature souvent les Libanais d'Afrique en commerçants. Fils d'immigrés arrivés au Sénégal presque par accident, Haïdar El Ali a pris l'exact contre-pied: plongeur, écologiste, ministre, il a fait replanter des dizaines de millions de palétuviers et défendu les eaux sénégalaises. Portrait d'une diaspora qui ne fait pas que commercer, elle sert et enrichit sa terre d'accueil.

Portrait de Haïdar El Ali, écologiste et ancien ministre sénégalais d'origine libanaise

Serigne Diagne / Wikimedia Commons (CC BY-SA 2.0)

La diaspora libanaise d'Afrique traîne une image tenace: celle du commerçant, de l'intermédiaire, du grossiste. Utile, mais réductrice. Haïdar El Ali en est le démenti vivant. Né en 1953 à Louga, dans un Sénégal encore colonial, ce fils d'immigrés libanais n'a pas fait fortune dans le négoce: il est devenu plongeur, écologiste de terrain, puis ministre de la République du Sénégal, et l'un des reboiseurs les plus acharnés du continent. Son parcours dit une chose que le Liban devrait revendiquer plus fort: sa diaspora n'apporte pas qu'un carnet d'adresses commercial, elle donne des hommes qui servent et enrichissent leur terre d'accueil.

Un billet pour l'Amérique qui s'arrête au Sénégal

L'histoire familiale tient du roman. Selon le récit qu'il a lui-même livré à la presse, ses parents, jeunes et ne parlant pas français, quittent le Liban alors sous mandat français et embarquent à destination de Marseille. De là, ils montent dans une correspondance en croyant partir pour l'Amérique. Erreur de bateau: ils débarquent au Sénégal, s'étonnant, raconte-t-il, que tous les Américains soient noirs. Faute de moyens pour repartir, ils s'installent et rejoignent la communauté libanaise déjà présente à Dakar et dans les comptoirs de l'Afrique-Occidentale française. Haïdar naît quelques années plus tard à Louga.

Cette communauté n'est pas une anomalie. L'immigration libanaise au Sénégal remonte aux années 1890, encouragée par l'administration coloniale française qui voyait dans ces migrants des intermédiaires commodes entre les grandes maisons européennes et les producteurs locaux d'arachide. Aujourd'hui, les Libanais du Sénégal sont estimés à environ 25 000 personnes selon les travaux universitaires repris par la recherche sur la diaspora, sur un total de 200 000 à 300 000 en Afrique et de l'ordre de plusieurs millions dans le monde. Des fourchettes, jamais des chiffres officiels: aucun État ne recense précisément ses binationaux d'origine libanaise.

Du fabricant de meubles au fond de l'océan

Rien ne prédestinait Haïdar El Ali à devenir une figure publique. Nageur dans l'équipe espoir de Dakar, apnéiste à 17 ans, il gagne d'abord sa vie comme fabricant de meubles pendant une douzaine d'années. Le tournant vient en 1984: il passe en France son diplôme de plongeur professionnel et prend la direction de l'Oceanium de Dakar, à l'époque une simple école de plongée. Sous sa houlette, l'Oceanium forme militaires, gendarmes, agents des eaux et forêts, et jusqu'à des pompiers de Paris venus s'entraîner.

C'est sous l'eau que se joue sa conversion. Tombant un jour sur une scène de pêche à l'explosif, il filme le carnage et décide de transformer l'école en association de protection de la nature. En 2002, lorsque le ferry Le Joola sombre au large de la Casamance, faisant près de 2 000 morts, il est l'un des premiers plongeurs sur place; ses images et ses observations, livrées sans complaisance, lui valent d'être élu homme de l'année par la radiotélévision sénégalaise.

L'homme qui a planté des dizaines de millions de palétuviers

Son grand combat, c'est la mangrove. Ces forêts de palétuviers, nurseries à poissons et remparts naturels contre l'érosion, reculaient dangereusement en Casamance et dans le delta du Saloum. Haïdar El Ali en fait une cause nationale. En 2008, à la tête de l'Oceanium, il lance une opération de replantation de plusieurs millions de palétuviers; la dynamique enclenchée l'année suivante permet, selon les reportages consacrés à son action, d'en replanter jusqu'à 30 millions en Casamance, avec pour horizon affiché la barre des 100 millions d'arbres. En parallèle, ses équipes s'attaquent aux filets de pêche fantômes qui étranglent la faune marine et reconvertissent des villages de pêche vers l'écotourisme dans le delta du Saloum.

Ce travail lui vaut une reconnaissance internationale: il est régulièrement décrit comme l'un des cent écologistes les plus influents de la planète, et Le Monde le surnommera l'homme qui enrichit la terre du Sénégal. Une biographie lui est consacrée en 2010 par la journaliste Bernadette Gilbertas, aux éditions Terre vivante.

Ministre, puis gardien de la Grande muraille verte

En avril 2012, après l'élection de Macky Sall, l'écologiste entre au gouvernement comme ministre de l'Écologie et de la Protection de la nature. En septembre 2013, il passe à la Pêche et aux Affaires maritimes. Il y laisse une trace nette. Début 2014, il révise l'accord thonier avec l'Union européenne pour rendre payant l'accès aux eaux sénégalaises, rappelant qu'avant cette révision les navires européens s'y servaient gratuitement. Dans la foulée, il fait arraisonner un chalutier russe, l'Oleg Naydenov, pris en pêche illégale, ce qui lui vaut d'être qualifié de sous-marin de Greenpeace par la diplomatie russe.

Il quitte le gouvernement en juillet 2014 après une défaite aux élections locales de Ziguinchor. Il n'abandonne pas pour autant. En 2019, Macky Sall le nomme directeur général de l'Agence sénégalaise de la reforestation et de la Grande muraille verte, ce vaste chantier panafricain censé barrer la route à l'avancée du désert du Sahel. Une mission taillée pour un homme qui plante des arbres depuis quarante ans.

Une diaspora qui ne fait pas que commercer

Le parcours de Haïdar El Ali intéresse le Liban pour une raison précise. Il montre une diaspora qui s'intègre au point de servir l'État qui l'a accueillie, jusqu'au rang de ministre, tout en restant fidèle à ses origines. En 2019, le Liban l'a décoré de sa médaille d'honneur; la France l'a fait officier de la Légion d'honneur en 2013; le Sénégal l'a élevé dans l'ordre national du Lion. Trois pays, une seule trajectoire.

Pour un média qui défend l'intérêt libanais, la leçon est limpide. La richesse de la diaspora ne se mesure pas seulement en transferts de fonds ou en réseaux d'affaires, mais aussi en capital humain: des femmes et des hommes qui portent, souvent sans le dire, une part de Liban dans les institutions, les sciences et les combats de leur pays d'adoption. Haïdar El Ali n'a jamais fait commerce de ses racines. Il n'en a pas eu besoin: son oeuvre parle pour lui, et elle honore, à sa manière, le pays que ses parents avaient quitté sans savoir où ils allaient.

Questions fréquentes

Qui est Haïdar El Ali ?

C'est un écologiste et homme politique sénégalais né en 1953 à Louga, issu de la communauté libanaise du Sénégal. Ancien président de l'Oceanium de Dakar, il a été ministre de l'Écologie puis de la Pêche du Sénégal et dirige depuis 2019 l'agence sénégalaise de la Grande muraille verte.

Pourquoi est-il lié à la diaspora libanaise ?

Ses parents ont émigré du Liban, alors sous mandat français, et se sont installés au Sénégal où existait déjà une importante communauté libanaise, présente en Afrique de l'Ouest depuis la fin du XIXe siècle. Haïdar El Ali est né et a grandi au Sénégal, dont il a la nationalité.

Quelle est son action la plus connue ?

La reforestation de la mangrove. Ses campagnes de replantation de palétuviers en Casamance, chiffrées en dizaines de millions d'arbres selon les reportages consacrés à son travail, en ont fait une figure mondiale de la protection de la nature.

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Rédigé par

La rédaction

La rédaction de LibanInfo.fr

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