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Diaspora· Diaspora

Diaspora libanaise en Centrafrique : une communauté minuscule, pilier discret du commerce de Bangui

Loin des grands pôles ouest-africains, quelques centaines de Libanais tiennent depuis des décennies une part du négoce centrafricain. Import-export, distribution, diamant : une présence réduite mais structurante, éprouvée par des années de coups d'État et de guerres civiles, et qui a tenu.

Une rue de Bangui, capitale de la République centrafricaine

adrienblanc / Wikimedia Commons, CC BY 2.0

La diaspora libanaise d'Afrique se raconte d'ordinaire par ses capitales marchandes : Abidjan, Dakar, Lagos, Douala. La République centrafricaine n'en fait jamais la une. Pourtant, dans un pays enclavé, pauvre et secoué depuis des décennies par les coups d'État, une poignée de familles venues du pays du Cèdre tient depuis longtemps une part discrète mais réelle du négoce de Bangui. C'est l'histoire d'une communauté minuscule à l'échelle africaine, mais structurante à l'échelle d'un des marchés les plus difficiles du continent, et qui a survécu là où beaucoup d'acteurs économiques ont plié bagage.

Un rameau de la grande migration levantine

La présence libanaise en Afrique centrale prolonge un mouvement bien plus vaste, parti du Mont-Liban à partir des années 1870. Comme le retrace le géographe Xavier Aurégan dans une étude publiée par le think tank Diploweb, les premiers migrants syro-libanais, en majorité maronites du Nord du Liban, s'installent d'abord en Afrique de l'Ouest française, où l'administration coloniale voit en eux des intermédiaires commerciaux entre producteurs locaux et grandes maisons européennes. De proche en proche, au fil du XXe siècle, des familles essaiment vers d'autres territoires, dont l'Afrique équatoriale et l'ancien Oubangui-Chari, futur Centrafrique.

Le schéma est partout le même : on commence par le petit commerce et la distribution, on tient boutique dans les zones les plus reculées, on réinvestit les bénéfices dans l'import-export, puis parfois dans l'industrie légère et les matières premières. La frugalité, la ténacité et la solidarité familiale font le reste. À Bangui, capitale née comme poste militaire français en 1889, ces commerçants s'installent dans une ville qui deviendra le cœur économique quasi unique d'un pays dépourvu de tissu industriel.

Le commerce de Bangui, et le diamant

Aujourd'hui encore, le constat tient. Dans sa notice consacrée à Bangui, l'Encyclopédie Universalis note que, dans une capitale où le nombre d'étrangers reste faible, « Libanais et Yéménites occupent des positions importantes dans le commerce ». Dans une économie très largement informelle, ces positions se concentrent sur l'import-export, le commerce de gros, la distribution de biens de consommation et les quelques rares unités manufacturières encore en activité.

Le secteur le plus emblématique reste le diamant, principale richesse d'exportation du pays. L'ONG Global Witness, qui enquête de longue date sur le négoce des pierres précieuses centrafricaines, a documenté la place qu'y ont occupée des collecteurs et négociants d'origine libanaise, maillon entre les artisans-mineurs des zones de Haute-Kotto et les circuits d'exportation internationaux. Ce commerce, stratégique pour l'État centrafricain, a été profondément désorganisé par les crises à répétition et par les sanctions liées au « processus de Kimberley », destiné à empêcher le financement des groupes armés par les diamants.

Une communauté sans recensement, et sans illusions

Combien sont-ils ? La réponse honnête est qu'on l'ignore précisément. La Centrafrique ne publie pas de données fiables sur ses ressortissants étrangers, et la communauté libanaise y est suffisamment réduite pour échapper aux grandes estimations régionales. On parle de centaines de personnes, quelques dizaines de familles, sans commune mesure avec les pôles ouest-africains : Wikipédia crédite l'Afrique de l'Ouest de plus de 250 000 personnes d'origine libanaise, dont jusqu'à 300 000 pour la seule Côte d'Ivoire selon les fourchettes hautes. En Centrafrique, on change d'échelle : la communauté pèse par sa position économique, pas par son nombre.

Cette petitesse est aussi une vulnérabilité. Bangui a connu des décennies d'instabilité, des mutineries de 1996 aux troubles qui ont suivi le renversement du président Bozizé en 2013, rappelle Universalis. Chaque épisode de violence frappe d'abord le commerce urbain, pillages et insécurité en tête. Beaucoup d'acteurs économiques ont quitté le pays ; ceux qui sont restés, Libanais compris, l'ont fait au prix d'un pari permanent sur le retour au calme.

Ce que cette présence dit du Liban

L'histoire centrafricaine n'est pas la plus spectaculaire de la diaspora libanaise. Elle est peut-être la plus révélatrice. Là où l'environnement est le plus hostile, le plus pauvre, le plus instable, des Libanais ont tenu, continué de commercer, transmis une entreprise d'une génération à l'autre. C'est la même capacité d'adaptation qui, multipliée par des dizaines de pays, fait de la diaspora un atout souverain pour le Liban : un réseau mondial de savoir-faire commercial, de capitaux et de liens humains qui survit aux effondrements, y compris celui du pays d'origine.

Pour Beyrouth, ces communautés lointaines, même minuscules, ne sont pas des curiosités. Elles sont des relais économiques, des contributeurs potentiels aux transferts de fonds et des ambassadeurs informels d'un pays qui, sur le terrain, se fait souvent plus discret que ses enfants partis au loin.

DiasporaAfriqueCentrafriqueÉconomie
Rédigé par

La rédaction

La rédaction de LibanInfo.fr

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