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Diaspora· Portrait

Mika, l'enfant de Beyrouth devenu voix de la francophonie

Son nom de scène ne sonne pas libanais, et pourtant : Michael Holbrook Penniman Jr. est né à Beyrouth, chassé bébé par la guerre. Devenu l'une des plus grandes voix pop de la francophonie, il a rallié le monde pour sa ville natale après l'explosion du 4 aout 2020. Portrait d'une diaspora qui reste un atout pour le Liban.

Le chanteur Mika, né à Beyrouth, au festival de Cannes en 2014

Georges Biard / Wikimedia Commons, CC BY-SA 3.0

La diaspora libanaise ne se résume pas à un réseau de commerçants et d'entrepreneurs éparpillés sur trois continents. Elle est aussi une puissance culturelle et un réservoir de solidarité qui, aux heures noires, se rappelle d'où il vient. Mika en est la preuve la plus improbable : né Michael Holbrook Penniman Jr., un patronyme qui ne trahit rien de ses origines, il est pourtant un enfant de Beyrouth, arraché à sa ville par la guerre avant même de savoir marcher. Devenu l'une des plus grandes voix de la pop francophone, il a fait ce que beaucoup de figures de la diaspora font sans bruit : quand le Liban s'est effondré, il a mis sa notoriété au service du pays.

Un enfant de Beyrouth, chassé par la guerre

Mika nait le 18 aout 1983 à Beyrouth, en pleine guerre civile. Sa mère, Mary Joan Mouakad, est libano-syrienne : sa propre mère, Odette Farah, était une Libanaise originaire de Beyrouth, et son père un Syrien de Damas. Le père de Mika, banquier américain, est né à Jérusalem. L'artiste appartient à une lignée cosmopolite du Levant : il est notamment le petit-neveu de l'écrivain William Peter Blatty, l'auteur de L'Exorciste, et un descendant de l'évêque melkite Germanos Mouakkad.

La famille ne restera pas. Alors que Mika n'a qu'un an, elle quitte un Liban à feu et à sang pour s'installer à Paris. C'est là que grandit le petit garçon, élevé, selon ses propres mots, comme un enfant parisien, avant un nouveau déménagement vers Londres à l'age de neuf ans. Cet arrachement précoce, cette identité recomposée entre Beyrouth, Paris et Londres, façonne durablement l'homme et l'artiste.

Le harcèlement, la dyslexie, puis l'opéra

L'enfance de Mika n'a rien d'un conte de fées. Scolarisé au lycée français Charles-de-Gaulle de Londres, il subit un harcèlement sévère, moqué pour ses origines. Dyslexique, il finit par être déscolarisé un temps et instruit par sa mère. C'est dans cette période de silence qu'il se réfugie dans la musique : formé au chant lyrique, il fait ses débuts sur scène comme jeune soprano au Royal Opera House de Londres, avant d'intégrer le Royal College of Music. La blessure de l'exil et de la différence deviendra le carburant d'une oeuvre entière.

De Grace Kelly à Elle me dit : le pont francophone

La consécration arrive en 2007. Le single Grace Kelly domine les classements britanniques cinq semaines durant, et l'album Life in Cartoon Motion s'écoule à plus de huit millions d'exemplaires dans le monde, décrochant un disque de diamant en France. Un Brit Award récompense la révélation en 2008.

Mais c'est avec la langue française que Mika scelle son lien le plus durable avec le public. En 2011, Elle me dit, son premier titre en français, se hisse en tête des ventes en France. À partir de 2014, il devient l'un des visages de The Voice, la version française du télécrochet, où il conduit Kendji Girac à la victoire dès sa première saison. En 2022, la télévision italienne le choisit pour coprésenter l'Eurovision à Turin, aux cotés de Laura Pausini. En 2023, il publie Que ta tête fleurisse toujours, un album entièrement en français. Enfant de Beyrouth élevé à Paris et à Londres, Mika est devenu un pont culturel vivant entre la France, l'Italie et le monde francophone, dont le Liban demeure l'un des piliers.

I Love Beirut : la diaspora au chevet de sa ville

Le 4 aout 2020, l'explosion du port de Beyrouth ravage la capitale libanaise. Pour Mika, le drame frappe la ville de sa naissance et de sa famille. Sa réponse est immédiate : il organise un concert diffusé en streaming, intitulé I Love Beirut, au profit des habitants de la ville sinistrée. L'événement rassemble des artistes internationaux venus répondre à l'appel d'un enfant de Beyrouth : Kylie Minogue, Salma Hayek, Louane, Danna Paola ou encore Rufus Wainwright.

Le résultat dépasse les frontières : le concert est suivi dans 106 pays et permet de récolter plus d'un million d'euros pour venir en aide à la population. En reconnaissance de son engagement, le Liban lui décerne l'Ordre du Mérite en janvier 2021. Un enfant parti à un an, incapable d'aligner trois phrases en arabe, capable de mobiliser la planète pour sa ville : voilà ce que peut la diaspora quand elle se souvient.

La diaspora, un atout souverain

Le cas Mika illustre une vérité que le Liban aurait tort de sous-estimer. Sa diaspora n'est pas seulement une bouée économique, alimentée par les transferts de fonds qui font vivre le pays. Elle est aussi un soft power. Chaque artiste, chaque scientifique, chaque entrepreneur d'origine libanaise qui réussit à l'étranger porte, souvent malgré lui, une part du Liban dans son sillage. Et lorsque le pays tombe, ce sont ces enfants dispersés qui, les premiers, tendent la main. Dans un Liban en quête de reconstruction et de reconnaissance, cette réserve de talents et de loyautés reste l'un de ses actifs les plus précieux.

Questions fréquentes

Où est né Mika ? Mika, de son vrai nom Michael Holbrook Penniman Jr., est né le 18 aout 1983 à Beyrouth, au Liban.

Mika est-il libanais ? Oui. Il est né à Beyrouth d'une mère libano-syrienne dont la famille maternelle est originaire de la capitale libanaise. Sa famille a quitté le Liban pour la France alors qu'il avait un an, fuyant la guerre.

Qu'est-ce que le concert I Love Beirut ? C'est un concert caritatif diffusé en streaming, organisé par Mika en 2020 après l'explosion du port de Beyrouth. Suivi dans 106 pays, il a permis de récolter plus d'un million d'euros au profit des habitants de la ville. Mika a reçu l'Ordre du Mérite libanais en janvier 2021.

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Rédigé par

La rédaction

La rédaction de LibanInfo.fr

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