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Diaspora· Diaspora

Rawi Hage, le romancier qui a imposé Beyrouth dans la littérature mondiale

Né à Beyrouth, survivant de neuf ans de guerre civile, installé à Montréal, Rawi Hage a fait de la tragédie libanaise une matière littéraire majeure. Son premier roman lui a valu, en 2008, l'une des récompenses les mieux dotées au monde pour un livre en anglais. Portrait d'une diaspora qui rayonne par ses plumes.

Portrait de l'écrivain libano-canadien Rawi Hage

© Luigi Novi / Wikimedia Commons (CC BY)

La diaspora libanaise ne se mesure pas qu'en commerces, en usines ou en transferts d'argent. Elle se lit aussi dans les rayons des bibliothèques du monde entier. Rawi Hage en est la preuve vivante : parti de Beyrouth en guerre, cet écrivain installé à Montréal a hissé la tragédie libanaise au sommet de la littérature de langue anglaise, tout en s'enracinant au cœur du Québec francophone. Sa trajectoire dit une vérité souvent oubliée : le Liban exporte aussi des voix, et ces voix comptent parmi ses meilleurs ambassadeurs.

De Beyrouth à Montréal, un parcours d'exil

Rawi Hage naît à Beyrouth en 1964. Adolescent, il traverse la guerre civile libanaise, dont il dira avoir vécu neuf années. En 1984, il quitte le Liban pour les États-Unis, avant d'émigrer au Canada en 1992. Il s'installe à Montréal, où il se forme à la photographie et aux arts visuels, passe par le Collège Dawson et l'Université Concordia, et travaille d'abord comme photographe et artiste visuel avant de venir à l'écriture.

Ce parcours en trois temps, le Liban, les États-Unis, puis le Québec, est typique d'une génération partie pendant ou après la guerre. Mais là où beaucoup se sont fondus dans l'économie de leur pays d'accueil, Hage a fait de son déracinement le cœur de son œuvre. L'exil n'est pas chez lui un décor : c'est le sujet.

Parfum de poussière, la guerre de Beyrouth devient littérature mondiale

Son premier roman, De Niro's Game, paraît en 2006. Traduit en français sous le titre Parfum de poussière, le livre suit deux jeunes hommes de Beyrouth, Bassam et Georges, qui tentent de survivre à la guerre civile entre petits trafics, violence et choix impossibles. L'écriture, nerveuse et lyrique, impose d'emblée une voix.

La consécration vient vite. En 2008, De Niro's Game remporte l'International Dublin Literary Award, un prix doté de 100 000 euros, l'un des plus riches au monde pour un roman publié en anglais, et dont les candidats sont proposés par des bibliothèques du monde entier. Le jury salue alors une œuvre dont « l'originalité, la puissance, le lyrisme et la portée humaine » font de Rawi Hage « un lauréat pleinement mérité ». Le roman décroche aussi, au Québec, le Hugh MacLennan Prize for Fiction et le McAuslan First Book Prize, et sa traduction française est couronnée par le Prix des libraires du Québec et par le Combat des livres de Radio-Canada. Il fut par ailleurs finaliste du Giller Prize et du Prix littéraire du Gouverneur général, deux des plus hautes distinctions canadiennes.

Fait notable pour un auteur de la diaspora : le livre a été retraduit vers l'arabe en 2008, bouclant la boucle d'un récit né de Beyrouth et revenu vers le monde arabe après avoir conquis les lettres anglophones.

Une œuvre hantée par le Liban

Rawi Hage n'est pas l'homme d'un seul livre. Son deuxième roman, Cockroach (2008), explore la condition de l'immigrant à Montréal et lui vaut un nouveau Hugh MacLennan Prize ainsi que des sélections au Giller Prize, au Prix du Gouverneur général et au Rogers Writers' Trust Fiction Prize. Suivent Carnival (2012), à nouveau primé du Hugh MacLennan Prize, puis Beirut Hellfire Society (2018), qui ramène le lecteur dans le Beyrouth de la guerre et figure sur les listes du Giller Prize, du Rogers Writers' Trust et du Prix du Gouverneur général.

En 2019, l'ensemble de son parcours est reconnu par le Writers' Trust Engel/Findley Award, qui récompense une œuvre au long cours. D'un livre à l'autre, un fil demeure : la mémoire de la guerre, la figure de l'exilé, et un regard sans complaisance sur la violence. Interrogé sur le conflit qui a nourri son premier roman, Hage confie que « la guerre civile libanaise était complexe, c'était une guerre à la fois locale, confessionnelle, régionale et internationale », avant d'ajouter que ce qui en est resté, à la fin, « c'est la corruption ». Un constat lucide, qui refuse de désigner un camp et renvoie dos à dos les logiques de destruction.

La diaspora comme puissance culturelle

Le cas Rawi Hage éclaire une dimension souvent sous-estimée de la diaspora libanaise. On la connaît pour ses réseaux commerciaux en Afrique de l'Ouest, ses dynasties industrielles en Amérique latine, ses transferts qui irriguent l'économie du pays. On parle moins de son capital culturel. Pourtant, des écrivains comme Hage font pour l'image du Liban ce qu'aucune campagne de communication ne saurait accomplir : ils placent Beyrouth, son histoire et sa complexité au centre de la conversation littéraire mondiale.

Que cet écrivain ait choisi Montréal n'est pas anodin. Le Québec, pôle majeur de la francophonie, est devenu une terre d'accueil centrale pour la création libanaise en exil, de Wajdi Mouawad au théâtre à Rawi Hage au roman. Écrivant principalement en anglais mais consacré par les prix francophones du Québec, Hage incarne ce Liban-pont, capable de dialoguer avec plusieurs mondes à la fois. Pour un pays dont une large part de la jeunesse continue de partir, c'est un rappel essentiel : ceux qui s'en vont n'emportent pas seulement un savoir-faire. Ils emportent une mémoire, et parfois ils la transforment en art qui fait honneur au Liban bien au-delà de ses frontières.

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Rédigé par

La rédaction

La rédaction de LibanInfo.fr

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