Loi bancaire : le FMI salue une avancée majeure, mais prévient que le plus dur reste à faire
Le Fonds monétaire international a qualifié d'avancée majeure l'adoption des amendements à la loi sur la résolution bancaire par le Parlement libanais. Mais le Fonds prévient dans le même souffle que la mise en œuvre sera déterminante, et plusieurs verrous restent à lever avant que les déposants ne revoient leur argent.

Centre-ville de Beyrouth reconstruit. Bertil Videt / Wikimedia Commons, CC BY 2.5.
Un satisfecit du Fonds monétaire international n'est pas un chèque. Le 19 août 2026, le FMI a salué comme une avancée majeure l'adoption par le Parlement libanais des amendements à la loi sur la résolution bancaire, l'un des textes que le Fonds réclamait pour envisager un accord de financement avec Beyrouth. Le message est important pour un pays en défaut depuis 2020 et privé de tout programme international. Mais dans la même déclaration, le FMI a posé une condition qui vide le mot avancée de tout automatisme : ce qui comptera, c'est la mise en œuvre. Autrement dit, le Liban a franchi une porte, pas terminé le chemin.
Pour LibanInfo, l'enjeu dépasse la technique bancaire. Derrière ce texte se joue la possibilité, pour des centaines de milliers de déposants, dont une large part de la diaspora, de récupérer un jour des économies gelées depuis l'automne 2019. C'est un dossier de souveraineté économique autant que de justice sociale.
Ce que le FMI a validé
La loi sur la résolution bancaire vise à doter le Liban d'un cadre clair pour trancher le sort de ses banques : déterminer lesquelles doivent être restructurées, lesquelles doivent être liquidées, et selon quelles règles. C'est le préalable à tout traitement ordonné des pertes colossales accumulées par le système financier. En janvier 2026, le FMI avait exigé des changements sur le projet initial, ce que le Premier ministre Nawaf Salam avait lui-même confirmé.
Les amendements adoptés réaménagent la gouvernance au sein de la Banque du Liban. La composition de la Haute Commission bancaire, l'organe appelé à décider du sort des établissements, est modifiée, a expliqué Alain Aoun, membre de la commission parlementaire des Finances et du Budget, dans des propos rapportés par l'agence Reuters. Selon lui, le texte final répond à l'essentiel des demandes du Fonds : nous avons satisfait 99 % de ce qu'ils demandaient, a-t-il résumé. Cet alignement sur les standards internationaux est précisément ce que le FMI réclamait depuis des mois.
La mise en œuvre est déterminante : l'avertissement qui compte
La formule du FMI est mesurée, mais elle est un avertissement. La mise en œuvre effective de ce nouveau cadre de résolution bancaire est déterminante, a déclaré Federico Lima, représentant du Fonds au Liban, cité par Reuters. Le Fonds ajoute qu'il poursuit ses discussions avec les autorités libanaises pour aligner un second texte, le projet de loi sur la stabilisation financière et le redressement des déposants (dit FSDR), sur les principes internationaux.
Or c'est ce second texte qui doit réellement organiser le retour de l'argent aux déposants et répartir les pertes du système. Voter le cadre de résolution sans la loi qui redistribue les pertes, c'est poser la serrure sans la clé. Le FMI le dit à sa manière diplomatique : le vote d'août est nécessaire, il n'est pas suffisant.
Pourquoi les déposants attendent encore
Trois verrous demeurent. D'abord, le texte adopté doit être promulgué par le président de la République avant d'entrer en vigueur. Ensuite, il pourrait être contesté devant le Conseil constitutionnel, qui a déjà, par le passé, annulé des dispositions de lois financières libanaises. Enfin, le projet a déjà été réécrit plusieurs fois sous la pression de demandes concurrentes émanant des différentes institutions financières, preuve que le compromis reste fragile.
L'échelle du problème explique cette prudence. Dès 2022, le gouvernement libanais chiffrait les pertes du système financier à environ 70 milliards de dollars, un montant que la plupart des économistes estiment aujourd'hui supérieur. La Banque mondiale classe la crise libanaise parmi les pires épisodes de la finance mondiale depuis le milieu du XIXe siècle. La livre a perdu plus de 90 % de sa valeur, et depuis 2019, les banques ont imposé un contrôle informel des capitaux, bloquant les comptes en devises et cessant d'accorder des crédits. Chaque mois de retard prolonge ce gel.
Un test pour le retour du Liban dans la finance internationale
L'endossement du FMI a une valeur qui dépasse ses mots : il signale aux bailleurs, aux marchés et aux partenaires du Liban, France comprise, que Beyrouth avance enfin sur les réformes réclamées depuis 2020. C'est un actif diplomatique et financier réel, à l'heure où le pays cherche des appuis pour financer sa reconstruction. Mais l'histoire récente commande la méfiance : le Liban a voté, ces dernières années, des textes restés lettre morte faute d'application.
La vraie mesure du sérieux libanais ne sera pas le communiqué du 19 août. Ce sera la promulgation du texte, l'adoption de la loi jumelle sur les déposants, et les premières décisions concrètes de restructuration ou de liquidation d'établissements. Pour les Libanais et pour une diaspora qui a laissé des milliards dans ces banques, l'avancée ne comptera que le jour où elle se traduira en dollars effectivement rendus.


