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Économie· Décryptage

Dépôts confisqués : la ligne rouge que le FMI vient de fixer au Liban

En clôturant sa mission du 15 au 18 septembre 2026 à Beyrouth, le Fonds monétaire international a salué de vrais progrès, puis posé une condition non négociable : la loi censée rendre leur argent aux déposants devra respecter la hiérarchie des créances. Autrement dit, actionnaires et créanciers des banques avant les épargnants.

Le siège du Fonds monétaire international à Washington

Carol M. Highsmith / Library of Congress, domaine public

Depuis l'effondrement de 2019, l'épargne de centaines de milliers de Libanais et de membres de la diaspora reste bloquée dans les banques du pays. Chaque passage du Fonds monétaire international à Beyrouth se lit à travers une seule question : qui paiera les pertes du secteur bancaire, et selon quel ordre les déposants reverront-ils leur argent. La mission qui vient de s'achever a tranché sur la méthode, sinon encore sur le calendrier.

La thèse du Fonds tient en une phrase. Le Liban a franchi une étape réelle en adoptant sa loi sur la résolution bancaire, mais il ne débloquera pas de programme tant que la loi décisive, celle qui organise la restitution des dépôts, ne garantira pas que les actionnaires des banques paient avant les épargnants.

Ce que le FMI a validé

La mission, conduite par Ernesto Ramirez Rigo, a séjourné à Beyrouth du 15 au 18 septembre 2026. Dans son communiqué de fin de mission, elle salue l'adoption des amendements à la loi sur la résolution bancaire, qui alignent le cadre libanais sur les meilleures pratiques internationales et offrent un dispositif ordonné de résolution et de liquidation des établissements en crise.

Le Fonds crédite aussi les autorités d'avoir préservé une certaine stabilité macroéconomique dans des conditions décrites comme exceptionnellement difficiles, grâce à des politiques budgétaire et monétaire prudentes. Sur le budget, il note des progrès de gestion depuis sa précédente visite, qu'il juge être un pas vers une position plus soutenable.

La ligne rouge sur les dépôts

Le cœur des discussions a porté sur les amendements nécessaires pour aligner la loi sur le redressement financier et la restitution des dépôts sur les standards internationaux. Le FMI y a réaffirmé un principe qu'il présente comme non négociable : la hiérarchie des créances doit être respectée, et aucun déposant ne doit absorber de pertes avant les actionnaires et les créanciers subordonnés des banques.

La formule paraît technique. Elle est en réalité au centre du bras de fer libanais depuis six ans. Le schéma que redoutent les épargnants est celui où les déposants encaisseraient l'essentiel des pertes pendant que les propriétaires des banques s'en tireraient. Le Fonds demande l'inverse : que les pertes remontent d'abord vers ceux qui détenaient et dirigeaient les établissements. Il ajoute que la proposition de remboursement devra rester compatible avec la viabilité du secteur bancaire et la soutenabilité de la dette publique, faute de quoi la restructuration ne produirait qu'un système fragile.

Pour un pays où les transferts de la diaspora représentent une part majeure de l'économie, cette hiérarchie n'est pas qu'une question comptable. Protéger d'abord les petits déposants, c'est défendre l'épargne des familles et des émigrés qui font vivre le Liban. C'est cette exigence que le Fonds vient de replacer au centre du texte.

Le budget 2027 et le casse-tête de la TVA

Les échanges ont aussi porté sur le projet de budget 2027, que le FMI décrit comme visant l'équilibre et introduisant des mesures pour renforcer la conformité fiscale. Un point de friction demeure : la hausse de la TVA à 12 pour cent, approuvée par le Conseil des ministres pour financer la revalorisation des salaires et pensions publics décidée en février 2026, n'a toujours pas été mise en œuvre. Les dépenses de personnel qui en découlent pèsent, elles, déjà sur les comptes.

Le Fonds a encouragé les autorités à faire adopter cette hausse par le Parlement, à enregistrer dans le budget l'intégralité des dépenses financées par l'étranger, à donner la priorité au soutien aux déplacés et à préserver une marge pour l'investissement public. Il a mis en garde contre toute nouvelle rallonge salariale ou de pension décidée au coup par coup, sans recettes compensatoires.

Un cadre de moyen terme, clé du prochain accord

Le FMI insiste enfin sur le développement d'un cadre budgétaire de moyen terme. La mission dit avoir progressé avec les autorités sur son affinement, tout en soulignant qu'il reste à trancher la priorisation et le séquençage des mesures, ainsi que l'intégration des besoins d'investissement et de dépenses sociales. Son adoption formelle sera, écrit le Fonds, essentielle pour ancrer les budgets annuels et rétablir la soutenabilité des finances publiques.

La conclusion du communiqué fixe l'horizon sans donner de date. Le Fonds se dit engagé à accompagner un agenda de réformes qui pourrait être soutenu par un accord du FMI. Traduction : il n'y a pas encore de programme, mais la porte reste ouverte, et les discussions se poursuivent.

Ce que ce verdict change

Tant qu'aucun accord n'est signé, les grands financements internationaux liés à un programme du Fonds, notamment pour la reconstruction du Sud, restent hors de portée. La restitution des dépôts, elle, demeure suspendue à l'adoption d'une loi conforme : les circulaires de la Banque du Liban qui autorisent des retraits partiels soulagent certains épargnants, mais ne tiennent pas lieu de restitution organisée.

Le décor macroéconomique reste sombre. Le FMI prévoit une contraction significative de l'activité en 2026, une inflation qui reste à deux chiffres et un déficit courant creusé par la hausse des coûts de l'énergie. Selon le Fonds, le conflit entre le Hezbollah et Israël et les développements sécuritaires régionaux ont de nouveau lourdement pesé sur l'économie et les conditions de vie, avec des dégâts étendus aux infrastructures et au logement et de larges déplacements internes de population.

Le verdict, au fond, renvoie la responsabilité au Liban. Le cadre est posé, le principe est clair. Reste à traduire dans la loi, au Parlement et au gouvernement, un choix simple à énoncer et lourd à assumer : faire porter les pertes à ceux qui ont profité du système plutôt qu'aux épargnants et à la diaspora.

Pour aller plus loin : notre décryptage de l'ouverture de cette mission, notre analyse de la loi sur la résolution bancaire et notre dossier sur la restitution des dépôts.

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Rédigé par

La rédaction

La rédaction de LibanInfo.fr

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