À Bangkok, le Liban vient convertir sa stabilité retrouvée en financements pour la reconstruction
Du 12 au 18 octobre, une délégation conduite par le ministre des Finances Yassine Jaber défend aux réunions annuelles du FMI et de la Banque mondiale un bilan de réformes et un plan de financement. Beyrouth ne vient plus seulement constater la crise : il vient chercher des engagements.
Plamen Matanski / Wikimedia Commons, CC BY-SA 3.0
Pendant des années, le Liban n'apparaissait aux grands rendez-vous financiers internationaux que sous les traits d'un pays en faillite, venu expliquer l'ampleur de son effondrement. Le déplacement d'une délégation libanaise aux réunions annuelles du Fonds monétaire international et de la Banque mondiale, qui se tiennent à Bangkok du 12 au 18 octobre 2026, raconte autre chose. Beyrouth n'y vient pas quémander : il vient négocier, un dossier de réformes à la main, avec un objectif clair, convertir la stabilité monétaire reconquise en financements pour la reconstruction.
Une délégation qui parle au nom de l'État
La délégation est conduite par le ministre des Finances, Yassine Jaber, accompagné du ministre de l'Économie et du Commerce, Amer Bsat, et du gouverneur de la Banque du Liban, Karim Souaid, ainsi que de la conseillère économique de la présidence, Rawaa al-Harati. Selon le ministère libanais des Finances, le programme court jusqu'au vendredi 16 octobre et enchaîne réunions du Groupe des Vingt-Quatre, rencontres avec les responsables du FMI, de la Banque mondiale et de la Société financière internationale, Comité du développement et session plénière. Le ministre Jaber doit prendre la parole devant la réunion des gouverneurs arabes avec le président du Groupe de la Banque mondiale.
Cette composition n'est pas un détail. Elle réunit autour d'une même table le Trésor, l'économie réelle et la banque centrale, trois institutions dont la cacophonie a longtemps nourri la défiance des bailleurs. Le Liban se présente cette fois avec une seule voix.
Un bilan de réformes à faire valoir
Beyrouth n'arrive pas les mains vides. Le 1er octobre 2026, le FMI a estimé que les amendements à la loi sur la résolution des situations bancaires, adoptés par le Parlement le 12 août, constituaient une avancée importante et étaient conformes aux normes internationales. C'était l'un des verrous du programme discuté avec le Fonds depuis des mois : un cadre juridique pour assainir le secteur bancaire et répartir les pertes accumulées depuis l'effondrement de 2019.
Sur le front monétaire, la livre s'est stabilisée autour de 89 500 pour un dollar, un ancrage qui tranche avec la chute libre des années de crise. Cette stabilité, encore fragile et placée sous surveillance, est précisément l'argument que la délégation entend monnayer : un pays qui tient sa monnaie et vote ses lois peut prétendre à autre chose qu'à l'aide d'urgence.
Le vrai enjeu : financer la reprise
Derrière les réunions techniques, un objectif domine : bâtir un plan de financement pluriannuel. Dès le premier jour, la délégation a rencontré l'administrateur représentant le Liban au conseil de la Banque mondiale, Abdulaziz al-Mulla, au sein de la circonscription des États arabes. Au menu, selon le ministère des Finances : la poursuite de la feuille de route avec le FMI, mais surtout la préparation d'un plan directeur global, assorti d'un chapitre dédié aux secteurs productifs, destiné à attirer les bailleurs et à couvrir les besoins d'investissement dans l'énergie, l'eau et les infrastructures sur la décennie à venir, via des partenariats entre l'État et le privé.
Un volet concerne l'intégration régionale : électricité, gaz, solaire, échanges d'énergie, chemins de fer et transports, dans une logique qui associerait la Syrie, l'Irak et la Jordanie. L'idée, portée pour un horizon de trois ans, est de sortir le Liban de l'isolement énergétique et logistique qui asphyxie sa reprise, et d'ancrer le pays dans un réseau régional plutôt que de le laisser dépendre de solutions d'urgence.
Pourquoi Bangkok compte
Les réunions annuelles ne débloquent pas de chèque sur place. Mais elles fixent le ton. C'est là que se jauge la crédibilité d'un gouvernement, que se nouent les contacts avec les bailleurs et que se prépare la confiance qui conditionnera, plus tard, les décaissements. Pour un pays dont la reconstruction du Sud et la sortie de crise dépendent largement de financements externes, l'enjeu est direct : convaincre que l'argent prêté ou donné servira des réformes réelles, et non le statu quo qui a conduit à l'effondrement.
Le Liban joue donc à Bangkok une partie moins spectaculaire qu'une conférence des donateurs, mais plus structurante : celle de sa réinsertion dans le circuit financier mondial, condition de tout le reste.


