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Économie· Data-story

Transferts de la diaspora : le vrai filet de sécurité de l'économie libanaise, en chiffres

Avec près de 6 milliards de dollars reçus en 2024, soit l'équivalent de plus d'un quart de son PIB, le Liban reste l'une des économies les plus dépendantes au monde de l'argent envoyé par ses expatriés. Décryptage chiffré d'un amortisseur vital, et de ce qu'il coûte encore aux familles.

Vue des immeubles de Beyrouth au coucher du soleil, capitale économique du Liban

Laura C Ellis / Wikimedia Commons / CC BY-SA 4.0

Dans un pays dont le système bancaire s'est effondré en 2019, dont la monnaie a perdu plus de 90 pour cent de sa valeur et dont l'État peine à payer ses fonctionnaires, une ressource n'a jamais cessé de couler : l'argent de ceux qui sont partis. Les transferts de la diaspora libanaise ne sont pas un appoint. Chiffres à l'appui, ils constituent le premier filet de sécurité de l'économie du pays, devant l'aide internationale comme devant les investissements étrangers.

Près de 6 milliards de dollars par an

En 2024, le Liban a reçu environ 5,8 milliards de dollars de transferts de fonds de ses émigrés, selon les données de la Banque mondiale. C'est 13,4 pour cent de moins que les 6,7 milliards de dollars enregistrés en 2023. Malgré ce recul, l'ordre de grandeur reste considérable pour un pays d'un peu plus de cinq millions d'habitants : chaque année, l'équivalent de plusieurs budgets ministériels entre dans le pays par le seul canal des familles expatriées.

Ce flux a résisté là où presque tout le reste s'est effondré. Il a continué d'alimenter la consommation des ménages, de payer des loyers, des scolarités et des soins, à un moment où les dépôts bancaires étaient gelés et où les salaires publics ne valaient plus grand-chose une fois convertis.

Plus d'un quart du PIB, un record mondial

Rapportés à la taille de l'économie, ces montants prennent une dimension vertigineuse. Les transferts ont représenté environ 27 pour cent du PIB libanais en 2024, selon la Banque mondiale, qui classe le Liban parmi les cinq pays les plus dépendants des envois de fonds au monde, aux côtés du Tadjikistan, des Tonga, du Nicaragua et des Samoa.

L'année précédente, le ratio était encore plus élevé : entre 28 et 30 pour cent du PIB en 2023 selon les estimations de la Banque mondiale, ce qui plaçait alors le Liban sur le podium mondial. À titre de comparaison, dans la plupart des pays développés, les transferts des émigrés pèsent moins de 1 pour cent du PIB. Le Liban vit, pour une part décisive, d'une économie qui se gagne hors de ses frontières.

Devant l'aide et les investissements étrangers

La Banque mondiale le rappelle à l'échelle globale : dans les pays à revenu faible ou intermédiaire, les transferts des migrants dépassent désormais à la fois l'aide publique au développement et les investissements directs étrangers. En 2024, ils ont atteint quelque 685 milliards de dollars vers ces pays.

Pour le Liban, ce constat est encore plus tranché depuis 2019. Les investissements étrangers se sont taris avec la crise, et l'aide internationale, souvent conditionnée à des réformes qui tardent, arrive au compte-gouttes. L'argent de la diaspora, lui, ne pose pas de conditions : il va directement dans la poche des familles, sous forme de dollars en liquide qui irriguent l'économie réelle.

Depuis 2019, un amortisseur devenu vital

L'effondrement du secteur bancaire à l'automne 2019, les restrictions imposées sur les retraits et la fonte de la livre ont profondément changé la nature de ces flux. Une large part des transferts n'entre plus par le circuit bancaire formel mais circule en espèces, ces fameux dollars frais devenus la véritable monnaie d'usage du pays.

La Banque mondiale souligne le rôle stabilisateur de ces envois dans les États fragiles : ils amortissent les chocs, réduisent la pauvreté et soutiennent la demande intérieure au moment précis où les institutions publiques défaillent. Au Liban, ils ont tenu lieu de politique sociale de fait, en l'absence de tout filet étatique digne de ce nom.

Le coût caché : envoyer de l'argent coûte encore trop cher

Cet argent vital n'arrive pas gratuitement. À l'échelle mondiale, envoyer des fonds coûte en moyenne plus de 6 pour cent du montant transféré, selon l'observatoire Remittance Prices Worldwide de la Banque mondiale, qui mesurait un coût moyen de l'ordre de 6,6 pour cent fin 2024.

Or l'ONU a fixé, dans ses Objectifs de développement durable, une cible claire : ramener ce coût sous la barre des 3 pour cent d'ici 2030. On en est loin. La Banque mondiale estime que si cette cible était atteinte, les familles bénéficiaires économiseraient à elles seules une vingtaine de milliards de dollars chaque année dans le monde. Pour la diaspora libanaise, chaque point de pourcentage de frais en moins représente des dizaines de millions de dollars rendus aux ménages du pays.

Ce que la diaspora peut faire

Face à ces frais, le réflexe le plus utile est de regarder le coût total, et pas seulement la commission affichée. Le vrai prix d'un transfert inclut la marge appliquée sur le taux de change, souvent plus lourde que les frais visibles. Deux services affichant des commissions comparables peuvent aboutir à des montants reçus très différents une fois le change pris en compte.

Quelques principes simples permettent de limiter la casse : comparer systématiquement le montant réellement reçu par le bénéficiaire, regrouper les envois plutôt que multiplier les petites opérations soumises à des frais fixes, et consulter le comparateur public de la Banque mondiale, qui mesure le coût des transferts corridor par corridor, y compris depuis l'Europe. Mieux envoyer, ce n'est pas un détail de gestion : c'est autant de pouvoir d'achat préservé pour les familles et autant de devises injectées dans un pays qui en manque cruellement.

Tant que le Liban n'aura pas rétabli un système financier crédible et restitué les dépôts gelés, ces milliards resteront la véritable bouée de sa population. Les faire arriver au meilleur coût possible est l'un des rares leviers directs que la diaspora garde en main pour soutenir, concrètement, le pays qu'elle a quitté.

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Rédigé par

La rédaction

La rédaction de LibanInfo.fr

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