S'abonner
France–Liban· Analyse

Programmes scolaires : la France met 4 millions d'euros pour la première refonte libanaise depuis 1997

En finançant le projet « Manhajna » à hauteur de 4 millions d'euros, Paris ne signe pas une subvention technique de plus : la France parie sur l'école publique libanaise comme socle de souveraineté et d'unité nationale, au moment où l'État peine encore à payer ses enseignants.

Élèves dans une salle de classe d'une école au Liban

Russell Watkins / DFID (UK Department for International Development), via Wikimedia Commons, CC BY 2.0

La France vient de financer ce que le Liban reporte depuis près de trente ans : la refonte de ses programmes scolaires. Le 30 septembre 2026, le ministère de l'Éducation et de l'Enseignement supérieur, le Centre de recherche et de développement pédagogiques (CRDP) et l'Agence française de développement (AFD) ont signé le projet « Manhajna » (« Notre programme »), doté d'un don de 4 millions d'euros de la France. Derrière l'enveloppe, un pari politique assumé : faire de l'école publique libanaise, exsangue, le socle d'une souveraineté et d'une unité nationale que l'État n'a plus les moyens d'entretenir seul.

Près de trente ans de programmes figés

Les programmes aujourd'hui enseignés dans les écoles libanaises remontent pour l'essentiel à 1997, fruits d'une réforme lancée en 1994 au sortir de la guerre civile. Depuis, le pays a traversé l'effondrement financier de 2019, la pandémie, la double explosion du port de Beyrouth et une crise des salaires qui a vidé l'enseignement public de nombre de ses professeurs. Les contenus, eux, n'ont pas bougé. Refondre un curriculum vieux de près de trente ans n'est donc pas un ajustement pédagogique : c'est une remise à niveau d'un pan entier de l'État.

La mécanique de la réforme est déjà posée. En décembre 2022, le CRDP a élaboré, avec le ministère et les acteurs nationaux du secteur, un Cadre national libanais des programmes de l'enseignement général préuniversitaire. Ce document sert désormais de référence : il acte le basculement d'une approche centrée sur la transmission de savoirs vers une pédagogie fondée sur les compétences et centrée sur l'apprenant. « Manhajna » est l'outil qui doit transformer ce cadre théorique en programmes réellement enseignés.

Ce que finance l'argent français

Les 4 millions d'euros apportés par l'AFD visent à renforcer les capacités du CRDP, chargé de concevoir, réviser et évaluer les nouveaux programmes. La signature s'est tenue dans la salle de théâtre du ministère, en présence de la ministre de l'Éducation Rima Karamé, de la présidente du CRDP Hiam Issa et de l'ambassadeur de France au Liban Patrick Durel, aux côtés de responsables de l'AFD et d'éducateurs des secteurs public et privé.

Du côté libanais, la présidente du CRDP a posé le cap : « le passage d'une approche purement quantitative de l'accès à l'école à un engagement absolu pour la qualité », avec la priorité donnée à « l'équité et l'inclusion pour former des citoyens libres, dotés d'un esprit critique et capables de dépasser les divisions identitaires ». La formule n'est pas anodine dans un pays où l'école a longtemps été un espace de reproduction des clivages confessionnels : réintégrer la transformation numérique, l'éducation aux médias et la conscience environnementale dans un programme commun, c'est tenter de recoudre par l'école ce que la politique divise.

Pourquoi Paris mise sur la salle de classe

La France n'en est pas à son premier chèque pour l'éducation libanaise : l'AFD soutient depuis des années le maintien à l'école des enfants les plus vulnérables, la réhabilitation d'établissements publics et l'accueil scolaire au Nord du pays. Mais financer le curriculum lui-même marque un saut qualitatif. Les programmes d'un pays définissent ce que ses enfants apprendront de leur histoire, de leur langue et de leur place dans le monde. En s'y associant, Paris consolide un lien francophone qui reste, avec le réseau scolaire français, l'un des plus solides vecteurs d'influence et d'amitié entre les deux pays.

Pour le Liban, l'enjeu dépasse la coopération bilatérale. Reconstruire une école publique crédible, c'est retenir dans le pays des familles tentées par le privé ou par l'exil, et redonner à l'État une prise directe sur la formation de ses citoyens. À l'heure où la souveraineté libanaise se joue sur le terrain militaire et diplomatique, elle se joue aussi, plus discrètement, dans une salle de classe.

ÉducationFrancophonieCoopération France-LibanAFD
Rédigé par

La rédaction

La rédaction de LibanInfo.fr

Suivez le lien France–Liban

L'essentiel de l'actualité, de la culture et des rendez-vous, une fois par semaine. Sans spam, désinscription en un clic.

À lire aussi