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France–Liban· Décryptage

Conférence de Paris : pourquoi le financement de l'armée libanaise est devenu une affaire de souveraineté

Le 17 septembre, la France réunit à Paris une réunion préparatoire pour soutenir l'armée libanaise. Pour Beyrouth, l'enjeu n'a rien d'une aumône : c'est la capacité de l'État à financer la seule institution qui garantisse encore sa souveraineté au sud, alors que la solde des soldats a été laminée par la crise et que le mandat de la FINUL s'éteint le 31 décembre.

Soldats de l'armée libanaise en tenue de combat

Giorgio Montersino / Flickr, CC BY-SA 2.0

Pour le Liban, la réunion convoquée à Paris le 17 septembre n'est pas une opération de charité. C'est une question de souveraineté. Derrière les promesses d'aide se joue une chose simple et vitale : l'État libanais a-t-il les moyens de payer la seule institution qui tienne encore le pays debout, son armée ? Depuis six ans, la réponse est non, et ce sont des capitales étrangères qui comblent le trou. La conférence que prépare la France vise précisément à organiser ce soutien au moment où le Liban-Sud redevient l'affaire de l'armée nationale.

Une armée que la crise a laminée

Le point de départ est financier. Depuis l'effondrement de 2019, la livre libanaise a perdu plus de 90 % de sa valeur, selon la Banque mondiale. Pour les 80 000 hommes de la troupe, la conséquence a été brutale : une solde autrefois décente est tombée sous les 100 dollars mensuels, poussant des milliers de soldats à quitter les rangs ou à cumuler des emplois pour survivre. Une armée sous-payée est une armée qui se vide, au moment précis où le pays a le plus besoin d'elle.

C'est ce vide que des bailleurs étrangers ont commencé à combler, fait rare pour une force nationale. En 2022, le Qatar a versé 60 millions de dollars pour soutenir directement les salaires, une première selon l'AFP. Les États-Unis ont ensuite ajouté une allocation d'environ 100 dollars par mois et par militaire. La dépendance est assumée : sans ces transferts, la chaîne de commandement libanaise ne pourrait pas garantir la présence de ses hommes sur le terrain.

Ce que Paris a déjà mobilisé

La France n'en est pas à son premier rendez-vous. En octobre 2024, une conférence internationale organisée à Paris avait permis de mobiliser près d'un milliard de dollars pour le Liban, dont environ 200 millions spécifiquement fléchés vers l'armée, selon le ministère français des Affaires étrangères. Le reste, plus de 800 millions, relevait de l'aide humanitaire dans un pays alors sous les bombes.

L'expérience a laissé une leçon utile pour le 17 septembre : entre les montants annoncés en tribune et les fonds effectivement décaissés, l'écart peut être large et lent. Pour Beyrouth, l'exercice ne vaut que si les engagements se traduisent en équipements, en carburant et en salaires versés, pas en communiqués. La crédibilité d'une conférence de donateurs se mesure au premier virement, pas au premier discours.

Le 17 septembre : une étape, pas encore le sommet

La rencontre de mercredi est une réunion préparatoire, pas la conférence elle-même. Selon la présidence française, elle est co-organisée avec les États-Unis et l'Arabie saoudite, et le président libanais Joseph Aoun y a été convié. Le format en dit long : Paris ne prétend plus agir seule au Liban et s'adosse désormais à Washington et à Riyad, qui pèsent l'un et l'autre sur le dossier régional. La France, qui assure la présidence du Conseil de sécurité de l'ONU en ce mois de septembre 2026, entend utiliser cette fenêtre pour verrouiller un calendrier et un tour de table financier avant la conférence proprement dite.

Pourquoi c'est une affaire de souveraineté

Reste l'essentiel, souvent noyé sous la mécanique diplomatique. Si le financement de l'armée compte autant pour le Liban, c'est parce qu'il conditionne le déploiement de la troupe au Liban-Sud, à mesure que la Force intérimaire des Nations unies (FINUL) se retire : son mandat s'achève le 31 décembre 2026. Là où des Casques bleus assuraient une présence internationale, c'est désormais à l'armée libanaise de tenir le terrain, de faire respecter le cessez-le-feu et d'affirmer que l'État, et lui seul, détient la force sur son territoire.

Dans un pays fracturé, l'armée reste par ailleurs l'une des dernières institutions véritablement nationales, qui ne relève d'aucune confession ni d'aucun parti. La renflouer, c'est renforcer l'État central face à tout ce qui le concurrence. Voilà pourquoi le Liban regarde le 17 septembre non comme une main tendue, mais comme un test : celui de sa capacité, avec l'appui de ses partenaires, à redevenir maître de son propre sol.

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Rédigé par

La rédaction

La rédaction de LibanInfo.fr

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