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France–Liban· Histoire

France-Liban : d'où vient ce lien ? Cinq siècles d'une relation de protection

Avant l'armée, avant l'école, avant la francophonie, il y a une matrice historique : depuis les Capitulations de 1535, la France s'est posée en protectrice des chrétiens d'Orient, puis du Mont-Liban. Cette généalogie, des soldats de Napoléon III au général Gouraud, éclaire pourquoi Paris se mobilise encore aujourd'hui pour le Liban.

Portrait du général Henri Gouraud, haut-commissaire français qui proclama l'État du Grand Liban le 1er septembre 1920

Portrait du général Henri Gouraud (1923). Domaine public / Wikimedia Commons

Quand la France réunit une conférence internationale pour soutenir l'armée libanaise, quand elle maintient un contingent au sein de la FINUL ou finance un réseau d'écoles parmi les plus denses au monde, on parle volontiers d'un lien "particulier", "sentimental", presque affectif. C'est une erreur de perspective. Le lien franco-libanais n'est pas une affection diffuse : c'est une relation de protection, construite et renouvelée sur cinq siècles, dont l'actualité diplomatique n'est que le dernier chapitre. Pour comprendre pourquoi Paris revient toujours vers Beyrouth, il faut remonter bien avant le Mandat.

1535 : les Capitulations, l'acte de naissance

Tout commence par une alliance que ses adversaires qualifieront d'"impie". En 1535, le roi de France François Ier négocie avec le sultan ottoman Soliman le Magnifique un traité de commerce et de privilèges, formalisé en février 1536 : les Capitulations. Au-delà des avantages marchands, ce cadre confère progressivement à la France un rôle inédit, celui de puissance protectrice des chrétiens latins et, plus largement, des communautés chrétiennes vivant en terre ottomane, ainsi que de leurs lieux saints.

Ce statut n'est pas un texte figé : il est réaffirmé et élargi au fil des règnes, notamment sous Louis XIV, qui s'engage à protéger les chrétiens du Mont-Liban. De renouvellement en renouvellement, la France s'installe dans une posture qu'aucune autre puissance européenne ne revendique avec la même continuité au Levant. C'est cette posture, davantage qu'un coup de cœur tardif, qui fonde la relation.

1860 : Napoléon III et le premier corps expéditionnaire

La protection reste largement diplomatique jusqu'au milieu du XIXe siècle. Elle bascule dans le militaire en 1860. Cette année-là, de mars à juillet, le Mont-Liban est ravagé par des massacres intercommunautaires, prolongés en juillet par des tueries à Damas. Les évaluations des historiens sur le nombre de victimes chrétiennes varient fortement, dans une fourchette qui va de 10 000 à plus de 20 000 morts, tandis que des villages entiers sont détruits et des populations jetées sur les routes de l'exil.

En accord avec les grandes puissances, l'empereur Napoléon III décide d'intervenir. Un corps expéditionnaire d'environ 6 000 hommes, commandé par le général de Beaufort d'Hautpoul, débarque à Beyrouth en août 1860. C'est la première fois que des soldats français foulent le sol libanais au nom de cette mission de protection héritée des Capitulations. L'opération, présentée comme humanitaire, inaugure une forme d'intervention qui marquera durablement la politique française au Proche-Orient.

Le Moutassarifat : une autonomie sous garantie

L'intervention de 1860 ne se limite pas à une démonstration de force. Elle débouche sur une construction politique durable. Une commission réunissant les représentants des cinq grandes puissances prépare à Beyrouth un Règlement organique, adopté en 1861 puis révisé le 6 septembre 1864. Ce texte crée le Moutassarifat du Mont-Liban : une province autonome, placée sous l'autorité d'un gouverneur chrétien non libanais et garantie par les puissances européennes.

Ce régime d'exception, qui perdure jusqu'à la Première Guerre mondiale, est l'un des ancêtres institutionnels directs du Liban moderne. Il installe dans les faits l'idée d'un territoire libanais doté d'un statut propre, distinct du reste de la Syrie ottomane, et adossé à une garantie internationale dans laquelle la France tient le premier rôle.

1920 : Gouraud et la naissance du Grand Liban

La chute de l'Empire ottoman rebat les cartes. À la conférence de San Remo, en avril 1920, la Société des Nations confie à la France un mandat sur la Syrie et le Liban. Le 1er septembre 1920, depuis Beyrouth, le général Henri Gouraud, haut-commissaire, proclame l'État du Grand Liban, avec les frontières que revendiquait le patriarche maronite auprès de la Conférence de la paix, et qui sont, pour l'essentiel, celles du Liban d'aujourd'hui.

Ce Grand Liban devient la République libanaise en 1926, se dote d'une Constitution, puis conquiert son indépendance en 1943. Le Mandat français, s'il est aussi une période de tutelle et de tensions, aura donné au pays ses contours actuels et une part de son architecture institutionnelle. Là encore, la trame reste celle d'une France qui façonne, encadre et se pose en garante.

La matrice qui explique la conférence de Paris

Après 1943, la relation se prolonge sous d'autres formes : coopération culturelle et éducative, appui économique, présence militaire au sein de la FINUL depuis 1978, conférences internationales de soutien financier, mobilisation après la double explosion du port de Beyrouth en août 2020. À chaque crise libanaise, la France se retrouve au premier rang des acteurs extérieurs, non par hasard, mais par héritage.

C'est cette matrice de cinq siècles qu'il faut avoir en tête lorsque Paris réunit, à la mi-septembre 2026, une conférence internationale destinée à soutenir l'armée libanaise. Vue de l'intérêt libanais, cette constance est une ressource : peu de pays disposent d'un partenaire aussi durablement investi dans l'idée même de leur souveraineté. Elle a aussi ses limites et ses ambiguïtés, que l'histoire du Mandat rappelle. Mais elle n'est pas une posture de circonstance. Quand la France parle du Liban, elle parle d'une relation qu'elle entretient, sous une forme ou une autre, depuis François Ier.

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Rédigé par

La rédaction

La rédaction de LibanInfo.fr

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