Loin des conférences, la France forme déjà l'armée libanaise, semaine après semaine
Pendant que Paris prépare pour le 17 septembre une réunion internationale de soutien à l'armée libanaise, la coopération militaire franco-libanaise ne relève pas de l'annonce : elle est déjà une réalité concrète, documentée chaque semaine sur le terrain par le ministère français des Armées.

Giorgio Montersino / Flickr, CC BY-SA 2.0
Il y a la diplomatie visible, celle des sommets et des communiqués. Et il y a le travail de fond, celui qui ne fait pas les gros titres mais qui construit, brique après brique, la capacité d'un État à tenir son territoire. Sur le lien militaire entre la France et le Liban, l'essentiel se joue dans la seconde catégorie. Pendant que la présidence française prépare pour le 17 septembre à Paris une réunion internationale de soutien à l'armée libanaise, les formateurs français, eux, sont déjà à pied d'oeuvre au Liban, et le ministère français des Armées en rend compte semaine après semaine.
Une semaine ordinaire de coopération
Le point de situation des opérations publié par le ministère des Armées pour la période du 13 au 20 août 2026 détaille, sans emphase, cinq actions conduites au profit des Forces armées libanaises (FAL). À Salhiyeh, une formation de tireurs de précision s'est achevée. À Laqlouq, un stage centré sur l'emploi du véhicule de l'avant blindé (VAB) a été mené au profit du régiment commando, tandis qu'à Amchit se tenait un stage de pilotage de ce même véhicule.
À Tripoli, la troisième session consacrée au combat en zone urbaine a débuté au profit de la 12e brigade d'infanterie motorisée. Enfin, à Kfardebiane, le détachement de partenariat militaire opérationnel a participé, pour la troisième fois, au camp d'été du 6e régiment d'intervention libanais, l'occasion de travailler les procédés de combat en montagne. Cinq lieux, cinq unités libanaises, une seule semaine : la mécanique est huilée, et elle ne date pas d'hier.
Le DPMO, cheville ouvrière discrète
Au coeur de ce dispositif, un acronyme peu connu du grand public : le DPMO, détachement de partenariat militaire opérationnel. Selon l'ambassade de France au Liban, il rassemble une cinquantaine de formateurs dont la mission centrale est d'aider l'armée libanaise à intégrer et à exploiter au mieux les VAB fournis par la France. La coopération de défense bilatérale ne se limite pas à cette formation de terrain : elle repose aussi sur des coopérants militaires techniques insérés au sein des FAL pour le conseil en doctrine et en planification, sur l'envoi d'instructeurs spécialisés, et sur des stages en France pour officiers et soldats libanais.
Cette coopération se décline autour de quatre grandes missions affichées par Paris : lutter contre le terrorisme, soutenir des capacités opérationnelles clés, aider l'État libanais à exercer ses responsabilités en mer et former les cadres des FAL. Détail révélateur de l'ancienneté du lien : depuis plus de quinze ans, l'ambassade organise un concours du français au sein de l'armée libanaise, prolongement d'une francophonie qui irrigue aussi le milieu militaire.
La FINUL, l'autre pilier français au Sud
La contribution française à la sécurité du Liban passe par un second canal, plus ancien encore. Présente au Liban depuis 1978, la France est l'un des principaux pays contributeurs de la Force intérimaire des Nations unies au Liban (FINUL), avec près de 800 soldats déployés dans le cadre de l'opération Daman. La majorité constitue la Force Commander Reserve, capable d'intervenir rapidement au profit de l'ensemble des contingents, conformément à la résolution 1701 du Conseil de sécurité. Une trentaine de cadres français servent par ailleurs à l'état-major de la FINUL, à Naqoura.
Depuis la signature, le 26 novembre 2024, de l'accord de cessation des hostilités entre Israël et le Liban, la France participe aussi au mécanisme de suivi mis sur pied sous l'égide des États-Unis, avec une équipe d'état-major d'une quinzaine de cadres dirigée par un officier général. Autrement dit : sur le terrain sécuritaire, la présence française au Liban est à la fois militaire, onusienne et diplomatique.
Pourquoi cela compte pour le Liban
Cet effort n'a rien d'abstrait pour Beyrouth. Renforcer les Forces armées libanaises, c'est consolider la seule institution nationale reconnue par toutes les composantes du pays, celle-là même qui est appelée à se déployer au Sud et à y réaffirmer l'autorité de l'État. Chaque VAB rendu opérationnel, chaque commando formé au tir de précision ou au combat urbain, ajoute une capacité concrète à une armée chroniquement sous-dotée face à l'ampleur de ses missions.
La réunion préparatoire du 17 septembre à Paris vise précisément à changer d'échelle : mobiliser financements internationaux et équipements pour accompagner ce déploiement. Mais elle ne partira pas d'une feuille blanche. La coopération militaire franco-libanaise que la conférence entend amplifier existe déjà, elle est mesurable, et elle se poursuit, discrètement, chaque semaine, de Salhiyeh à Kfardebiane. C'est peut-être là que se lit le mieux la constance d'un lien : non dans les discours, mais dans la répétition patiente d'un partenariat qui sert, avant tout, la capacité du Liban à se tenir debout sur son propre sol.
