Peine de mort, francophonie, solidarité : le fil franco-libanais que Paris n'a pas lâché
Pendant que la diplomatie d'État bute sur le Sud et sur la relève de la FINUL, un canal plus discret continue de fonctionner entre Paris et Beyrouth. L'abolition de la peine de mort au Liban, saluée par le Quai d'Orsay comme la concrétisation d'un engagement pris à Paris, en est la dernière preuve. La Francophonie, elle, ancre le pays depuis 1973.

Chatsam, CC BY-SA 3.0, via Wikimedia Commons
Le lien franco-libanais ne se mesure pas seulement aux conférences reportées et aux communiqués sur l'armée. Il passe aussi par un canal plus discret, presque routinier, qui n'a pas cédé quand la diplomatie d'État s'est enlisée sur le Sud et sur l'après-FINUL : celui des normes et de la francophonie. La preuve la plus nette est tombée cet été. En abolissant la peine de mort, le 11 août 2026, le Liban est devenu le premier État du Moyen-Orient à franchir ce pas, et la France y a immédiatement vu la concrétisation d'un engagement pris à Paris quelques semaines plus tôt.
Ce fil-là, fait de droits humains, de langue partagée et de solidarité institutionnelle, est un actif pour la souveraineté libanaise : il maintient le pays dans un réseau d'alliances et de reconnaissance internationale au moment où tout le reste vacille.
Un engagement scellé à Paris
Le 11 août, la Chambre des députés a adopté l'abolition de la peine capitale, mettant un terme à un combat porté depuis les années 1990 par la société civile libanaise. Le pays n'avait plus procédé à d'exécution depuis 2004, mais quelque 85 condamnés à mort figuraient encore dans ses prisons. Le ministre de la Justice, Adel Nassar, y a vu une étape faisant du Liban un « précurseur » dans le monde arabo-musulman.
Dès le lendemain, le 12 août, le ministère français de l'Europe et des Affaires étrangères a publié une déclaration saluant « ce vote historique du parlement libanais qui concrétise l'engagement pris par le Liban lors du 9e Congrès mondial contre la peine de mort, tenu du 30 juin au 2 juillet derniers à Paris ». La France, qui accueillait ce congrès et milite pour l'abolition universelle, a appelé « tous les pays qui appliquent encore la peine de mort à l'abolir ». Autrement dit : le geste libanais n'est pas isolé, il s'inscrit dans une dynamique où Paris a servi de point d'appui.
La Francophonie, ancrage discret du Liban
Derrière l'État français, une autre institution parisienne accompagne le Liban avec constance : l'Organisation internationale de la Francophonie (OIF), dont le siège est avenue Bosquet, à Paris. Membre de la Francophonie depuis son adhésion en 1973, le Liban y est décrit comme un « pays phare de la langue française au Moyen-Orient ». Sa Secrétaire générale a salué, elle aussi, l'abolition de la peine de mort, avant de saluer, le 25 août, l'adoption d'une nouvelle loi sur les médias, un texte par ailleurs débattu au Liban même.
Cet appui n'est pas qu'un fil de communiqués. L'OIF a ouvert en octobre 2022 sa Représentation pour le Moyen-Orient (REPMO) à Beyrouth, présentée comme la « porte d'entrée » de la Francophonie dans la région. Elle a déployé une mission d'observation lors des législatives de 2022, organisé une mission économique en 2023, et, face à la guerre, annoncé un plan de solidarité pour répondre aux besoins de la population. Le 5 octobre 2024, les 93 États et gouvernements réunis au XIXe Sommet de la Francophonie ont adopté une déclaration de solidarité avec le Liban, appelant au cessez-le-feu et au respect du droit international.
« La francophonie est vivante au Liban, et le Liban fait rayonner la francophonie dans la région et à travers le monde par sa diaspora, ses artistes, ses intellectuels et ses acteurs économiques », résumait alors Louise Mushikiwabo, Secrétaire générale de l'OIF. Une manière de rappeler que la relation n'est pas à sens unique : le Liban donne autant qu'il reçoit.
Un canal qui compense les blocages d'État
Cette mécanique prend tout son sens à l'heure où le volet le plus visible du soutien français patine. La conférence internationale de soutien à l'armée et aux forces de sécurité libanaises, co-portée par Paris, a été repoussée à plusieurs reprises ; une réunion préparatoire est attendue à Paris le 17 septembre, sans constituer encore le grand rendez-vous annoncé. Sur le terrain, l'aide militaire avance par petits pas, la relève de la FINUL reste en discussion.
Face à ces lenteurs, le canal normatif et francophone offre au Liban quelque chose que les négociations sécuritaires ne garantissent pas : de la reconnaissance et de la continuité. Chaque réforme saluée à Paris, chaque geste de solidarité de la Francophonie, réinscrit le pays dans une communauté d'États qui le tiennent pour un partenaire, non pour un dossier. Pour un Liban qui défend sa souveraineté sur tous les fronts, ce n'est pas un détail. C'est une ligne de vie diplomatique qu'il a intérêt à entretenir.

