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France–Liban· Décryptage

Le Drian, l'homme que Macron a placé sur le dossier libanais

En nommant son ancien ministre des Affaires étrangères envoyé personnel pour le Liban en juin 2023, Emmanuel Macron n'a pas dépêché un diplomate de plus. Il a engagé un poids lourd politique pour débloquer une présidence vacante depuis plus de deux ans. Décryptage d'une médiation française qui a accompagné le Liban jusqu'à l'élection de Joseph Aoun.

Portrait de Jean-Yves Le Drian, envoyé personnel du président français pour le Liban

Claude Truong-Ngoc / Wikimedia Commons / CC BY-SA 3.0

Quand un État veut signifier qu'un dossier compte, il choisit la personne qu'il y envoie. En nommant Jean-Yves Le Drian envoyé personnel du président de la République pour le Liban, le 8 juin 2023, Emmanuel Macron n'a pas confié Beyrouth à un diplomate de carrière interchangeable. Il a mobilisé l'homme qui avait été son ministre de l'Europe et des Affaires étrangères pendant cinq ans, et avant cela le ministre de la Défense de François Hollande. Le message adressé au Liban était clair : Paris place le pays au plus haut de son agenda, et lui consacre un capital politique, pas seulement une note de service.

Une présidence vide, un pays à l'arrêt

Le contexte de cette nomination était celui d'un blocage institutionnel que le Liban connaît trop bien. Le mandat du président Michel Aoun s'était achevé le 31 octobre 2022 sans successeur. Le Parlement, fracturé, échouait séance après séance à réunir une majorité autour d'un nom. La vacance au sommet de l'État paralysait les nominations, retardait les réformes réclamées par les bailleurs et enfonçait un pays déjà terrassé par l'effondrement économique de 2019. C'est dans ce vide que la France a décidé d'agir, non pas en imposant un candidat, mais en facilitant un consensus entre Libanais.

La mission : des bons offices, pas une tutelle

L'Élysée a décrit le rôle de Le Drian comme une mission de bons offices destinée à aider à dégager une solution consensuelle et efficace à la crise. La nuance est importante et elle épouse l'intérêt libanais : il ne s'agissait pas de dicter un choix de l'extérieur, mais de remettre en mouvement un processus institutionnel grippé. Lors de ses déplacements à Beyrouth, l'envoyé a rencontré l'ensemble des forces représentées au Parlement, des maronites aux chiites, des sunnites aux druzes, en s'interdisant d'épouser une faction. Une médiation crédible ne pouvait être que transversale.

Cette diplomatie française ne s'est pas exercée seule. Elle s'est inscrite dans le cadre du Quintet pour le Liban, qui réunit les États-Unis, la France, l'Arabie saoudite, le Qatar et l'Égypte, et dans la continuité des principes arrêtés lors de réunions tenues à Doha. L'enjeu, pour Paris, était de coordonner les parrains extérieurs du Liban autour d'un même objectif : une élection présidentielle, par les Libanais, dans le respect de leurs institutions.

Le déblocage de janvier 2025

La médiation a été longue et, par moments, elle a semblé buter sur le même mur. Mais le 9 janvier 2025, après plus de deux ans de vacance, le Parlement libanais a élu le commandant de l'armée, Joseph Aoun, à la présidence de la République. Aucune médiation étrangère ne saurait s'attribuer seule un vote souverain du Parlement libanais. Reste que l'élection est intervenue au terme d'un travail diplomatique soutenu, mené en consultation étroite avec les partenaires du Liban, et que la France y avait investi, deux ans durant, l'un de ses plus hauts responsables.

Ce que révèle le choix de l'homme

Le profil de Le Drian dit beaucoup de la place du Liban dans la diplomatie française. On ne nomme pas un ancien ministre des Affaires étrangères et de la Défense pour un dossier secondaire. Né à Lorient en 1947, longtemps maire de sa ville et président de la région Bretagne, il a dirigé le Quai d'Orsay de 2017 à 2022 et conduit, avant cela, les armées françaises de 2012 à 2017. Cette double expérience, diplomatique et militaire, correspondait à un Liban où la question des institutions est indissociable de celle de la sécurité du Sud et de l'avenir de la présence internationale au-delà de la FINUL.

Au-delà de l'homme, la fonction elle-même traduit une constante : la France n'a pas renoncé à son lien singulier avec le Liban, même aux heures où d'autres priorités régionales auraient pu l'en détourner. Un envoyé personnel du président, maintenu sur la durée, c'est une adresse permanente ouverte à Beyrouth, un interlocuteur de haut rang que les responsables libanais peuvent saisir sans passer par les circuits ordinaires. Pour un pays qui a besoin que ses amis restent engagés dans le temps long, ce n'est pas rien.

France-LibanDiplomatieJean-Yves Le DrianJoseph Aoun
Rédigé par

La rédaction

La rédaction de LibanInfo.fr

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