Coupe du monde de rugby à XIII : le Liban, équipe sans pays, défie la France dimanche
Dimanche 1er novembre, la sélection libanaise de rugby à XIII affronte la France à Sydney pour son dernier match de poule. Une équipe presque entièrement bâtie sur la diaspora d'Australie, qui existe sur la carte mondiale du sport là où le pays, lui, peine à exister.

DraftSaturn15 / Wikimedia Commons, CC0 1.0 (domaine public)
Le Liban n'a quasiment pas de terrain de rugby à XIII, pas de championnat professionnel, pas de public pour ce sport. Et pourtant, dimanche 1er novembre, une sélection nationale libanaise entrera sur la pelouse du CommBank Stadium de Sydney pour affronter la France, lors de son dernier match de poule de la Coupe du monde 2026. Le paradoxe est total, et il raconte le Liban mieux qu'un long discours : ce pays qui tient debout par sa diaspora met aussi son drapeau sur la carte mondiale du sport grâce à des joueurs nés à Sydney, qui n'ont souvent jamais vécu à Beyrouth.
Deux défaites, un dernier rendez-vous face aux Bleus
Le tournoi, organisé en Australie, n'a pas souri aux Cèdres. Le Liban s'est incliné le 17 octobre face à la Papouasie-Nouvelle-Guinée (42-18), à Port Moresby, puis le 23 octobre face aux Tonga (36-0), à Sydney. Deux points encaissés lourdement, aucune victoire, et une place en quarts de finale désormais hors d'atteinte. Contre les Papous, l'ailier Abbas Miski avait tout de même inscrit un doublé, l'un des rares motifs de satisfaction.
Le dernier match de poule, face à la France, ressemble donc à un match pour l'honneur. Côté français, le moral n'est pas meilleur : les Bleus ont subi une correction historique, battus 82 à 0 par l'Angleterre. Deux nations en difficulté, mais pour le Liban, affronter la France n'est jamais tout à fait anodin : c'est le pays du lien historique, de la langue, d'une partie de sa diaspora.
Une équipe née de la diaspora
La force, et la singularité, de cette sélection tient en un mot : l'émigration. Faute de pouvoir développer le jeu sur son sol, le Liban puise dans l'immense communauté libanaise d'Australie, où le rugby à XIII est roi. Plusieurs joueurs du groupe évoluent dans la NRL, le championnat professionnel australien, à l'image de Jacob Kiraz, d'Abbas Miski ou de James Roumanos. L'encadrement lui-même illustre ce pont : l'équipe est dirigée par l'Australien Michael Cheika, d'origine libanaise, figure mondiale du rugby qui a aussi entraîné le XV argentin.
Cette éligibilité par filiation ouvre parfois des cas inédits. L'ailier Jason Saab a ainsi été autorisé par l'International Rugby League à porter le maillot libanais, non pas au titre d'une ascendance biologique, mais parce que son beau-père, qui l'a élevé, est libanais : le règlement de la fédération internationale reconnaît les parents adoptifs. À l'inverse, le demi Mitchell Moses, qui avait représenté le Liban en 2022, a choisi cette fois de jouer sous les couleurs de l'Australie. La diaspora donne, la diaspora reprend.
Le paradoxe d'un sport sans territoire
Que le Liban soit présent à une quatrième Coupe du monde relève déjà de l'exploit administratif autant que sportif. Le pays traverse crise économique, effondrement financier et guerre, et la fédération peine à faire vivre le rugby à XIII à l'intérieur de ses frontières. Les Cèdres n'existent, au fond, que par les clubs de Sydney et de sa banlieue ouest.
Et pourtant, l'histoire récente n'est pas celle d'une équipe de figurants. Lors des deux dernières éditions de la Coupe du monde, en 2017 puis en 2021, le Liban avait atteint les quarts de finale. Cette capacité à surperformer avec des moyens quasi nuls, en s'appuyant sur une communauté expatriée soudée, est devenue une signature. Elle dit quelque chose d'un pays qui a appris à exister par ses enfants partis ailleurs.
Face à la France, plus qu'un match
Pour LibanInfo, ce rendez-vous dépasse le résultat. Le maillot aux cèdres porté par de jeunes Australiens qui chantent l'hymne libanais appris pour l'occasion, c'est une image de la diaspora en action, la même qui irrigue l'économie du pays par ses transferts et sa présence partout dans le monde. Que le score soit lourd ou non dimanche à Sydney, le Liban aura tenu sa place dans le concert des nations, là où tant d'États bien plus stables sont absents. C'est une victoire en soi, et elle ne se mesure pas au tableau d'affichage.


