Au Parlement libanais, la souveraineté au cœur d'une séance sous tension
Réunie les 15 et 16 septembre pour interpeller le gouvernement de Nawaf Salam, la Chambre des députés a mis à nu la fracture libanaise sur les deux questions qui décident aujourd'hui de la souveraineté du pays : l'accord-cadre avec Israël et l'exclusivité des armes entre les mains de l'État. Un débat qui a oscillé entre interventions de fond et affrontements stériles.

Heretiq / Wikimedia Commons (CC BY-SA 2.5)
La Chambre des députés s'est réunie les 15 et 16 septembre pour une séance d'interpellation du gouvernement de Nawaf Salam. Deux jours de débats qui ont moins tranché qu'ils n'ont exposé : la classe politique libanaise reste profondément divisée sur les deux questions qui décident aujourd'hui de l'avenir souverain du pays, l'accord-cadre en discussion avec Israël et l'exclusivité des armes entre les mains de l'État.
Une mise en cause, pas un vote de confiance
Première clarification, car la confusion a circulé : cette séance n'était pas un vote de confiance. Le gouvernement de Nawaf Salam, formé début 2025, a déjà été investi de la confiance parlementaire lors de sa constitution. Ce qui s'est joué les 15 et 16 septembre relève du contrôle parlementaire ordinaire : les députés mettent en cause l'exécutif, l'interrogent sur son bilan et sa politique, et attendent ses réponses. La nuance n'est pas technique. Elle dit l'état du régime : un cabinet installé, sommé de rendre des comptes sur les dossiers les plus lourds, à commencer par le sud et la négociation avec Israël.
L'accord-cadre et l'exclusivité des armes au centre
Tout, ou presque, a tourné autour de deux axes indissociables. D'un côté, l'accord-cadre discuté sous parrainage américain pour encadrer la situation au sud et la frontière. De l'autre, l'exclusivité des armes, c'est-à-dire la question de savoir si l'État libanais doit détenir seul la force armée sur son territoire. Ces deux dossiers ne sont pas séparables : ils posent la même question de fond, celle de savoir qui décide pour le Liban, en son nom, et à quelles conditions. C'est cette question de souveraineté, plus que les péripéties de séance, qui structurait réellement les débats.
Kaakour, Khalaf : la souveraineté par le fond
Plusieurs interventions ont recentré le débat sur le fond. Celle de la députée Halima Kaakour, en particulier, a marqué la séance et largement circulé. Sa position, cohérente, refuse les fausses symétries : critique frontale d'un accord-cadre qu'elle juge déséquilibré et humiliant pour le pays, et dans le même mouvement, défense d'un État qui détient seul les armes et qui négocie pour lui-même, dans l'intérêt du Liban, et de personne d'autre. Une ligne souverainiste qui renvoie dos à dos la soumission à un accord subi et la confiscation de la décision nationale.
Le député Melhem Khalaf a, lui, interrogé la clause de bonne foi censée fonder tout accord, alors que les frappes et les destructions se poursuivent dans le sud. Sur le fond, la même exigence traverse ces prises de parole : que le Liban ne signe rien qui entame sa souveraineté, et qu'il parle d'une seule voix, celle de l'État.
Quand le débat vire au réquisitoire
La séance a aussi offert son lot d'affrontements. Les échanges les plus vifs ont opposé des députés du Hezbollah et des Forces libanaises, chaque camp renvoyant à l'autre l'accusation de mentir ou de servir un agenda étranger. Ces passes d'armes, où la surenchère l'emporte sur l'argument, ont nourri le sentiment d'un Parlement qui se déchire au lieu de décider. Le député Wadah Sadek l'a résumé sans détour depuis l'hémicycle : beaucoup de paroles, aucune solution.
LibanInfo ne prend pas parti dans les querelles entre blocs libanais : les attribuer à leurs auteurs suffit à en montrer la stérilité. Le vrai enjeu n'est pas de désigner un vainqueur de séance, mais de mesurer ce que ces fractures coûtent au pays au moment où il doit négocier en position de faiblesse.
Le gouvernement écoute, la réponse à la reprise
Face aux interpellations, l'exécutif a surtout écouté. La présidence de séance a laissé les interventions de fond s'exprimer au-delà du temps réglementaire, signe que les deux dossiers débordent le cadre d'une simple séance de contrôle. Le gouvernement de Nawaf Salam est attendu sur ses réponses à la reprise des travaux. Elles seront scrutées : c'est là, et non dans les invectives, que se jugera la capacité des institutions libanaises à porter une position nationale unique sur la souveraineté du pays.


