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Actualité· Santé

Santé au Liban : le cessez-le-feu n'a pas refermé la crise, prévient l'OMS

Deux mois après le cessez-le-feu du 20 juin, l'OMS et l'ONU dressent le tableau d'une urgence sanitaire qui s'installe dans la durée : un bilan humain qui continue de s'alourdir, des hôpitaux sous tension et un système de soins qui ne tient qu'à bout de bras.

L'hôpital universitaire Rafic Hariri à Beyrouth, plus grand hôpital public du Liban

Elie plus / Wikimedia Commons, CC0

Le cessez-le-feu annoncé le 20 juin 2026 devait tourner la page de la guerre. Deux mois plus tard, les chiffres des Nations unies racontent une autre histoire : on continue de mourir au Liban, les hôpitaux du Sud et de la banlieue de Beyrouth restent sous tension, et l'Organisation mondiale de la santé (OMS) prévient que l'urgence sanitaire ne se referme pas, elle s'installe. Le pays affronte une crise qui devient structurelle, avec un système de soins déjà éreinté par l'effondrement financier de 2019 et qui ne tient, de l'aveu même de l'OMS, que grâce à la résilience de ses soignants.

Un bilan humain qui s'alourdit, même après le cessez-le-feu

Depuis le 2 mars 2026, le ministère libanais de la Santé publique a recensé au moins 4 321 morts et 12 204 blessés liés aux hostilités, selon le Bureau de la coordination des affaires humanitaires de l'ONU (OCHA), qui reprend les données du ministère. Ces pertes se concentrent dans le Sud et la région de Nabatiyé.

Le cessez-le-feu n'a pas tout arrêté. Depuis son annonce le 20 juin, l'OCHA comptabilise encore 354 personnes tuées et 232 blessées. Autrement dit, la trêve a réduit l'intensité des combats sans mettre fin aux morts. C'est précisément ce décalage entre l'annonce politique et la réalité du terrain qui nourrit l'alerte des agences humanitaires.

Les soignants et les hôpitaux en première ligne

La crise ne frappe pas seulement les civils : elle atteint directement ceux censés les soigner. Depuis le 2 mars, 135 personnels de santé ont été tués dans l'exercice de leurs fonctions et 408 blessés, selon l'OCHA. L'OMS documente de son côté des attaques répétées contre les soins de santé, qui touchent structures, ambulances et personnels, et désorganisent les services essentiels.

La fermeture d'hôpitaux dans la banlieue sud de Beyrouth a reporté la charge sur les établissements encore debout. À l'hôpital universitaire Rafic Hariri, le plus grand hôpital public du pays, les admissions aux urgences ont triplé, rapporte l'OMS. Un seul établissement absorbe ainsi une demande démultipliée, au moment où ses moyens, eux, ne triplent pas.

Un système déjà à genoux depuis 2019

Cette pression s'exerce sur un système de santé qui n'était pas au mieux avant la guerre. L'OMS rappelle qu'il était déjà fragilisé par l'effondrement économique de 2019 et par l'accueil d'une importante population réfugiée. La guerre est venue se superposer à une crise structurelle, pas remplacer une situation stable.

« Leur dévouement, conjugué aux investissements dans la préparation, a maintenu le système de santé en état de fonctionner pour l'instant, mais on ignore combien de temps il pourra résister aux chocs répétés tant que le conflit se poursuit », avertissait le docteur Chikwe Ihekweazu, directeur exécutif du programme des urgences sanitaires de l'OMS, à l'issue d'une visite au Liban. La formule dit l'essentiel : ce qui tient encore tient par la volonté des équipes, pas par la solidité des moyens.

Une réponse internationale qui s'essouffle

L'OMS a mobilisé des moyens d'urgence : un appel de fonds éclair lancé début avril prévoyait 30 millions de dollars sur six mois pour les cinq pays les plus touchés de la région, dont 10 millions pour le seul Liban. Un convoi acheminé le 1er avril, quatre camions de matériel de chirurgie de traumatologie et de médicaments spécialisés, devait permettre de soutenir 50 000 patients, dont 40 000 interventions chirurgicales.

Mais l'effort international peine à suivre la durée de la crise. Au 6 juillet, le plan de réponse humanitaire 2026 pour le Liban, chiffré à 639,9 millions de dollars, n'était financé qu'à hauteur de 269 millions, soit 42,2 %, selon l'OCHA. « Les besoins humanitaires augmentent, et un soutien international soutenu est essentiel pour assurer la continuité des soins, en particulier pour les plus vulnérables », insiste le docteur Abdinasir Abubakar, représentant de l'OMS au Liban.

La santé, une question de souveraineté

La résilience saluée par l'OMS n'est pas un plan de santé publique : c'est un sursis. Tant que les frappes se poursuivent et que les financements manquent, la charge repose sur les épaules des soignants libanais et des rares hôpitaux publics encore ouverts. Protéger la santé des Libanais, c'est protéger le pays lui-même : un peuple qu'on ne soigne plus est un peuple qu'on pousse à partir. Et cela commence par une évidence que l'OMS répète à chaque rapport : la seule issue durable, c'est la fin des hostilités.

Santé publiqueOMSONULiban-Sud
Rédigé par

La rédaction

La rédaction de LibanInfo.fr

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