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Aoun à la Maison-Blanche : le pari libanais sur le désarmement, et pourquoi Beyrouth est divisé

Reçu par Donald Trump le 21 juillet, Joseph Aoun cherche un levier américain pour obtenir un retrait israélien du sud en échange d'une avancée sur les armes du Hezbollah. À Beyrouth, la classe politique se déchire sur l'ordre des priorités, Nabih Berri en tête.

La visite de Joseph Aoun à Washington place le Liban devant un choix qu'il a longtemps différé. Reçu à la Maison-Blanche le 21 juillet 2026 pour son premier tête-à-tête avec Donald Trump depuis son entrée en fonction en janvier 2025, le président libanais y défend un pari : convaincre les États-Unis de peser sur Israël pour obtenir un retrait du sud, en échange d'une avancée sur le dossier le plus explosif du pays, celui des armes du Hezbollah. C'est tout l'enjeu du déplacement, et c'est aussi ce qui divise la classe politique à Beyrouth.

Un déplacement préparé par des semaines de pourparlers

Joseph Aoun a quitté Beyrouth le samedi 18 juillet au matin, selon la présidence libanaise. Son voyage a été précédé d'une séquence diplomatique dense : des pourparlers entre le Liban et Israël, facilités par les États-Unis, se sont achevés à Rome quelques jours plus tôt. À Washington, le chef de l'État a d'abord rencontré le secrétaire d'État américain Marco Rubio au département d'État, avant le sommet prévu à la Maison-Blanche.

Selon le compte rendu publié par le département d'État américain, les deux hommes ont évoqué la mise en œuvre du cadre négocié sous l'égide de Washington. Le secrétaire d'État y a salué le courage du gouvernement libanais et l'effort de l'État pour restaurer sa souveraineté. Aucune décision définitive n'a été annoncée à l'issue de cette étape : l'entretien avec Donald Trump doit fixer le cap.

Ce que le Liban met sur la table

Le déplacement s'inscrit dans le prolongement d'un cadre d'accord conclu au printemps 2026, qui vise à mettre fin aux hostilités le long de la frontière sud, à obtenir le retrait israélien des points encore occupés au Liban et à placer l'ensemble des armes sous l'autorité de l'État. Ce dernier volet vise directement le Hezbollah, seule formation issue de la guerre civile à avoir conservé un arsenal autonome.

La ligne défendue par Joseph Aoun est celle de la coopération plutôt que de la contrainte. Le président, ancien chef de l'armée, a affirmé à plusieurs reprises que le monopole de l'État sur les armes ne pourra se faire ni par la seule pression extérieure ni par la force, mais par le dialogue interne. À Washington, il cherche un levier : que les États-Unis obtiennent d'Israël des gestes concrets, à commencer par un retrait, susceptibles de rendre le débat interne sur le désarmement politiquement praticable à Beyrouth.

Beyrouth divisé sur l'ordre des choses

C'est sur la séquence que les positions libanaises se séparent. Personne, ou presque, ne conteste publiquement l'objectif d'un État souverain ; le désaccord porte sur ce qui doit venir en premier.

Le président de la Chambre, Nabih Berri, figure du tandem chiite et allié du Hezbollah, insiste sur la nécessité d'un retrait israélien complet des territoires occupés comme préalable. Joseph Aoun l'a joint par téléphone avant son départ, signe que la coordination institutionnelle reste un passage obligé sur un dossier aussi sensible. Berri, qui avait porté la négociation du cessez-le-feu de 2024 avec l'appui du Hezbollah, plaide pour que la question des armes ne soit pas dissociée de celle de l'occupation.

Le Hezbollah, de son côté, refuse tout lien entre son arsenal et le retrait israélien : le parti conditionne toute discussion à un retrait préalable et à la fin des frappes, et rejette l'idée d'un désarmement négocié sous pression américaine. À l'autre bord, les Forces libanaises de Samir Geagea défendent la position inverse : aucune stabilité durable n'est possible tant qu'une formation conserve une force militaire indépendante de l'État, et le monopole des armes ne saurait attendre.

Entre ces pôles, la présidence tente de tenir une ligne d'équilibre : avancer sur la souveraineté sans provoquer de rupture interne. C'est la marge étroite dans laquelle Joseph Aoun s'est rendu à Washington.

Un test pour la méthode Aoun

Au-delà du calendrier diplomatique, la visite est un test pour la manière de gouverner du président. Élu en janvier 2025 après plus de deux ans de vacance présidentielle, Joseph Aoun a fait de la restauration de l'autorité de l'État son axe central. Obtenir un résultat tangible à Washington, sans donner à ses adversaires internes le sentiment d'un alignement sur les exigences israéliennes ou américaines, conditionnera sa capacité à faire avancer le dossier au retour. L'entretien du 21 juillet en dira les premiers contours.

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Rédigé par

La rédaction

La rédaction de LibanInfo.fr

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