Aoun au Vatican et à Rome : l'offensive diplomatique pour ne pas laisser le Sud seul
Reçu jeudi 20 août par le pape Léon XIV, puis par les dirigeants italiens, le président libanais joue à Rome une carte décisive : garantir une présence internationale au Liban-Sud avant le retrait annoncé de la FINUL.

Arlington National Cemetery / domaine public (Wikimedia Commons)
Pendant que le Sud subit les frappes, Joseph Aoun porte la cause libanaise à Rome. Le président de la République est reçu jeudi 20 août au Vatican par le pape Léon XIV, puis par les plus hauts dirigeants italiens. Derrière le protocole, un objectif unique et assumé : empêcher que le Liban-Sud ne se retrouve seul, sans garantie internationale, au moment où la Force intérimaire des Nations unies (FINUL) entame le compte à rebours de son retrait. Cette tournée n'est pas une visite de courtoisie. C'est une bataille diplomatique pour la souveraineté et l'intégrité du territoire.
Un troisième passage au Vatican, en pleine guerre
Le Bureau de presse du Saint-Siège a annoncé le 17 août que le chef de l'État libanais arriverait jeudi 20 août à 9h30 au palais apostolique. C'est son troisième déplacement au Vatican depuis son élection en janvier 2025 : il avait assisté à la messe d'installation de Léon XIV, le 18 mai 2025, place Saint-Pierre, avant une audience privée avec le pape le 13 juin suivant. Entre-temps, le souverain pontife s'était rendu au Liban du 30 novembre au 2 décembre 2025, dernière étape de son premier voyage apostolique. En quittant Beyrouth, il avait résumé sa ligne d'une formule restée célèbre : « Les armes tuent, le dialogue construit. »
La rencontre de jeudi se tient dans un tout autre climat. Le sud du pays reste sous le feu israélien : le 15 août, des frappes sur deux villages ont fait au moins onze morts, dont trois enfants, l'attaque la plus meurtrière depuis la trêve du 20 juin. Dans ce contexte, la démarche d'Aoun auprès du pape dépasse le geste religieux : elle vise à mobiliser une autorité morale mondiale au service de l'intégrité d'un territoire menacé.
Rome, pièce maîtresse de l'après-FINUL
La visite ne se limite pas au Saint-Siège. Le président libanais doit aussi s'entretenir avec le président de la République italienne, Sergio Mattarella, et avec la présidente du Conseil, Giorgia Meloni. Selon un responsable libanais cité par l'Agence France-Presse, ces entretiens porteront sur les négociations avec Israël, la situation sécuritaire et l'avenir des forces internationales, à la lumière d'une initiative franco-italienne visant à mettre sur pied un dispositif appelé à prendre le relais de la FINUL.
L'enjeu est concret. Le mandat de la Force intérimaire des Nations unies au Liban s'achève le 31 décembre 2026, avec un retrait étalé sur un an, décidé par le Conseil de sécurité. Beyrouth redoute qu'un départ des Casques bleus n'ouvre un vide sécuritaire au profit d'une occupation prolongée. « Notre premier choix est la prorogation du mandat de la FINUL », déclarait Aoun le 10 août devant des parlementaires. À défaut, Rome apparaît comme un point d'appui : l'Italie, déjà l'un des principaux contributeurs de la FINUL, est pressentie pour diriger le comité de vérification des « zones pilotes » que l'armée libanaise doit reprendre en main dans le Sud.
Le Vatican, allié d'un Liban pluriel
Le choix du Vatican comme première étape n'a rien d'anodin. Le Saint-Siège est l'un des rares acteurs internationaux à défendre sans relâche le modèle libanais de coexistence entre communautés, qu'aucune guerre n'a jamais réussi à effacer. Pour un président qui a fait de la préservation de ce Liban pluriel une priorité, l'appui pontifical vaut caution morale autant que soutien diplomatique. En quittant le Liban fin 2025, Léon XIV avait salué un peuple qui, selon les mots mêmes d'Aoun, « refuse de se rendre ou de mourir » et choisit de résister « par l'amour et la paix ».
Cette diplomatie du verbe a une traduction politique : chaque soutien international arraché renforce la position de Beyrouth face à la pression militaire et aux exigences posées à la table des négociations. Le Vatican ne dispose ni d'armée ni de siège au Conseil de sécurité, mais sa voix pèse dans les capitales et auprès des opinions publiques, en Europe comme au Proche-Orient.
Une diplomatie de survie
La séquence romaine illustre la ligne de Beyrouth depuis le début de la guerre : internationaliser la protection du Sud en multipliant les garants. L'ONU avec la FINUL, la France comme porte-plume historique, l'Italie comme relais possible sur le terrain, le Saint-Siège comme appui moral : le Liban tisse un filet diplomatique pour ne pas affronter seul le rapport de force. Rien n'est acquis, et aucun de ces soutiens ne remplacera un cessez-le-feu durable ni le retrait des forces israéliennes réclamé par Beyrouth. Mais dans une crise où le pays dispose de peu de leviers, la diplomatie reste son arme la plus efficace. Jeudi, à Rome, Joseph Aoun la manie pour un seul objectif : que le Sud, et avec lui l'intégrité du Liban, ne soient jamais laissés sans témoins.

