S'abonner
Actualité· Actualité

À l'ONU, le Liban livre la bataille de l'après-FINUL

Devant la 80e Assemblée générale des Nations unies, Joseph Aoun et Nawaf Salam ont porté la même exigence: éviter un vide sécuritaire au Liban-Sud après la fin programmée de la FINUL en décembre, obtenir le retrait israélien et lancer la reconstruction. Une offensive diplomatique pour transformer une échéance subie en levier.

Position de la FINUL près de Chamaa, au Liban-Sud

Roman Deckert, Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0

Le Liban est arrivé à la 80e Assemblée générale des Nations unies avec un dossier unique et une échéance dans le dos. Le Conseil de sécurité a décidé de mettre un terme, en décembre 2026, au mandat de la Force intérimaire des Nations unies au Liban (FINUL), déployée au Liban-Sud sans interruption depuis 1978. À New York, le président Joseph Aoun et le Premier ministre Nawaf Salam ont fait de cette contrainte le cœur de leur plaidoyer: obtenir que le retrait des Casques bleus ne se traduise pas par un vide sécuritaire au bord de la frontière israélienne.

La thèse portée par Beyrouth est claire. Le Liban ne demande pas le maintien d'une force internationale par confort: il l'exige comme condition d'une souveraineté qu'il cherche à rétablir sur l'ensemble de son territoire. Faute de relais crédible, l'État libanais redoute de se retrouver seul face à une armée israélienne qui occupe encore une bande frontalière, sans les yeux et les liaisons que la FINUL assure depuis près d'un demi-siècle.

Ce qu'a dit Joseph Aoun à la tribune

Dans son discours devant l'Assemblée générale, Joseph Aoun a appelé à la cessation immédiate de ce qu'il a qualifié d'agression israélienne et exigé le retrait total de l'armée israélienne du sud du pays. Le chef de l'État a souligné le rôle de la FINUL pour la stabilité de la zone et remercié le Conseil de sécurité pour son soutien.

Le président libanais a résumé les objectifs sur lesquels, selon lui, l'ensemble des Libanais s'accordent: le retrait israélien, le retour des personnes déplacées, le rapatriement des prisonniers et des dépouilles mortelles, et la reconstruction des régions dévastées. Une manière de replacer le débat sécuritaire dans un cadre national et humanitaire, au-dessus des lignes de fracture internes.

Salam plaide pour une présence internationale au Sud

En parallèle, le Premier ministre Nawaf Salam s'est entretenu avec le secrétaire général des Nations unies, Antonio Guterres. Selon les services du chef du gouvernement, Salam a insisté sur l'importance de maintenir une présence internationale sous égide onusienne au Liban-Sud après le retrait de la FINUL. Il a précisé la fonction attendue de cette présence: surveillance, comptes rendus et liaison, contribution à la stabilité et appui à l'extension de l'autorité de l'État libanais sur tout le territoire.

C'est le nœud du dossier. Le Liban ne réclame pas seulement des soldats, mais un mécanisme international capable de constater et de documenter les incidents le long de la frontière, et de servir d'interlocuteur neutre entre l'armée libanaise et son voisin. Sans ce dispositif, chaque incident risque de dégénérer sans témoin ni canal de désescalade.

La FINUL, un pilier vieux de près de cinquante ans

La FINUL déploie aujourd'hui environ 7 500 Casques bleus, issus d'une cinquantaine de pays, le long de la Ligne bleue de démarcation qui court sur près de 120 kilomètres entre le Liban et Israël. Créée en 1978, elle est l'un des plus anciens dispositifs de maintien de la paix de l'ONU. Sa mission: soutenir le retour de l'autorité de l'État libanais dans le Sud.

La décision de fermer ce mandat en décembre a été prise sous la pression des États-Unis. Elle laisse un calendrier serré et une question ouverte: qui prend le relais, et sous quel statut. Le président Aoun a fait connaître sa préférence pour la prolongation du mandat de la FINUL, qu'il présente comme l'option la plus optimale, tout en se disant ouvert à une nouvelle force, européenne ou autre, pour éviter la rupture.

Paris et Rome en première ligne

La France et l'Italie, deux des principaux pays contributeurs de la FINUL, ont fait savoir qu'elles souhaitaient bâtir une coalition pour préparer la succession. Cet engagement prolonge la séquence diplomatique de septembre, marquée par une réunion à Paris consacrée au renforcement de l'armée libanaise et des forces de sécurité intérieure. Pour Beyrouth, l'implication européenne est un point d'appui: elle donne du poids à la demande libanaise d'un relais international, là où Washington a poussé à la fermeture.

L'équation reste entière. Un déminage diplomatique doit aboutir avant décembre pour qu'un dispositif de remplacement soit en place au moment où les Casques bleus plieront bagage. À la tribune de l'ONU, le Liban a posé ses conditions. Il lui faut désormais transformer un discours en garantie concrète sur le terrain, alors que des centaines de milliers de déplacés attendent toujours de rentrer chez eux.

ONUFINULFrance-LibanDiplomatieLiban-Sud
Rédigé par

La rédaction

La rédaction de LibanInfo.fr

Suivez le lien France–Liban

L'essentiel de l'actualité, de la culture et des rendez-vous, une fois par semaine. Sans spam, désinscription en un clic.

À lire aussi