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Déchets au Liban : le gouvernement adopte six principes pour une stratégie nationale

Réuni au Grand Sérail le 29 octobre 2026, le Conseil des ministres a consacré une séance entière au dossier des déchets et validé une stratégie en six principes, avec un rôle central donné aux municipalités. Reste le plus dur : les deux semaines accordées pour transformer ces principes en plan opérationnel.

Le Grand Sérail à Beyrouth, siège de la présidence du Conseil des ministres libanais.

Pjposullivan1 / Wikimedia Commons, CC BY-SA 2.0

Le Liban traîne la gestion de ses déchets comme une plaie ouverte depuis la crise de 2015, quand des montagnes d'ordures s'étaient entassées dans les rues de Beyrouth et du Mont-Liban. Le 29 octobre 2026, le gouvernement a choisi de traiter le dossier non plus comme une urgence que l'on tamponne, mais comme une politique à reconstruire. Réuni au Grand Sérail sous la présidence du Premier ministre Nawaf Salam, le Conseil des ministres a consacré sa séance hebdomadaire exclusivement à ce sujet et validé une stratégie nationale structurée autour de six principes. L'intention est claire. L'épreuve de vérité, elle, tient dans le délai de deux semaines fixé pour passer des principes aux actes.

Une séance entière pour un seul dossier

La séance a été consacrée au seul dossier des déchets, à l'exclusion de tout autre point à l'ordre du jour, selon le compte rendu officiel diffusé par la présidence du Conseil des ministres. Le ministre de l'Information Paul Morcos, porte-parole du gouvernement, a livré les informations officielles à l'issue de la réunion. Quatre ministres étaient absents : ceux de l'Énergie, des Affaires étrangères, de l'Industrie et de l'Intelligence artificielle.

Le Conseil a entendu un exposé de la ministre de l'Environnement, Tamara el-Zein, sur les réformes structurelles nécessaires pour réactiver la gouvernance du secteur, en assurer la pérennité et attirer l'investissement privé. Parmi ces réformes figurent une loi de recouvrement des coûts, la nomination du conseil d'administration de l'Autorité nationale des déchets solides et l'adoption de la stratégie actualisée. Les présidents du Conseil du développement et de la reconstruction (CDR) et de l'Autorité nationale ont présenté un exposé conjoint.

Six principes pour hiérarchiser le traitement

À l'issue de ces présentations, le Conseil a confirmé six principes de base à appliquer, conformément à la stratégie. Premièrement, réduire et alléger la quantité de déchets produits. Deuxièmement, renforcer le tri à la source en coordination avec les municipalités. Troisièmement, extraire les matières recyclables. Quatrièmement, traiter les déchets organiques par compostage ou séchage. Cinquièmement, produire un combustible de substitution. Sixièmement, éliminer les refus et les matières inertes par enfouissement ou par décomposition thermique destinée à produire de l'énergie, une fois les études nécessaires achevées.

Ce dernier point reste assorti de réserves explicites : le Conseil demande de tenir compte de la faisabilité environnementale, économique et financière, en particulier du traitement des cendres volantes et du coût de production de l'énergie. Autrement dit, l'incinération-valorisation n'est pas tranchée, mais conditionnée à des études préalables. La logique d'ensemble est celle d'une pyramide classique de gestion des déchets, où l'enfouissement n'intervient qu'en dernier recours.

Décentralisation et partenariats public-privé

Sur le plan de l'organisation, le Conseil a posé que le traitement national des déchets doit reposer sur le principe de décentralisation, en consacrant un rôle central aux municipalités, en coordination, en concertation et en coopération avec l'Autorité nationale des déchets solides. Ce choix renoue avec une orientation déjà défendue par le passé : confier la gestion aux collectivités locales plutôt qu'à un dispositif centralisé et opaque.

Le gouvernement a également appelé à encourager le traitement via des formules de partenariat entre les secteurs public et privé, et en particulier le schéma de construction-exploitation-transfert (BOT). L'argument avancé est budgétaire : ce modèle ne fait peser aucune charge d'investissement sur l'État, exsangue depuis l'effondrement financier de 2019. Pour un pays sans marge de manœuvre budgétaire, la question du financement n'est pas un détail technique : c'est la condition même de l'exécution.

Deux semaines pour passer des principes aux actes

Un cadre validé n'est pas encore un plan opérationnel. Le Conseil l'a lui-même reconnu en demandant aux ministres concernés, au CDR et à l'Autorité nationale de revenir, dans un délai maximal de deux semaines, avec des propositions concrètes, en vue d'une seconde séance destinée à examiner les solutions aux problèmes que connaissent déjà certaines régions.

C'est là que se jouera la crédibilité de l'exercice. Depuis 2015, le Liban a vu passer plans, commissions et annonces sans que la question des sites de traitement et de l'enfouissement soit durablement réglée. La nouveauté de 2026 n'est pas dans l'énoncé des principes, largement conformes aux standards internationaux, mais dans la méthode : une séance dédiée, une stratégie formalisée et un calendrier court. Si les propositions concrètes suivent et si l'Autorité nationale obtient enfin un conseil d'administration opérationnel, le dossier aura changé de nature. Sinon, il rejoindra la longue liste des stratégies restées sur le papier.

LibanEnvironnementGouvernementDéchetsNawaf Salam
Rédigé par

La rédaction

La rédaction de LibanInfo.fr

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