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Actualité· Analyse

Soutien à l'armée libanaise : Paris tient sa feuille de route, le retrait israélien reste le verrou

La réunion de Paris du 17 septembre s'est close sur la satisfaction affichée de Joseph Aoun et un livrable concret : une feuille de route pour le déploiement de l'armée libanaise. Mais le vrai obstacle n'est pas la capacité militaire du Liban. C'est la condition ouverte posée par Israël à son retrait du Sud, alors que ses frappes continuent.

Des soldats des Forces armées libanaises, au cœur du plan de déploiement discuté à Paris le 17 septembre 2026

Giorgio Montersino, Wikimedia Commons, CC BY-SA 2.0

La journée de travail organisée jeudi 17 septembre à l'Élysée s'est achevée sur un communiqué de satisfaction de la présidence libanaise et une photographie diplomatique : Emmanuel Macron entouré du président libanais Joseph Aoun et du roi Abdallah II de Jordanie. Derrière l'image, un livrable réel. La réunion a produit ce que Paris cherchait depuis des semaines : une feuille de route technique pour redonner à l'armée libanaise les moyens de se déployer sur tout le territoire national. Mais cette avancée bute sur un obstacle que nul plan de déploiement ne peut lever seul : la condition posée par Israël à son retrait du Liban-Sud.

Ce que la réunion a produit

Les trois dirigeants se sont d'abord entretenus, avant d'ouvrir une réunion qualifiée d'opérationnelle par l'Élysée, rassemblant les chefs d'état-major français, britannique, italien, jordanien et libanais, ainsi que de hauts responsables américains et saoudiens. L'objectif affiché : examiner le plan de déploiement des Forces armées libanaises selon un plan que la présidence française a décrit comme clair, crédible et réaliste.

Le raisonnement de Paris est séquentiel. Clarifier d'abord le contexte d'opération, les paramètres et les modalités de l'action de l'armée libanaise. En faire ensuite le préalable à un soutien de la communauté internationale que l'Élysée veut robuste et opérationnel, sous trois formes : aide financière, équipement, formation. Une source militaire française a résumé l'enjeu de la journée : évaluer ensemble ce dont les Forces armées libanaises ont besoin. À l'issue, Joseph Aoun a fait part de sa profonde satisfaction quant à l'avancée des discussions, selon un communiqué de la présidence libanaise.

Deux chantiers institutionnels avancent en parallèle. D'une part, une initiative franco-italienne, lancée par Emmanuel Macron et la présidente du Conseil italien Giorgia Meloni, sur l'après-FINUL. L'Italie est le premier pays contributeur en troupes à la force onusienne. D'autre part, le président libanais a fait état de progrès dans l'élaboration de propositions au Conseil de sécurité concernant l'avenir de la présence internationale dans le sud du Liban.

Le verrou reste le retrait israélien

La feuille de route répond à une faiblesse réelle : sous-payée et mal équipée, l'armée libanaise a la lourde tâche de se déployer à la frontière une fois le retrait des troupes israéliennes achevé. Mais c'est précisément là que le processus se grippe. Israël a prévenu qu'il resterait dans le sud du Liban tant que perdureraient des menaces sur sa sécurité. Une condition sans échéance, laissée à sa seule appréciation, qui prive de calendrier tout le dispositif construit à Paris.

Cette condition n'est pas théorique. Selon la présidence libanaise, les deux présidents ont évoqué la situation au Liban alors que les attaques israéliennes se poursuivent contre des localités et des villages libanais. Un plan de déploiement, aussi solide soit-il, ne vaut rien tant que la contrepartie fixe une condition ouverte à son propre retrait et continue de frapper le territoire où l'armée libanaise est censée prendre position. Le problème n'est pas la volonté ni les capacités du Liban à reconstruire. Il est politique, et il se joue entre Beyrouth, Washington et le Sud occupé.

Le président libanais a maintenu sa ligne : parvenir à un accord de sécurité avec Israël une fois l'armée israélienne retirée du sud, et désarmer le Hezbollah, mais sans confrontation. Ces attaques, a-t-il indiqué, doivent cesser dans le cadre des négociations libano-américano-israéliennes et de l'accord-cadre qui en est issu. La séquence libanaise est claire : retrait d'abord, puis souveraineté pleine de l'État sur ses armes et sa frontière.

Le calendrier se resserre

Le temps joue contre Beyrouth. Le mandat de la FINUL, déployée au Liban depuis 1978, arrive à échéance en décembre, et le retrait de ses troupes est prévu à partir de janvier. Dans un entretien à l'AFP en début de semaine, Joseph Aoun avait plaidé pour le déploiement d'une nouvelle force, européenne ou autre, afin d'éviter un vide sécuritaire au moment où l'armée libanaise n'est pas encore en mesure de tenir seule l'ensemble du Sud.

La séquence diplomatique va s'accélérer. La situation du Liban figurera parmi les sujets centraux de l'Assemblée générale des Nations unies, la semaine prochaine à New York. Joseph Aoun a par ailleurs insisté sur l'importance d'organiser une conférence sur la reconstruction du pays, qu'Emmanuel Macron souhaitait tenir en parallèle de la conférence de soutien à l'armée. Selon le Quai d'Orsay, cette dernière se tiendra quand les conditions seront réunies : les deux rendez-vous, reportés sine die après le déclenchement de la guerre au printemps, restent suspendus à l'évolution du terrain.

Ce que Paris a changé, et ce qui reste hors de portée

La réunion du 17 septembre a fait passer le dossier d'une intention à un plan. C'est un acquis pour le Liban : la communauté internationale s'organise pour armer l'État, pas pour le contourner, et la France cherche à rester le point de coordination face au canal américain. Mais Paris ne détient pas la clé du verrou. Tant qu'Israël conditionnera son retrait à une sécurité qu'il définit seul, et tant que ses frappes se poursuivront, la feuille de route restera une promesse sur le papier. Le prochain test n'est pas militaire ni financier. Il est diplomatique, et il commence à New York.

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Rédigé par

La rédaction

La rédaction de LibanInfo.fr

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