Beyrouth Livres 2026 : la francophonie entre dans le grand Salon arabe du livre
Du 9 au 18 octobre, la quatrième édition de Beyrouth Livres quitte son format isolé pour se loger au cœur du Salon arabe et international du livre, au Seaside Arena. Un geste qui dit l'essentiel : au Liban, la langue française n'est pas une relique, c'est un pont que le pays choisit de garder ouvert.

Vyacheslav Argenberg / vascoplanet.com, Wikimedia Commons, CC BY 4.0
Il y a des pays qui, quand tout vacille, s'accrochent à ce qu'ils savent faire de mieux. Le Liban sait faire des livres. Du 9 au 18 octobre 2026, Beyrouth renoue avec cette vieille identité de capitale régionale de l'édition, et elle le fait cette année par un geste qui n'a rien d'anodin : la francophonie sort de son coin pour entrer dans la grande maison commune du livre.
La quatrième édition de Beyrouth Livres, le festival organisé par l'Institut français du Liban avec l'Institut français du Proche-Orient, ne se tient plus à part. Elle se loge au Seaside Arena, sur le front de mer de la capitale, à l'intérieur même du Salon arabe et international du livre de Beyrouth. Francophones et arabophones sous un même toit : la symbolique est forte dans un pays où les langues racontent, depuis toujours, un rapport au monde autant qu'une histoire intime.
Un festival francophone logé dans le grand Salon arabe
Jusqu'ici, le rendez-vous francophone vivait sa vie à côté du grand Salon arabe. En s'installant dans la même enceinte, Beyrouth Livres acte une évidence que la ville portait sans toujours l'assumer : à Beyrouth, le français et l'arabe ne se disputent pas le lecteur, ils se le partagent. On passe d'un stand à l'autre, d'une langue à l'autre, sans frontière et sans hiérarchie. C'est exactement l'image que le Liban devrait projeter de lui-même, et que les années de crise avaient fini par brouiller.
Le choix du lieu n'est pas neutre non plus. Le Seaside Arena, sur le port, est à quelques centaines de mètres de l'épicentre de la double explosion du 4 août 2020, qui avait ravagé une partie du front de mer et des quartiers d'édition et de culture de la ville. Y réinstaller la plus grande fête du livre du pays, c'est une manière discrète de dire que Beyrouth ne déserte pas ses lieux blessés.
Quarante auteurs, trois langues, cinq villes
Selon la programmation de l'Institut français du Liban, plus de 40 auteurs, autrices, illustrateurs et artistes venus de 9 pays sont attendus pendant dix jours. Romans, récits, poésie, bande dessinée, essais, littérature jeunesse : les genres se croisent au fil de rencontres, de tables rondes, de dédicaces, d'expositions, de lectures musicales et de soirées de poésie, en français, en arabe et en anglais. L'entrée est libre et gratuite, dans la limite des places disponibles.
Le festival ne s'enferme pas dans Beyrouth. Des rendez-vous sont programmés à Jounieh, Deir el-Qamar, Saïda, Tripoli et Zahlé, en appui sur le réseau des antennes régionales de l'Institut français. C'est un détail qui compte : décentraliser la culture, c'est refuser que la vie de l'esprit se résume à un ou deux quartiers de la capitale. Dans un Liban où le Sud et le Nord se sentent souvent oubliés, faire voyager les auteurs jusqu'à Saïda ou Tripoli n'est pas qu'un geste logistique.
La francophonie comme pont, pas comme nostalgie
On réduit trop souvent le français au Liban à un héritage, une habitude de vieille bourgeoisie ou un vestige du mandat. C'est une lecture paresseuse. Le Liban reste l'un des grands foyers de la littérature francophone contemporaine : des voix comme celles de Charif Majdalani, Dominique Eddé, Alexandre Najjar, Joumana Haddad ou, plus récemment, Manal Salamé, écrivent le pays en français sans cesser une seconde d'être libanaises. La programmation 2026 les réunit avec des auteurs français et méditerranéens, placée sous le signe des rives partagées de la Méditerranée.
Pour un pays qui exporte ses enfants par vagues entières, cette langue est aussi une corde tendue vers la diaspora. Un roman libanais écrit en français se lit à Paris, à Montréal, à Dakar et à Abidjan sans traduction. C'est un canal d'influence que peu de petits pays possèdent, et que le Liban aurait tort de laisser s'étioler. Garder le livre vivant, garder les deux langues côte à côte, c'est tenir l'une des dernières infrastructures que la crise n'a pas réussi à détruire : celle de l'imaginaire.
Reste une évidence : un salon du livre ne reconstruit pas un État. Mais il rappelle, le temps de dix jours, ce que le Liban a toujours su offrir au-delà de ses malheurs, des récits, une langue, une place dans la conversation du monde. Cette année, il suffira de pousser une seule porte, au bord de la mer, pour les retrouver tous au même endroit.


