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Culture· Portrait

Nadine Labaki, la cinéaste qui a porté le Liban réel jusqu'aux Oscars

Formée à Beyrouth et nulle part ailleurs, Nadine Labaki a imposé sur les plus grandes scènes du cinéma mondial un Liban qui n'est ni la carte postale ni le champ de ruines des bulletins d'information. Première réalisatrice arabe nommée à l'Oscar, elle filme les oubliés et refuse les clivages confessionnels.

La cinéaste libanaise Nadine Labaki au Festival de Cannes en 2019

Georges Biard / Wikimedia Commons, CC BY-SA 3.0

Il y a des pays qui se font connaître par leurs guerres, et d'autres par les récits qu'ils en tirent. Depuis vingt ans, Nadine Labaki s'obstine à faire du Liban le second. De Cannes aux Oscars, elle a imposé à la planète cinéma un Liban à hauteur d'habitants, celui des salons de coiffure, des villages de montagne et des enfants des rues de Beyrouth, loin de la carte postale touristique comme du champ de ruines des journaux télévisés. Sa thèse tient en une image obstinée : un pays qui s'effondre peut encore produire de la dignité et la montrer au monde entier.

Une cinéaste formée au Liban, et nulle part ailleurs

Nadine Labaki naît le 18 février 1974 à Baabdat, dans la montagne libanaise, dans une famille maronite. Elle grandit pendant la guerre civile, qui ravage son pays jusqu'en 1990. Là où tant de talents libanais partent se former dans les écoles de Paris, Londres ou New York, elle fait tout l'inverse : elle décroche son diplôme en études audiovisuelles à l'Université Saint-Joseph de Beyrouth, l'école de cinéma née de la coopération franco-libanaise. Son film de fin d'études, 11 Rue Pasteur, réalisé en 1997, lui vaut le prix du meilleur court métrage à la Biennale des cinémas arabes de l'Institut du monde arabe, à Paris.

Le détail n'est pas anecdotique : parmi les cinéastes libanais et arabes de sa génération, Labaki est l'une des très rares à n'avoir jamais été formée à l'étranger. Son regard sur le Liban n'est pas celui d'une exilée qui revient, mais celui d'une femme qui n'est jamais vraiment partie. C'est cette intimité avec le terrain qui donne à ses films leur justesse.

Caramel : le Liban du quotidien, pas celui des communiqués

En 2007, son premier long métrage, Caramel, est présenté au Festival de Cannes. L'action se déroule dans un salon de beauté de Beyrouth où se croisent cinq femmes, leurs amours, leurs secrets et leurs renoncements. Pas un mot sur la politique, pas une image de milice : Labaki choisit délibérément de filmer un Liban ordinaire, pudique et drôle, que l'étranger ne soupçonne pas. Le film, qu'elle coécrit, réalise et dans lequel elle joue, est vendu dans des dizaines de pays et révèle une autrice qui place les femmes libanaises au centre du cadre. La même année, elle épouse le compositeur Khaled Mouzanar, qui signera la musique de tous ses films.

Et maintenant on va où ? : le refus du confessionnalisme

En 2011, Labaki revient à Cannes avec Et maintenant on va où ?, présenté dans la sélection Un Certain Regard. Le film raconte l'histoire des femmes d'un village libanais isolé, chrétiennes et musulmanes confondues, qui rivalisent de ruses pour empêcher leurs hommes de se laisser entraîner dans la spirale des violences confessionnelles. Fable tendre et grave, le film est récompensé par le prix du public au Festival international du film de Toronto la même année.

Le propos est au cœur de ce que le Liban a de meilleur à dire sur lui-même : refuser que la religion devienne une ligne de front. Labaki ne prend parti pour aucune communauté ; elle filme leur destin commun. C'est un cinéma profondément libanais précisément parce qu'il refuse de choisir un camp, à l'image d'un pays dont l'unité est l'enjeu permanent.

Capharnaüm : les invisibles de Beyrouth, de Cannes aux Oscars

En 2018, Capharnaüm marque le sommet de son parcours. Le film suit Zain, un garçon des bas quartiers de Beyrouth qui intente un procès à ses parents pour l'avoir mis au monde dans un monde de misère. Pour l'incarner, Labaki ne fait pas appel à des acteurs professionnels mais à des enfants et des adultes dont la vie ressemble à celle de leurs personnages. Le résultat est un électrochoc.

À Cannes, Capharnaüm remporte le prix du jury. Le film est ensuite nommé au Golden Globe et à l'Oscar du meilleur film en langue étrangère : Nadine Labaki devient la première femme réalisatrice arabe nommée dans cette catégorie à la cérémonie des Oscars. Un pays rayé des écrans mondiaux pour ses crises se retrouve, par la voix d'une de ses filles, sur le tapis rouge de Los Angeles pour parler du sort de ses enfants les plus pauvres.

Une ambassadrice qui ne trahit jamais

Nadine Labaki n'a jamais échangé son regard libanais contre un passeport pour le succès. Là où l'exportation d'un talent rime souvent avec l'effacement de ses origines, elle a fait du Liban sa matière première et son horizon. Pour un pays dont l'État défaille et dont la jeunesse part, elle rappelle une vérité que les chiffres de l'émigration font oublier : le Liban continue d'exporter autre chose que ses forces vives, il exporte des récits, une langue, une manière de regarder le monde. C'est cette diplomatie-là, celle des images, que l'on ne retrouve pas dans les budgets de l'État et qui pèse pourtant lourd dans la balance de son influence.

Questions fréquentes

Qui est Nadine Labaki ?

Nadine Labaki est une réalisatrice et actrice libanaise née le 18 février 1974 à Baabdat, dans la montagne libanaise. Diplômée de l'Université Saint-Joseph de Beyrouth, elle est l'auteure des films Caramel (2007), Et maintenant on va où ? (2011) et Capharnaüm (2018).

Pourquoi Capharnaüm est-il un film important ?

Présenté au Festival de Cannes en 2018, où il a reçu le prix du jury, Capharnaüm a été nommé au Golden Globe et à l'Oscar du meilleur film en langue étrangère. Avec cette nomination, Nadine Labaki est devenue la première femme réalisatrice arabe nommée dans cette catégorie aux Oscars.

De quoi parle Et maintenant on va où ?

Sorti en 2011, le film met en scène les femmes d'un village libanais, chrétiennes et musulmanes, qui s'allient pour empêcher leurs hommes de basculer dans les violences confessionnelles. Il a reçu le prix du public au Festival international du film de Toronto.

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Rédigé par

La rédaction

La rédaction de LibanInfo.fr

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