Chadi Mansour relance le débat sur la gauche au Liban et dans le monde
Avec « Les mutations de la gauche au Liban et dans le monde », paru en arabe en 2026 aux éditions Dar Zamakan, l'éditeur et essayiste Chadi Mansour propose une traversée de l'histoire de la gauche, du marxisme révolutionnaire au néolibéralisme. Son point de départ est libanais, sa question universelle : pourquoi la gauche a-t-elle perdu ceux qu'elle prétendait représenter, et comment peut-elle renaître ?

Photo transmise à la rédaction
Le mot « gauche » est devenu, au Liban comme ailleurs, une étiquette que l'on brandit plus qu'on ne la définit. C'est précisément ce flou que s'emploie à dissiper Chadi Mansour dans son nouvel essai, « Les mutations de la gauche au Liban et dans le monde : du marxisme et de la révolution au néolibéralisme et à la recherche d'une nouvelle gauche », paru en arabe en 2026 aux éditions Dar Zamakan. Un livre qui ne se contente pas de raconter des défaites : il cherche à comprendre pourquoi elles ont eu lieu, pour en tirer des questions d'avenir.
Un éditeur au cœur du débat d'idées
Chadi Mansour n'est pas un nouveau venu dans la vie intellectuelle libanaise. Il a fondé Dar Zamakan, maison d'édition beyrouthine, et dirige deux revues qui en émanent : Al-Bu'd al-Khamis, consacrée à la culture, et Politika, tournée vers l'analyse politique. Il a également cosigné avec Abdel Halim Hammoud « Al-Sadr, la magie au-delà de l'absence », une enquête sur les traces de l'imam Moussa Sadr. Installé entre Paris et Beyrouth, selon sa présentation publique, il incarne ce lien entre le Liban et sa diaspora intellectuelle qui continue de nourrir le débat d'idées en langue arabe.
La gauche, une famille plutôt qu'un dogme
Le premier mérite du livre, tel qu'il a été présenté dans la presse culturelle libanaise fin octobre, est pédagogique. Chadi Mansour s'adresse au lecteur non spécialiste et refuse de réduire la gauche à Marx ou à l'expérience soviétique. Il la décrit comme une vaste famille d'idées et de mouvements : courants socialistes, communistes, syndicalistes, sociaux-démocrates, mouvements de libération nationale et écologistes. Certains sont nés avant Marx, d'autres se sont développés après la chute de l'Union soviétique.
Le choix de méthode est assumé : l'auteur entre dans l'histoire mondiale de la gauche par la porte libanaise. Il relie la naissance de la gauche au Liban aux transformations de l'économie du pays après la création de l'État moderne, à l'essor du salariat et aux inégalités sociales et régionales. Il retrace les luttes des paysans, des ouvriers et des étudiants, les grandes grèves, mais aussi le rayonnement de cette gauche dans la presse, la traduction et les arts.
Le confessionnalisme comme système
Le livre s'appuie sur l'héritage du penseur marxiste libanais Hassan Hamdan, plus connu sous le nom de Mahdi Amel. Avec lui, Chadi Mansour conteste l'idée selon laquelle le confessionnalisme ne serait qu'un vestige appelé à disparaître de lui-même avec la modernisation et l'école. Il y voit au contraire un mécanisme intégré au fonctionnement de l'économie, qui reproduit les privilèges et freine l'émergence de solidarités sociales transversales.
Dans cette lecture, la guerre civile de 1975 à 1990 a joué un rôle décisif en poussant les classes populaires vers des alignements communautaires plutôt que vers des solidarités sociales. L'auteur avance aussi une explication du recul de la gauche face aux mouvements de l'islam politique : ces derniers ont su offrir des réseaux de protection, des services et des institutions sociales là où l'État faisait défaut. Une thèse qui appartient à l'auteur et qui ouvrira, à n'en pas douter, la discussion.
De 2019 à la « troisième voie »
Pour la période d'après-guerre, Chadi Mansour décrit une vie politique dominée par les débats sur la souveraineté, au détriment de la question économique : salaires rongés par l'inflation, poids du secteur bancaire et financier. Selon lui, la révolte d'octobre 2019, survenue au moment de l'effondrement financier, a remis les questions sociales au premier plan, sans que la gauche traditionnelle parvienne à transformer cette dynamique en projet politique.
L'essai élargit ensuite le regard. Il revient sur les expériences de pouvoir qui ont mêlé progrès dans l'éducation, la santé ou la nationalisation des ressources et dérives bureaucratiques et autoritaires. Il critique aussi une partie de la gauche européenne, accusée d'avoir glissé vers la gestion du marché sous la bannière de la « troisième voie », jusqu'à se confondre avec la droite classique.
Plaidoyer pour une gauche renouvelée
La conclusion regarde vers l'avant. Chadi Mansour appelle la gauche à prendre la mesure des transformations du travail : éclatement de la classe ouvrière traditionnelle, emplois précaires, métiers du soin, économie des plateformes numériques. Il met en garde contre un modèle d'organisation resté figé à l'ère industrielle, et contre une gauche intellectuelle coupée du terrain, qui laisse la colère sociale aux populismes.
Que l'on partage ou non ses conclusions, le livre a une vertu rare dans un paysage saturé de polémiques : il prend le temps de l'histoire. En partant du Liban pour parler au monde, Chadi Mansour rappelle que ce pays reste un laboratoire d'idées, et que ses penseurs, à Beyrouth comme dans la diaspora, n'ont pas renoncé à interroger l'avenir.
Questions fréquentes
Quel est le nouveau livre de Chadi Mansour ?
« Les mutations de la gauche au Liban et dans le monde : du marxisme et de la révolution au néolibéralisme et à la recherche d'une nouvelle gauche », essai publié en arabe en 2026 aux éditions Dar Zamakan, à Beyrouth.
Qui est Chadi Mansour ?
Chadi Mansour est un éditeur et essayiste libanais, fondateur de la maison d'édition Dar Zamakan et directeur des revues Al-Bu'd al-Khamis et Politika. Il est aussi le coauteur, avec Abdel Halim Hammoud, d'un livre consacré à l'imam Moussa Sadr.
Le livre est-il traduit en français ?
Le livre est paru en arabe. À notre connaissance, aucune traduction française n'a été annoncée à ce jour.
Sources
- Éditions Dar Zamakan (Beyrouth) : catalogue et présentation de l'auteur.
- Recension de l'ouvrage parue dans la presse culturelle libanaise, 24 octobre 2026.
- Présentation publique de Chadi Mansour.


