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Culture· Patrimoine

Le vin du Liban : de la Phénicie à la Bekaa, l'un des plus anciens vignobles du monde

Le Liban n'a pas attendu la modernité pour faire du vin. Des pressoirs phéniciens aux domaines de la Bekaa qui exportent dans une trentaine de pays, le vin est l'un des rares savoir-faire libanais qui n'ait jamais cessé, ni sous les empires, ni pendant la guerre, ni durant l'effondrement économique. C'est aussi, discrètement, l'un des meilleurs ambassadeurs du pays.

Le domaine du Château Ksara dans la plaine de la Bekaa, près de Zahlé

Château Ksara / Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0

Le Liban n'a pas attendu la modernité pour faire du vin : il compte parmi les tout premiers foyers viticoles de l'histoire. Des Phéniciens qui pressaient le raisin il y a plus de deux mille cinq cents ans aux domaines de la Bekaa qui exportent aujourd'hui dans une trentaine de pays, le vin est l'un des rares savoir-faire du pays qui n'ait jamais vraiment cessé. Il a traversé les empires, la guerre civile et l'effondrement économique. À bas bruit, il est devenu l'une des vitrines les plus efficaces du Liban à l'étranger.

Un savoir-faire vieux de plusieurs millénaires

La preuve la plus ancienne remonte loin. Sur le site de Tell el-Burak, à quelques kilomètres au sud de Saïda, une équipe d'archéologues de l'Université américaine de Beyrouth et d'universités allemandes a mis au jour le premier pressoir à vin de l'âge du fer connu au Liban, et le plus ancien identifié en Phénicie méridionale. Daté du VIIe siècle avant notre ère, il témoigne d'une production organisée, à échelle quasi industrielle pour l'époque. L'étude, publiée en 2020 dans la revue Antiquity, montre que les Phéniciens maîtrisaient déjà l'enduit de chaux pour étanchéifier leurs cuves.

Ce n'est pas un hasard. Les Phéniciens, marins et marchands, ont largement contribué à diffuser la vigne et le vin dans tout le bassin méditerranéen. Le vin est ancré si profondément dans la culture de la région que Baalbek, dans la Bekaa, abrite l'un des plus grands temples de l'Antiquité dédié à Bacchus, dieu du vin. Plus tard, sous l'Empire ottoman, la production s'est en grande partie repliée sur les monastères et l'Église, qui avaient besoin de vin pour la communion.

1857 : les jésuites de Ksara et le vin moderne

Le vin libanais tel qu'on le connaît aujourd'hui naît au milieu du XIXe siècle. En 1857, à la fin de l'ère ottomane, des pères jésuites installés près de Zahlé, dans la Bekaa, fondent ce qui deviendra le Château Ksara, aujourd'hui le plus ancien domaine viticole encore en activité du pays. Venus pour prêcher, ces missionnaires cultivaient aussi la terre : ils introduisent des techniques de vinification modernes et creusent de vastes caves dans la roche.

C'est là que se noue l'un des fils les plus tenaces du lien franco-libanais. Le vignoble libanais s'est largement construit autour de cépages français, cinsault, carignan, grenache, syrah ou cabernet sauvignon, et la France est restée, des décennies durant, à la fois un modèle technique et un débouché commercial de premier plan. À côté de ces cépages importés subsistent des variétés autochtones, l'obeidi et le merwah, longtemps utilisées pour distiller l'arak, l'alcool anisé national.

La Bekaa, cœur du vignoble

Le vignoble libanais couvre environ 3 000 hectares, concentrés pour près de 60 % dans la plaine de la Bekaa. L'altitude, souvent supérieure à 900 mètres, et un climat marqué par des étés secs et ensoleillés offrent des conditions recherchées : la région de Zahlé est réputée depuis des générations pour la qualité de son raisin. Quelques domaines se sont aussi implantés plus au nord, du côté de Batroun, diversifiant peu à peu la carte viticole du pays.

Cette géographie a un avantage stratégique. Le cœur historique du vignoble se situe loin des zones les plus exposées du Liban-Sud, ce qui a permis à la filière de continuer à produire là où d'autres secteurs se sont effondrés.

Un secteur tourné vers l'export

Pour peser à l'international, les producteurs se sont organisés. L'Union vinicole du Liban (UVL) a été fondée en 1997, un an après l'adhésion du pays à l'Organisation internationale de la vigne et du vin. À ses débuts, elle réunissait quatre membres fondateurs, les châteaux Musar, Kefraya, Ksara et Nakad, sous la présidence de Serge Hochar, figure emblématique du vin libanais. Sa mission : porter la voix des producteurs et défendre l'image du Liban comme pays viticole sur les marchés étrangers, notamment dans l'Union européenne, aux États-Unis et au Canada.

Aujourd'hui, une cinquantaine de domaines sont en activité. La production se situe de l'ordre de 9 à 10 millions de bouteilles par an, un volume modeste à l'échelle mondiale mais dont près de la moitié part à l'export, vers une trentaine de pays. La France et le Royaume-Uni figurent parmi les tout premiers débouchés. Pour un pays privé de la plupart de ses sources de devises, ce commerce représente une rentrée en monnaie forte et, tout aussi précieux, une image de marque positive.

Un patrimoine qui a tenu bon

La force du vin libanais tient à sa résilience. Pendant la guerre civile, certains domaines de la Bekaa ont continué à vendanger sous les bombes, faisant de la persévérance une part de leur légende. Depuis 2019, la filière encaisse l'effondrement de la monnaie, la fuite des compétences et l'instabilité sécuritaire, sans cesser de produire ni d'exporter.

Au-delà de l'économie, le vin est un instrument d'influence. Chaque bouteille libanaise ouverte à Londres, Paris ou Montréal raconte une histoire : celle d'un pays de vignerons depuis l'Antiquité, capable de rivaliser en qualité malgré l'adversité. Pour un Liban qui peine à faire entendre sa voix, c'est un actif rare, à la fois économique et culturel, qui mériterait d'être défendu comme un patrimoine national à part entière.

VinPatrimoineBekaaÉconomieFrance-Liban
Rédigé par

La rédaction

La rédaction de LibanInfo.fr

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