Charif Majdalani, le romancier qui fait vivre le Liban dans la langue française
Né à Beyrouth, exilé puis revenu, Charif Majdalani a bâti une oeuvre qui installe le Liban au coeur de la littérature de langue française. Figure de la diaspora intellectuelle, il incarne un atout souverain souvent sous-estimé : la capacité du pays à peser sur le monde par ses plumes.

Charif Majdalani via Wikimedia Commons, licence CC0
La littérature libanaise de langue française n'est pas une curiosité d'ancien mandat. C'est un canal d'influence vivant, et Charif Majdalani en est l'un des visages les plus accomplis. En une poignée de romans traduits dans plus d'une dizaine de langues, cet écrivain beyrouthin a imposé une voix qui raconte le Liban, ses familles, ses montagnes et ses effondrements, dans la langue de Moliere. C'est la thèse que ce portrait défend : la diaspora intellectuelle n'est pas une perte sèche pour le Liban, c'est un prolongement de sa souveraineté culturelle, une manière de rester présent dans les esprits quand l'État vacille.
Un Beyrouthin passé par l'exil
Charif Majdalani naît à Beyrouth en 1960. En 1980, en pleine guerre civile, il quitte le Liban pour la France et étudie les lettres modernes à Aix-en-Provence, où il soutient en 1993 une thèse consacrée à Antonin Artaud. Son parcours est celui d'une génération entière de Libanais partis se former à l'étranger, non par choix de rupture mais parce que le pays brûlait.
La différence tient à ce qui suit : en 1999, Majdalani revient. Il enseigne à l'Université Saint-Joseph de Beyrouth, l'institution jésuite francophone fondée en 1875, et dirige son département de lettres françaises. Le retour est un acte. Beaucoup d'émigrés libanais réussissent ailleurs ; lui choisit de réinvestir le pays et d'y ancrer une oeuvre.
Une oeuvre qui raconte le Liban
Son premier roman, Histoire de la grande maison, paraît au Seuil en 2005 et reçoit le prix Phénix. Suit Caravansérail (2007), couronné par le prix Tropiques et le prix François-Mauriac de l'Académie française. Villa des femmes (2015) obtient le prix Jean-Giono. Ces récits, souvent construits autour de sagas familiales et de la montagne libanaise, donnent à lire une société, ses hiérarchies et ses mutations, sans nostalgie facile ni folklore.
En 2020, après la double onde de choc de l'effondrement économique et de l'explosion du port de Beyrouth, Majdalani publie Beyrouth 2020 : journal d'un effondrement. Le livre, tenu au jour le jour, obtient le prix spécial du jury du Femina. Rarement un texte aura mis des mots aussi justes sur ce que vit un pays qui se défait. L'écrivain y est à la fois témoin et citoyen, deux rôles qu'il n'a jamais séparés.
Une voix publique, un rôle d'ancrage
Au-delà des romans, Charif Majdalani tient une chronique dans le quotidien français La Croix et préside la Maison internationale des écrivains à Beyrouth, structure qui fait dialoguer auteurs libanais et étrangers. Il reste une présence régulière des rendez-vous littéraires francophones de la capitale. Cette activité compte autant que l'oeuvre : elle entretient un écosystème, forme des lecteurs, maintient Beyrouth sur la carte des lettres.
Pourquoi ce parcours est un atout pour le Liban
On parle souvent de la diaspora libanaise par ses chiffres économiques, par les transferts de fonds qui tiennent l'économie. On oublie sa dimension immatérielle. Des écrivains comme Charif Majdalani font exister le Liban dans le débat culturel mondial, dans les jurys, les traductions, les programmes universitaires. C'est une influence qui ne figure dans aucun bilan comptable mais qui façonne la manière dont le monde regarde le pays.
À l'heure où le Liban cherche des leviers de reconstruction, cette autorité culturelle est un capital. Elle ne remplace ni les réformes ni la souveraineté sur le terrain, mais elle rappelle une évidence : un petit pays peut peser lourd par ce qu'il produit de plus durable, sa langue, ses livres, ses voix.
Questions fréquentes
Qui est Charif Majdalani ? Un romancier libanais de langue française, né à Beyrouth en 1960, longtemps professeur de lettres françaises à l'Université Saint-Joseph de Beyrouth.
Quels sont ses livres les plus connus ? Histoire de la grande maison (2005), Caravansérail (2007), Villa des femmes (2015) et Beyrouth 2020 : journal d'un effondrement (2020).
Quels prix a-t-il reçus ? Notamment le prix Phénix, le prix Tropiques, le prix François-Mauriac de l'Académie française, le prix Jean-Giono et le prix spécial du jury du Femina 2020.

