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Diaspora· Diaspora

Diaspora libanaise en Belgique : une communauté discrète, du diamant d'Anvers au cœur de l'Europe

Petite par le nombre, la communauté libanaise de Belgique compense par le placement. Enracinée depuis les années 1930, présente dans le négoce du diamant à Anvers et installée dans la capitale même de l'Union européenne, elle constitue pour le Liban un point d'appui discret mais stratégique au cœur du continent.

La Hoveniersstraat, artère du quartier du diamant d'Anvers, où une partie de la communauté libanaise de Belgique est implantée de longue date

Silver Dovelet / Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0

La diaspora libanaise se raconte souvent par ses géants : le Brésil et ses millions de descendants, l'Afrique de l'Ouest et ses dynasties commerçantes, la France et ses cercles d'influence. La Belgique n'entre dans aucune de ces catégories. La communauté y est petite, quelques milliers de personnes tout au plus. Et pourtant, elle occupe une place que peu de diasporas plus nombreuses peuvent revendiquer : un pied dans le négoce mondial du diamant à Anvers, l'autre au cœur institutionnel de l'Union européenne, à Bruxelles. Pour le Liban, ce n'est pas le poids démographique qui compte ici, c'est le placement.

Une relation née autour du port de Beyrouth

Le lien belgo-libanais est plus ancien qu'on ne l'imagine, et il ne commence pas par l'émigration mais par le commerce. Selon l'ambassade du Liban à Bruxelles, les relations entre les deux pays remontent à 1876, lorsque Beyrouth accueille l'un des dix consulats belges de l'Empire ottoman. En 1891, des financiers belges, avec le soutien du roi Léopold II, s'associent à des capitaux français dans la Société des chemins de fer ottomans économiques de Beyrouth-Damas-Hauran, dont la ligne devient opérationnelle en 1895. Ces mêmes intérêts belgo-français figurent parmi les actionnaires de la compagnie créée en 1888 pour moderniser et exploiter le port de Beyrouth.

Autrement dit, avant même qu'un Libanais ne s'installe durablement en Belgique, la Belgique investissait déjà dans les infrastructures qui allaient faire de Beyrouth la porte du Levant. Cette antériorité économique explique en partie la tonalité de la relation : pragmatique, tournée vers les affaires, sans le poids colonial qui a marqué d'autres liens européens avec le monde arabe.

Combien sont-ils ? Une fourchette assumée

Compter les Libanais de Belgique est un exercice incertain, comme partout où la diaspora se fond dans la citoyenneté du pays d'accueil. Les estimations divergent nettement selon les sources et les méthodes. L'ambassade du Liban à Bruxelles évoque aujourd'hui environ 11 000 membres. Des estimations plus anciennes, reprises par l'encyclopédie collaborative Wikipédia, faisaient état de 8 000 personnes se déclarant d'origine libanaise en 2006, un chiffre que des évaluations plus récentes ramènent à environ 3 500. D'autres décomptes, plus larges, ont avancé pour l'ensemble du pays des ordres de grandeur supérieurs.

Cet écart n'a rien d'anormal : il oppose ceux qui comptent les seuls détenteurs d'un passeport libanais et ceux qui incluent les descendants naturalisés, souvent belges de deuxième ou troisième génération. La prudence commande donc de retenir une fourchette honnête, de quelques milliers à une dizaine de milliers de personnes, plutôt qu'un chiffre unique et faussement précis. Ce qui est certain, c'est que la communauté reste modeste au regard des grandes diasporas belges d'origine marocaine ou turque, et qu'elle se concentre pour l'essentiel sur deux villes : Bruxelles et Anvers.

Anvers, le diamant et les commerçants maronites

C'est à Anvers que la présence libanaise prend sa forme la plus singulière. La cité flamande abrite l'une des plus anciennes et des plus importantes places diamantaires du monde : son quartier du diamant, autour de la Hoveniersstraat, concentre depuis des décennies une part majeure du commerce mondial de pierres brutes. Ce microcosme cosmopolite, longtemps dominé par les communautés juive hassidique et indienne gujarati, compte aussi une présence libanaise reconnue.

Selon Wikipédia, qui renvoie à cette histoire commerçante, une partie de la communauté maronite de Belgique fait remonter son implantation à des négociants installés dès le XIXe siècle, et certains sont engagés dans le négoce du diamant anversois. L'ambassade du Liban confirme d'ailleurs la présence de diamantaires parmi les profils marquants de la communauté. Ce positionnement dans un métier de niche, exigeant en confiance et en réseaux familiaux, correspond à un trait récurrent de la diaspora libanaise à travers le monde : la capacité à s'insérer dans les circuits du commerce international en misant sur la parole donnée et la solidarité communautaire.

Bruxelles, au contact des institutions européennes

Si Anvers incarne le commerce, Bruxelles incarne l'institution. La première vague d'émigration libanaise vers la Belgique débute, selon l'ambassade, au début des années 1930. La communauté qui s'y est constituée compte aujourd'hui, toujours selon la même source, principalement des médecins, des avocats et des hommes d'affaires. Ce profil de professions qualifiées, urbaines et intégrées, place une partie de la diaspora au contact direct de l'écosystème bruxellois, celui de la capitale de l'Union européenne.

L'enjeu dépasse la simple réussite individuelle. Dans une ville où se décident une part des politiques européennes, y compris celles qui concernent le Liban, l'aide à sa reconstruction ou le soutien à ses institutions, la présence d'une diaspora éduquée, francophone et néerlandophone, constitue un capital relationnel que le pays aurait tort de négliger. À côté de la Belgique, la petite communauté libanaise du Luxembourg voisin, estimée par l'ambassade à environ 400 personnes travaillant surtout dans la finance et le conseil, prolonge cette logique d'ancrage dans les centres de décision et de capitaux européens.

Une communauté mobilisée pour le pays

La discrétion n'est pas l'indifférence. Comme partout dans la diaspora, les Libanais de Belgique se sont mobilisés aux moments critiques de l'histoire récente du pays. Des rassemblements de solidarité ont accompagné à Bruxelles le soulèvement populaire de 2019. Après la double explosion du port de Beyrouth, le 4 août 2020, la communauté a organisé l'envoi d'aide humanitaire vers la capitale meurtrie. La Belgique, de son côté, participe au contingent de la Force intérimaire des Nations unies au Liban, la Finul, un engagement qui inscrit le pays dans le dispositif international de stabilisation du Liban-Sud.

Ces mobilisations rappellent une constante : où qu'elle vive, la diaspora reste un prolongement du Liban, un réseau de fidélités qui se réactive dès que le pays vacille. La communauté belge, par sa taille, ne pèsera jamais comme celle du Brésil ou de la France. Mais par sa position, entre le diamant d'Anvers et les institutions de Bruxelles, elle offre au Liban quelque chose de plus rare que le nombre : des points d'appui là où se nouent le commerce mondial et les décisions européennes. C'est peu, et c'est précieux.

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Rédigé par

La rédaction

La rédaction de LibanInfo.fr

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