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Diaspora· Diaspora

Diaspora libanaise à Madagascar : une présence ténue, une figure d'État

À Madagascar, la communauté marchande d'origine orientale que l'on croit voir est indo-pakistanaise, pas libanaise. La présence du Cèdre y est discrète, mal documentée, souvent confondue. Elle a pourtant donné à la Grande Île l'une de ses cheffes de la diplomatie, Béatrice Atallah, fille d'un Libanais du Chouf.

Vue des collines et des escaliers d'Antananarivo, capitale de Madagascar

Baobab29 / Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0

La carte de la diaspora libanaise en Afrique se lit d'ordinaire d'ouest en est : Dakar, Abidjan, Lagos, Douala, autant de villes où des familles venues du Mont-Liban tiennent depuis un siècle des pans entiers du commerce. Madagascar échappe à cette grille. Sur la Grande Île, la communauté d'affaires d'origine orientale que le voyageur croit repérer n'est pas libanaise : elle est indo-pakistanaise. Le Liban, lui, n'y a jamais essaimé en réseau dense. Sa présence est ténue, éparse, presque invisible dans les statistiques. Et pourtant, de cette poignée de familles est sortie l'une des figures de l'État malgache contemporain, Béatrice Atallah, cheffe de la diplomatie de 2015 à 2017. Madagascar est le contre-exemple qui, par contraste, éclaire la singularité libanaise en Afrique de l'Ouest.

Une présence à ne pas confondre avec les Karana

La première rigueur, à Madagascar, consiste à ne pas se tromper de communauté. La minorité qui domine des secteurs entiers du négoce, de l'import-export et de l'industrie légère n'a rien de libanais : ce sont les Karana, terme malgache désignant les immigrés d'origine sud-asiatique, majoritairement musulmans et venus du Goudjerat, en Inde, dès la fin du XIXe siècle. Les travaux et notices consacrés à cette communauté indo-malgache l'estiment autour de 25 000 personnes. Leur poids économique, leur ancienneté et leur visibilité alimentent une confusion tenace, dans laquelle tout commerçant au teint clair devient un supposé Levantin.

La réalité libanaise est d'un autre ordre. Aucun recensement national ni institut statistique ne fournit de chiffre solide pour les Libanais de Madagascar, et pour cause : ils n'ont jamais constitué la vague migratoire structurée que l'on observe en Afrique de l'Ouest. Quelques familles, arrivées au fil du XXe siècle, souvent par le canal colonial français ou par ricochet depuis d'autres implantations africaines, s'établissent surtout dans le commerce. Honnêteté oblige : parler de la diaspora libanaise à Madagascar, c'est parler d'une présence modeste, dispersée et peu documentée, non d'une colonie marchande de premier plan.

Béatrice Atallah, du Chouf au Grand Sud malgache

Cette présence discrète a néanmoins un visage. Béatrice Jeanine Atallah naît en 1959 à Anosy, dans le sud de l'île. Son père est un Libanais du Chouf, la montagne druze et chrétienne au sud-est de Beyrouth. Selon le récit qu'elle a livré elle-même au congrès de la Lebanese Diaspora Energy (LDE) réuni à Johannesburg en février 2017, il arrive à Madagascar en 1946 dans les rangs de l'armée française, quitte l'uniforme, s'installe dans le sud de l'île, y fonde une famille et prospère dans le commerce et les affaires, au point de transformer son village.

De ce mariage entre un père libanais et une mère malgache naît une fratrie de huit enfants, tous nés sur la Grande Île. Béatrice Atallah en est l'aînée. Elle dira devoir à son père les valeurs de famille, de tolérance et de détermination, et à sa mère celles de solidarité et de générosité, cette double culture formant, de son propre aveu, le socle de sa personnalité. Le lien libanais, un temps rompu après la mort de son père, elle le renoue en 2006 en foulant pour la première fois le sol du Liban, un voyage qu'elle décrit comme une seconde naissance.

De magistrate à cheffe de la diplomatie

Le parcours d'Atallah n'a rien d'un privilège d'héritière. Titulaire d'une maîtrise en droit privé obtenue en 1988 dans la capitale, à plus de mille kilomètres de sa ville natale, elle passe par l'Institut des études judiciaires et devient magistrate. Elle préside le Tribunal pour enfants avant de s'engager, dès le début des années 2000, dans des actions de société civile en faveur de la parité et des populations vulnérables.

Sa carrière bascule dans le champ national en 2012, lorsqu'elle prend la tête de la commission électorale chargée d'organiser la sortie de crise. C'est sous sa responsabilité qu'est tenue, le 25 octobre 2013, l'élection présidentielle qui referme des années d'instabilité politique. En janvier 2015, elle est nommée ministre des Affaires étrangères de Madagascar, poste qu'elle occupe jusqu'en août 2017. Double nationale, malgache et française, elle incarne alors un profil rare : une haute responsable d'État née d'un père du Cèdre au bout de l'océan Indien.

Ce que Madagascar dit de la diaspora

L'épisode le plus révélateur pour notre sujet se joue à Johannesburg. En marge d'un congrès de la diaspora libanaise, la ministre malgache appelle les entrepreneurs libanais d'Afrique à venir investir dans son île, dont elle vante les atouts. La scène dit tout du potentiel encore inexploité : là où la communauté libanaise est puissante, elle irrigue l'économie locale et sert de relais aux capitaux ; là où elle est ténue, comme à Madagascar, c'est une fille de la diaspora, parvenue au sommet de l'État, qui doit lancer l'invitation.

Pour le Liban, la leçon est double. Madagascar rappelle d'abord que la force de la diaspora ne tient pas au hasard mais à la densité des réseaux : là où les familles se sont regroupées, entraidées et transmises, l'influence s'est enracinée. Il montre ensuite que même une présence minime peut produire un atout souverain. Une magistrate devenue cheffe de la diplomatie d'un pays de près de trente millions d'habitants, fille d'un homme du Chouf, vaut mieux que bien des colonies marchandes anonymes. La diaspora n'est pas qu'une affaire de nombre : elle est aussi une affaire de trajectoires.

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Rédigé par

La rédaction

La rédaction de LibanInfo.fr

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