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Diaspora· Diaspora

Diaspora libanaise au Togo : un siècle d'enracinement à Lomé

Moins nombreuse que ses voisines de Côte d'Ivoire ou du Sénégal, la communauté libanaise du Togo est l'une des plus anciennes et des plus intégrées d'Afrique de l'Ouest. Installée à Lomé dès la fin du XIXe siècle, elle a donné au pays un député libano-togolais dès 1958 et incarne un modèle rare : celui de la diaspora d'enracinement plutôt que de masse.

Vue ancienne de Lomé, capitale du Togo, au début du XXe siècle

Photographie ancienne de Lomé (vers 1905), domaine public / Wikimedia Commons

Le Togo n'est pas la Côte d'Ivoire. On n'y compte pas 60 000 Libanais, ni des centaines d'usines aux mains de familles venues de Tyr ou de Zahlé. Et pourtant, ce petit pays du golfe de Guinée abrite l'une des implantations libanaises les plus anciennes et les plus discrètement enracinées de toute l'Afrique de l'Ouest. Ici, la diaspora ne s'est pas imposée par le nombre, mais par la durée et l'intégration. C'est un modèle à part, et c'est précisément ce qui le rend précieux pour comprendre ce que la présence libanaise apporte, sur le temps long, aux pays qui l'accueillent.

Des pionniers arrivés à la fin du XIXe siècle

Selon le portail officiel de la République togolaise, les premières familles libanaises, les William, les Nasr, les Khalife ou les Boustani, se seraient installées à Lomé il y a environ 125 ans, certaines dès la fin du XIXe siècle. Leurs ancêtres reposent au cimetière du quartier d'Abogamé, dans la capitale. Cette arrivée s'inscrit dans un mouvement plus large, documenté par les travaux universitaires : la première vague migratoire libanaise vers l'Afrique de l'Ouest, entre 1870 et 1914, est le fait de chrétiens, souvent maronites, originaires du Nord du Liban et du Mont-Liban, fuyant les violences et la pauvreté sous domination ottomane.

Le géographe Xavier Aurégan rappelle que le tout premier Libanais recensé en Afrique de l'Ouest, Élias Khouri Younès, maronite de Miziara, accoste dans le golfe de Guinée en 1882. Le Togo, alors colonie allemande jusqu'en 1914 puis territoire sous mandat, s'inscrit dans cette géographie des comptoirs où les marchands libanais deviennent les intermédiaires entre producteurs locaux et grandes maisons de négoce.

Un député libano-togolais dès 1958

La singularité togolaise tient à la profondeur de l'intégration politique et sociale. Dès les élections du 27 avril 1958, deux ans avant l'indépendance, Philippe Nasr, issu de la communauté, est élu député de Lomé. À une époque où, ailleurs en Afrique de l'Ouest, les Libanais restaient cantonnés au rôle de commerçants étrangers, le Togo envoie l'un des leurs à ce qui deviendra la Chambre des députés, dont l'appellation date précisément de ce scrutin selon l'Assemblée nationale togolaise.

Cette insertion ne relève pas de l'anecdote. Le portail gouvernemental togolais souligne que ces Libano-Togolais parlent souvent les langues du pays, l'éwé ou le kotokoli, et que les mariages mixtes entre communautés sont nombreux. Là où le récit courant sur la diaspora libanaise d'Afrique insiste sur l'entre-soi, le cas togolais raconte l'inverse : une communauté fondue dans la société locale, bilingue, métissée, participant à l'édification du pays bien avant son indépendance.

Un chiffrage honnête

Combien sont-ils aujourd'hui ? La réponse honnête est qu'aucun chiffre fiable n'existe pour le Togo seul. Les recensements nationaux n'isolent pas la communauté libanaise, et les binationaux échappent au comptage, un biais que les chercheurs signalent pour toute l'Afrique de l'Ouest. À l'échelle régionale, Xavier Aurégan estimait la présence libanaise à environ 400 000 personnes en 2011, avec une amplitude considérable, de l'ordre de un à cent entre les pays les moins et les plus concernés. Le Togo se situe dans le bas de ce spectre : une communauté modeste en nombre, mais dont l'ancienneté compense la taille.

Cette prudence sur les chiffres est un principe, pas une faiblesse. Gonfler artificiellement le poids d'une diaspora dessert la cause qu'on prétend défendre. La force du lien Togo-Liban ne se mesure pas au nombre, mais à sa durée : plus d'un siècle de présence continue.

Un pont qui fonctionne dans les deux sens

Le lien n'est pas à sens unique. Si des Libanais vivent au Togo depuis cinq générations, des Togolais ont pris le chemin inverse vers le pays du Cèdre. À la fin des années 2000, ils étaient environ 600 installés au Liban, selon les estimations du consulat honoraire togolais à Beyrouth, présents dans la construction, la médecine, l'enseignement, les transports ou la sécurité. Cette communauté envoyait alors, toujours selon la même source, plus d'un million et demi de dollars par an à leurs familles restées au Togo.

Sur le plan diplomatique, les jalons sont anciens : une première délégation de députés togolais se rend au Liban dès 1961, et le président Gnassingbé Eyadema y effectue un séjour en 2002, à l'occasion du sommet de la Francophonie. Deux pays francophones, deux petites nations habituées à composer avec de grands voisins, reliées par une communauté qui appartient pleinement aux deux.

Ce que le Togo dit de la diaspora libanaise

Le cas togolais corrige une image trop simple. La diaspora libanaise d'Afrique n'est pas qu'une histoire de fortunes commerciales et de tensions avec les sociétés d'accueil, réelles ailleurs, du Sénégal au Gabon. C'est aussi, au Togo, l'histoire d'un enracinement tranquille, d'une intégration linguistique et politique précoce, d'un métissage assumé. Pour le Liban, dont la diaspora mondiale dépasse la population résidente, ce modèle vaut d'être mis en lumière : il montre qu'un peuple parti par nécessité peut, ailleurs, construire durablement sans se renier. C'est une richesse humaine que le Liban a tout intérêt à cultiver, du golfe de Guinée à la Méditerranée.

DiasporaTogoAfriqueHistoire
Rédigé par

La rédaction

La rédaction de LibanInfo.fr

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