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Diaspora· Diaspora

Diaspora libanaise en Mauritanie : les bâtisseurs discrets sortis des sables

C'est la plus effacée des implantations libanaises d'Afrique de l'Ouest, celle qu'aucun recensement ne chiffre vraiment. Pourtant, de l'Afrique-Occidentale française à la fondation de Nouakchott, des négociants venus du Mont-Liban ont accompagné la naissance d'un pays sorti du sable.

Barque de pêcheurs chargée de sardines sur la plage de Nouakchott, en Mauritanie

Valirian Guillot, via Wikimedia Commons (CC BY 2.0)

Dans la longue cartographie de la diaspora libanaise en Afrique, la Mauritanie occupe une place à part : celle du maillon oublié. Là où la Côte d'Ivoire compte ses dizaines de milliers de Libanais et le Sénégal sa communauté centenaire, Nouakchott n'aligne aucun chiffre, aucune statue, aucune plaque. Et pourtant la présence libanaise y est réelle, ancienne, et tissée à la naissance même du pays. C'est l'histoire d'une implantation discrète qui, faute d'être nombreuse, a longtemps été invisible, mais qui appartient pleinement au grand récit de la mobilité libanaise vers l'Ouest africain.

Un territoire de l'AOF libanaise

La Mauritanie n'est pas une exception dans le maillage de l'Afrique-Occidentale française. Dans son ouvrage de référence Interlopers of Empire. The Lebanese Diaspora in Colonial French West Africa (Oxford University Press, 2014), couronné par la Royal Historical Society, l'historien Andrew Arsan retient six territoires où les migrants venus du Mont-Liban se sont installés sous l'administration coloniale française : le Sénégal, la Côte d'Ivoire, le Mali, la Guinée, le Bénin et la Mauritanie.

Le mécanisme était partout le même. Pour encadrer les circuits commerciaux de la fédération, de l'arachide aux matières premières, la puissance mandataire et coloniale française avait besoin d'intermédiaires mobiles, capables de tenir les comptoirs entre le négoce européen et les producteurs locaux. Ces Syro-Libanais, arrivés par vagues depuis la crise de la soie et les famines du Mont-Liban ottoman, ont occupé ce rôle d'intermédiaires d'un bout à l'autre de l'AOF. En Mauritanie, immense, désertique et peu peuplée, cette présence est restée plus ténue qu'ailleurs, mais elle s'inscrit dans la même logique.

Nouakchott, une capitale et ses pionniers

C'est au moment où la Mauritanie s'invente une capitale que la trace libanaise devient la plus concrète. En 1957, le pays décide de rapatrier son chef-lieu, jusque-là installé à Saint-Louis au Sénégal, sur son propre sol. La première pierre de Nouakchott est posée le 5 mars 1958, sur un cordon de dunes où ne vivaient alors que quelques centaines d'habitants. Tout est à construire.

Parmi les pionniers de cette ville sortie des sables figure un Libanais, Georges Nassour. Transporteur, il participe au déménagement des fonctionnaires depuis Saint-Louis vers la nouvelle capitale et achète, sans même l'avoir vu, l'un des premiers terrains ouverts le long de l'unique route goudronnée en chantier, rapporte RFI dans son récit de la fondation de Nouakchott. Le détail est modeste, mais il dit l'essentiel : au premier jour d'un État qui se dressait dans le désert, un fils de la diaspora libanaise était déjà là, à jouer les intermédiaires et les logisticiens.

Cette place n'a rien d'anecdotique pour une ville que l'Encyclopédie Universalis décrit comme organisée non pas autour d'une médina et de sa mosquée, à la manière des cités du Maghreb, mais autour de ses marchés, pôles de l'activité commerçante. Dans une capitale pensée par le négoce, le savoir-faire marchand libanais avait naturellement sa place.

La pêche, terrain économique d'aujourd'hui

Si l'histoire ancienne relève surtout du commerce général, le rôle économique contemporain se déplace vers la mer. La pêche est le poumon de la Mauritanie : elle représente plus de la moitié des recettes d'exportation du pays, selon l'autorité de la zone franche de Nouadhibou, et fait l'objet de programmes de développement portuaire soutenus par la CNUCED. Nouakchott concentre l'exportation du poisson frais, Nouadhibou celle du congelé et du réfrigéré.

C'est dans ce secteur, celui de l'import-export et de la transformation halieutique, que des familles d'origine libanaise ont trouvé leur terrain d'activité le plus visible, prolongeant sous une autre forme la vieille vocation d'intermédiaire commercial. Faute de recensement dédié, il serait malhonnête d'avancer un chiffre : aucune source fiable ne quantifie aujourd'hui la communauté libanaise de Mauritanie, qui demeure la plus modeste des implantations ouest-africaines. Mais l'absence de comptage n'efface pas la continuité d'une présence.

Ce que dit ce maillon oublié

La Mauritanie n'entrera jamais dans le palmarès des grandes terres de la diaspora libanaise. Elle raconte autre chose, de plus précieux peut-être : la capacité d'une poignée d'hommes venus du Mont-Liban à se rendre utiles là où presque rien n'existait, à accompagner la construction d'un pays plutôt qu'à s'installer dans une prospérité déjà faite. De Saint-Louis aux dunes de Nouakchott, ces bâtisseurs discrets ont fait ce que la diaspora libanaise a toujours su faire : transformer l'exil en trait d'union. C'est aussi cela, la richesse humaine du Liban : elle se compte moins en effectifs qu'en présences qui font le lien, jusque dans les marges les plus arides du monde francophone.

DiasporaMauritanieAfrique de l'OuestHistoire
Rédigé par

La rédaction

La rédaction de LibanInfo.fr

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