S'abonner
Diaspora· Diaspora

Robert Mardini, l'enfant de Tripoli qui a dirigé le CICR

Né à Tripoli, formé au lycée franco-libanais puis à l'EPFL de Lausanne, Robert Mardini a piloté de 2020 à 2024 le Comité international de la Croix-Rouge, la plus ancienne des grandes organisations humanitaires. Son parcours dit une chose du Liban : sa diaspora est un réservoir de talents qui portent haut le pays.

Portrait de Robert Mardini, directeur général des Hôpitaux universitaires de Genève et ancien directeur général du CICR.

HospScribe / David Wagnières pour les HUG, CC BY 4.0, via Wikimedia Commons

La diaspora libanaise ne se raconte pas seulement en boutiques de brousse et en fortunes commerciales. Elle se lit aussi dans les couloirs feutrés de Genève, là où se décide une part de l'action humanitaire mondiale. Robert Mardini, né à Tripoli, en est la démonstration : un enfant du Liban-Nord devenu, de 2020 à 2024, directeur général du Comité international de la Croix-Rouge (CICR), la plus ancienne des grandes organisations humanitaires. Son parcours n'est pas une anecdote de plus sur la réussite des Libanais à l'étranger. C'est la preuve que la diaspora est, pour le Liban, un capital humain qui porte son nom et ses valeurs jusqu'au coeur des institutions internationales.

De Tripoli à Lausanne, la francophonie comme tremplin

Robert Mardini naît le 6 août 1972 à Tripoli, deuxième ville du Liban. Il grandit dans un pays qui bascule dans la guerre civile alors qu'il a trois ans. Il fait ses études au lycée franco-libanais Alphonse-de-Lamartine de Tripoli, avant de rejoindre la Suisse et l'École polytechnique fédérale de Lausanne (EPFL), où il décroche en 1996 un master en génie civil et hydraulique.

Ce détail compte. La francophonie, portée au Liban par un dense réseau d'établissements scolaires, n'est pas un ornement : c'est une passerelle concrète vers les universités et les institutions du monde francophone. Le chemin de Mardini, du lycée français de Tripoli aux amphithéâtres de Lausanne, est celui qu'ont emprunté des générations de Libanais. La langue française a été, pour la diaspora, un accélérateur d'insertion autant qu'un lien préservé avec le pays.

Vingt-sept ans au CICR, de l'ingénierie de l'eau au sommet

Mardini rejoint le CICR en 1997. L'ingénieur commence par le concret : il coordonne des programmes d'accès à l'eau au Rwanda puis en Irak, deux pays alors marqués par la violence et l'effondrement des services publics. Il dirige ensuite l'unité Eau et Habitat de l'organisation, dont les projets, selon le CICR, touchent chaque année environ 14 millions de personnes dans plus de 40 pays.

Il gravit les échelons : directeur général adjoint entre 2010 et 2012, directeur régional pour le Proche et le Moyen-Orient de 2012 à 2018, puis observateur permanent du CICR auprès des Nations unies et chef de la délégation à New York de 2018 à 2020. À ce poste, il porte la voix humanitaire devant le Conseil de sécurité et l'Assemblée générale. Un ingénieur de l'eau devenu diplomate de l'humanitaire.

Diriger l'humanitaire mondial dans la tempête

Nommé directeur général du CICR en octobre 2019, Robert Mardini prend ses fonctions au printemps 2020. Le calendrier est brutal : la pandémie de Covid-19 frappe le monde, suivie de près par le déclenchement de la guerre entre la Russie et l'Ukraine en 2022. Les besoins humanitaires explosent au moment même où l'écart entre financements disponibles et besoins réels atteint, de l'aveu du secteur, des niveaux historiques.

Le CICR, comme l'a rapporté l'agence Reuters, doit tailler dans son budget 2024 face à la baisse des dons. Mardini traverse ce mandat de crise en défenseur constant du droit international humanitaire, qu'il présente comme un rempart et non comme une option. Il achève son mandat de quatre ans en mars 2024, après près de trois décennies au sein de l'institution. Son successeur à la direction générale est Pierre Krähenbühl.

Genève, les HUG et la double appartenance

Le 1er septembre 2024, Robert Mardini prend la tête des Hôpitaux universitaires de Genève (HUG), l'un des plus grands ensembles hospitaliers d'Europe. Le passage de l'humanitaire à la santé publique n'a rien d'un reniement : c'est la continuité d'une vie consacrée à soigner et à protéger.

Distingué par le prix des anciens de l'EPFL en 2020, élu membre à vie de l'Académie suisse des sciences techniques en 2021, il conserve la double nationalité libanaise et suisse. C'est là toute l'ambiguïté féconde de la diaspora : on peut servir Genève au plus haut niveau sans cesser d'être un fils de Tripoli.

Ce que le Liban peut en retenir

Le parcours de Robert Mardini vaut mieux qu'un motif de fierté. Il rappelle que le Liban, pays de moins de six millions d'habitants au bord de l'effondrement économique, continue de produire des cadres qui atteignent le sommet des organisations mondiales. Cette matière grise, largement déployée hors des frontières, est un actif souverain trop souvent négligé.

Une diaspora qui compte des dirigeants du CICR, des hôpitaux universitaires, des grandes entreprises et des académies n'est pas seulement une source de transferts financiers. Elle est un réseau d'influence, une réserve de compétences et un capital de crédibilité que le Liban gagnerait à mobiliser au lieu de le regarder partir. Robert Mardini, enfant de Tripoli devenu figure de l'humanitaire mondial, en est l'illustration la plus nette.

DiasporaSuisseFrancophonieHumanitairePortrait
Rédigé par

La rédaction

La rédaction de LibanInfo.fr

Suivez le lien France–Liban

L'essentiel de l'actualité, de la culture et des rendez-vous, une fois par semaine. Sans spam, désinscription en un clic.

À lire aussi