S'abonner
Économie· Économie

Budget 2027 : des prêts bonifiés à l'agriculture, ou comment le Liban tente de relancer le crédit

Dans le projet de budget 2027 transmis fin août, le ministère des Finances a prévu une enveloppe pour l'Institution publique de l'habitat afin d'accorder des prêts à intérêt bonifié au secteur agricole. Une ligne discrète, mais un signal : après des années de crédit gelé, l'État cherche à refinancer l'économie réelle.

Champs cultivés et troupeau de moutons dans la plaine de la Bekaa, près d'Ammiq, au Liban.

Diana Salloum / Wikimedia Commons (CC BY-SA 4.0)

Un budget déposé à l'heure, c'est un symbole. Ce qu'il contient, c'est une politique. Transmis fin août 2026 à la présidence du Conseil des ministres, le projet de loi de finances pour 2027 renferme une mesure qui a peu à voir avec la comptabilité et beaucoup avec la reconstruction : l'État prévoit d'allouer une enveloppe à l'Institution publique de l'habitat pour qu'elle accorde des prêts à intérêt bonifié au secteur agricole. Une ligne discrète, mais un vrai signal dans un pays où le crédit a cessé de circuler depuis six ans.

Ce que prévoit le texte

« Nous avons alloué, dans le projet de budget 2027, une somme à l'Institution publique de l'habitat pour offrir des prêts facilités à taux bonifié au secteur agricole », a indiqué le ministre des Finances, Yassine Jaber, en présentant les nouveautés du texte. Concrètement, l'État prendrait à sa charge une partie des intérêts, afin d'abaisser le coût du crédit pour les agriculteurs. Le même véhicule, l'Institution publique de l'habitat, historiquement dédié au prêt au logement, se voit ainsi chargé d'un second guichet, tourné vers la production.

À ce stade, le ministère n'a pas communiqué le montant de l'enveloppe ni le barème des taux. Le dispositif figure dans un projet de loi : il devra être voté par le Parlement avant d'exister vraiment. Mais l'intention est posée noir sur blanc dans le texte transmis au Grand Sérail.

Un crédit qui a disparu depuis 2019

Pour mesurer la portée du geste, il faut se souvenir de l'état du crédit au Liban. Depuis l'effondrement financier de 2019, les banques, asphyxiées par le blocage des dépôts et l'absence de restructuration, ont quasiment cessé de prêter au secteur privé. L'agriculteur, l'artisan ou le petit industriel qui voulait investir n'avait plus d'interlocuteur : le financement s'était évaporé, remplacé par l'autofinancement en dollars « frais » et par les transferts de la diaspora.

Faire passer un crédit bonifié par une institution publique, c'est reconnaître que le système bancaire ne joue plus son rôle et tenter de le contourner par le haut. Le pari reste modeste au regard des besoins, mais il marque un changement de posture : après des années passées à gérer la faillite, l'État recommence à parler de financer l'économie réelle. Le contexte y pousse : la Banque mondiale, qui avait salué un rebond de 4,2 % en 2025, prévoit désormais une contraction de 6,4 % du PIB en 2026 sous l'effet de la reprise du conflit. Refaire circuler le crédit devient une condition de la relance.

Pourquoi l'agriculture d'abord

Le choix de l'agriculture n'est pas neutre. Le secteur ne pèse qu'environ 3 % du produit intérieur brut, selon les données de la Banque mondiale et de la FAO, mais il fait vivre une part bien plus lourde de la population rurale et constitue l'un des rares leviers de sécurité alimentaire d'un pays qui importe l'essentiel de ce qu'il consomme.

Il est aussi au cœur de la reconstruction du Sud. Les combats et les destructions ont ravagé des terres, des vergers et des oliveraies parfois centenaires dans les villages frontaliers. Redonner accès au crédit aux exploitants, c'est leur permettre de replanter, de remettre en état l'irrigation et de rester sur leurs terres plutôt que de les abandonner. Pour un média attaché à l'intérêt national libanais, c'est exactement le type de mesure qui compte : elle ancre les gens au sol et soutient une souveraineté très concrète, celle de l'assiette.

Ce qui reste à confirmer

La prudence s'impose. Un projet de budget n'est pas une loi, et le Liban a une longue histoire de mesures annoncées qui s'ensablent en commission. L'efficacité du dispositif dépendra du montant réellement débloqué, de la capacité de l'Institution publique de l'habitat à instruire des dossiers agricoles, un métier qui n'est pas le sien, et de critères d'attribution qui restent à publier. Sans chiffres ni décrets d'application, la promesse vaut ce que vaudra son exécution.

Reste l'essentiel : pour la première fois depuis longtemps, un texte budgétaire libanais parle de faire revenir le crédit vers ceux qui produisent. C'est peu, et c'est déjà un cap.

ÉconomieBudget 2027AgricultureReconstruction
Rédigé par

La rédaction

La rédaction de LibanInfo.fr

Suivez le lien France–Liban

L'essentiel de l'actualité, de la culture et des rendez-vous, une fois par semaine. Sans spam, désinscription en un clic.

À lire aussi