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Économie· Décryptage

Électricité : la facture qui étouffe l'industrie libanaise

Pendant qu'on débat de reconstruction, l'industrie libanaise paie l'un des courants les plus chers de la région arabe. Ce handicap structurel, plus discret qu'une taxe mais plus corrosif, ronge sa capacité à exporter et à créer de l'emploi. Le dossier électrique est la réforme qui débloquerait tout.

Vue nocturne de Beyrouth, illustrant les enjeux d'électricité au Liban

paul saad / Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0

Le débat public libanais se focalise sur la reconstruction du Sud, les milliards promis et les conférences de bailleurs. Mais pour l'industriel qui fait tourner une usine de Zahlé, de Choueifat ou du Metn, le vrai boulet a un nom banal : l'électricité. Le Liban fait payer à ses producteurs l'un des courants les plus chers de la région arabe, et ce handicap, plus discret qu'une barrière douanière, décide en silence de la survie d'une part de l'appareil productif national.

Un courant parmi les plus chers de la région

Les ordres de grandeur sont éloquents. En 2025, le prix de l'électricité commerciale au Liban se situait autour de 0,25 dollar le kilowattheure, l'un des plus élevés du monde arabe. Le tarif officiel des générateurs privés, celui que fixe chaque mois le ministère de l'Énergie et de l'Eau, tournait de son côté autour de 37 cents le kilowattheure au milieu de l'année, avec une surtaxe de 10 % pour les zones rurales. À titre de comparaison, plusieurs pays voisins alimentent leurs industries à une fraction de ce prix.

La double peine des générateurs

Le problème n'est pas seulement le prix affiché, c'est l'architecture même du système. Électricité du Liban ne fournit qu'un courant rationné, quelques heures par jour selon les régions. Pour tenir une chaîne de production, l'entreprise doit donc payer deux fois : une facture publique, subventionnée mais insuffisante, et une facture de générateur privé ou de quartier, indexée sur le prix mondial du carburant. Cette dépendance aux générateurs, héritée de l'effondrement de 2019, transforme une charge fixe maîtrisable en un coût volatil que l'industriel ne contrôle pas.

Ce que cela coûte à la compétitivité

Pour une entreprise tournée vers l'export, l'équation est immédiate. Le client étranger compare le produit libanais à des marchandises fabriquées dans des pays où l'électricité industrielle est stable et bon marché. À qualité égale, le surcoût énergétique se répercute sur le prix de vente et grignote la marge, quand il ne disqualifie pas purement et simplement l'offre. L'industrie libanaise, qui reste l'un des rares secteurs à générer des devises et des emplois qualifiés, se bat ainsi avec un handicap de départ que ses concurrents n'ont pas.

Le solaire, seule éclaircie

Une issue existe, et elle est déjà en marche. Depuis l'effondrement, l'énergie solaire est devenue très compétitive au Liban : autour de 6 cents le kilowattheure sans stockage, et 20 à 25 cents en comptant les batteries, selon les évaluations de la direction générale du Trésor français. Des projets de micro-réseaux se multiplient dans les zones industrielles, entre hôpitaux et écoles, dans des municipalités rurales. Pour beaucoup d'usines, le panneau photovoltaïque est devenu moins un choix écologique qu'un réflexe de survie économique.

La réforme qui débloquerait tout

Rien de durable ne se fera toutefois sans remise à niveau d'Électricité du Liban : réseau de distribution, réduction des pertes, intégration du renouvelable, tarification cohérente. Tant que l'État ne rétablit pas un service public fiable, l'industriel restera prisonnier du générateur et le pays continuera d'importer du carburant pour plus de 90 % de son énergie primaire. Redonner du courant stable et abordable à l'industrie, ce n'est pas une ligne technique parmi d'autres : c'est rendre au Liban un levier de souveraineté économique, des emplois et des exportations. La facture d'électricité est peut-être le premier chantier de la reconstruction dont personne ne parle.

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Rédigé par

La rédaction

La rédaction de LibanInfo.fr

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